CHAPITRE XXV
» bien que tu entendes que si Jésus Christ venoit visi- » blement à Romme, le Pape ne le recevroit point si » premièrement il ne s'humilioit devant luy, voire » ne -luy baisoit la pantoufle. » Toutesfois le pape Jules III (i), autrement Jan Maria De monte, se contenta de s^appeler vicaire de Dieu, quand il dict que si Dieu se voulut si fort courroucer pour une pomme qu'à cause, d'icelle il jetta nostre premier père Adam hors de paradis, il estoit bien permis à luy, qui estoit vicaire de Dieu, de se courroucer pour un paon, qui .est bien plus grand' chose. Or entendoit-il d'un paon lequel il avoit commandé qu'on luy gardast du disner au soupper, pour le manger froid (2]. Ce qui n'avoit esté fada : pour lequel meschef estant entré en une cholère extrême, un Cardinal qui estoit avec luy assis à table, luy remonstra qu^il ne se devoit si fort cholérer pour telle cho'se : et alors il luy fit la susdicte response. Ce
(1) V. Crwpin, Etat de l'Elise dès le temps des Apôtres jusqu'à i56o ; i3d4, in-8. Cf. Du Bellay, sonnet 104 des Regrets :
Si fmicts, raisins et bledz et antre telles choses Ont leur tronc et leur sep et leur semence aussi, Et s'on voit au retour du printemps addoulci, Naistre de toutes parts violettes et roses :
Ny fruicts, raisins ny bledz ny fleurettes descloses SoKiront (Viateur) du corps qui gist icy : Aulx, oignons et porreaux et ce qui fleure ainsi Auront icy dessous leurs semences encloses.
Toy donc qui de Tencens et du basroe n'as point, Si du grand Jules tiers quelque regret te poinct, Parfame son tombeau de telle odeur choisie :
Puisque son corps qui fut jadis égal aux Dieux Se souloit paistre icy de tels metz précieux Comme au ciel Jupiter se paist de Tambrosie.
(2) L'orateur Hortensius fut le premier qui fit servir un paon sur sa table ; la mode passa aux empereurs romains et s'introduisit aussi en Erance. Le pape Paul I envoya au roi Pépin un manteau tissu de plumes de paon.
78 Al'OLOlilt; POUR HÉRODOTE
mesme Pape, en un repas ne voyant point sur table son plat de porc à la fa^on accousiumée (pource qu'il aimoit naturdletnenl la chair de porc et de paons), ei son maistre d'hostel luy ayant dict que le mfdccin avoit ordonné qu'on ne luy en servîst point, pourcequ'elte luy estoit contraire, il ne prit point ceste raiMio en payement, mois commença à dcspiter eeluy duquel il se vantuii csire vicaire, disant, n Porta mi quel mio u pialto,al dispetto di Dio. uC'estàdîre.i Apporte-moy '• mon plat, en despit (Jei>i>u.iiOrenlisant ceci, ilnri'est souvenu de ce que J'ay ouy réciter de Pape Paul Ili, c'est qu'en une procession faicte à Rommc, où on pourmenoit soknnellemcnt le corpus Ckrisii qu'ils appellent, il dict qu'on luy feroit renier Christ si ceux qui estoyent devant s'arrestoyent ainsi. Tellement qu'il vint un vers eux leur dire qu'ils marchasseni, et que sa saincieté estoit si cholérée qu'elle renioit Christ, à
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luy disoit, « A la messe, de par tous les diables, à la » messe. > Dequoy le fils sçavoit bien faire son proufit, recongnoissant que son père disoit mieux qu'il ne pensait dire. Mais pour retourner à nos blasphémateurs, nous trouvons que les vicaires susdicts ne faisoyent point conscience de s'attribuer (les uns à bon escient, les autres en risée, comme il me semble) les passages de l'Escriture, èsquels celuy duquel ils se foisoyent vicaire, parloit de soy. G>mme nous lisons qu'Alexandre V dit en mourant à ceux qui estoyent autour de luy les mesmes mots qu'avoit dict Jésus Christ à ses Apo&tres,. « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, » Aussi sçeut bien Pape Paul III faire son proufit de ces mots de S. Paul, c Je voudrois estre séparé de Christ pour mes frères, qui sont mes parens selon la chair. » Car luy estant une fois remonstré par les Cardinaux en plein consistoire qu'il ne pouvoit donner aux siens Parme et Plaisance sans se damner, il leur sçcut trèsbien res pondre : — « Si S. Paul a porté telle affection » à ceux de sa nation, lesquels il a appelez ses frères, » qu'il a désiré d'estre séparé de Christ à-fin qu'ils » fussent sauvez, pourquoy ne porteray-je telle affec-
• tion à mon propre fils et à mes neveux, que je m'cf- 9 force les faire grans au danger d'estre damné ? » Quant au propos du Pape Léon, il est plus conforme à celuy que nous avons raconté le premier, du galand qui disoit, « N'en pleurez point : peut estre n'est-il pas » vray. » Car ce Pape respondit au Cardinal Bembe, qui luy alléguoit quelque passage du nouveau Testament, — « Que de biens nous a acquis ceste fable de
• Jésus Christ (i)l » Lequel blasphème peut estre attri-
(1) ■ On Toit ce conte dans le Mystère d'iniquité (de Duplessis Mornay) et dans une infinité d'autres livres, toujours sans être muni de citation ou n'ayant pour toute preuve que l'autorité de Baléus : de sorte que trois ou quatre cents auteurs plus ou moins qui ont
8o APOLOGIE POUR HERODOTE
bué non seulement à ce Pape, mais à la plus part de ses compagnons, si par leurs actes nous voulons juger du cueur.
Il y a plusieurs autres sortes de blasphèmes, qui sont
proférez par ces messieurs tant en leurs disputes qu'en
leurs sermons, et en leurs escrits : desquels blasphèmes
aussi nous amènerons des exemples. Un certain Evesque
disputant contre quelques autres, vint à dire qu'il
s'esbahissoit comment on ne s'estoit point apperceu
d'un passage du nouveau Testament (i) fort propre pour
rembarrer les Luthériens en ce qu'ils disent que la
seule foy justifie. « Voylà » (dit-il) « les Apostres sur
» la mer en une petite nassellc fort agitée des vens :
» où S. Pierre, estant Luthérien, et croyant que la
» foy luy suffit pour le sauver, dit à Christ, Com-
» mande que je vienne à toy. Et après que Christ luy
» a dici qu'il vienne, il saute en la mer avec sa foy, et
» peu s'en faut qu'il ne se noyé. Et mesmcs il se fust
» noyé, si Jésus Christ par miracle ne l'eust secouru,
0 le remettant en la nasselle, et le faisant retourner
» aux œuvres : c'est à-sçavoir à tirer à l'aviron. Or
» aillent avec S. Pierre ceux qui voudront s'appuyer
» sur leur foy : de ma part, je n'ay pas délibéré d'aban-
» donner la petite nasselle, mais y veux demeurer
» tirant la rame, c'est à dire prenant peine de faire des
0 bonnes œuvres. » Quand nous n'aurions autre
exemple que cestuy-ci, il nous donneroit suffisamment
à coiignoistre comment ces messieurs se jouoyent de
Tescriture saincte : mais on en trouve un nombre infini
d'autres. Entre lesquels est assez commun celuy d'un
débité cela en se copiant les uns les autres, doivent ctFe réduits à on seul témoin qui est Baléus, témoin manifestement récusa bic, puisqu'il écrivait en guerre ouverte contre le pape et contre toute l'église romaine • Bayle, Dict.
il) Math. XIV, 24 et Bcq.