‹ Apologie pour Hérodote (volume 2)Chapitre 75 sur 223 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Juifs. Audemeurant il y a encores un autre bien du« quel ceste ignorance a esté cause : car faute d'entendre les vrayes étymologies des mots Grecs, et mesme de sçavoir qu'ils fussent Grecs, quant à la plus part, on a pensé à plusieurs subtilitez desquelles on ne se fiist ja« mais avisé. Exemple : si on eust sceu que Presbyter estoit icp6<j€6TT)c, c'est à dire vieillard, il est certain qu'on n'eust pas pris la peine de songer Tétymologie que nous voyons au livre intitulé Stella clericorum ( i ]/ au chapitre qui commence, Quos ergo prœlati et presby^ teriy etc. à-sçavoir, Presbyter dicitur quasi prœbens iter. ( Et comme les esprits sont plus aigus les uns que les autres, €t aussi facile est addere inventis\ encore n'en est-on pas demeuré là, mais on a bien trouvé quelque chose de plus subtil, à-sçavoir, Presbyter, quasi Prœ aliis bibens ter (2). Il est vray que ceste-ci n'est pas tant receue. Ainsi est-il du mot Diabolus, c'est à dire diable. Car s'ils eussent sceu que 8tà6oXo(, diabolos, signifioit calomniateur, ou emputeur, nous eussions esté privez de ceste étymologie venant d'une très-profonde spéculation, qui est, Diabolus, ex dia,

{i) Stella clericorum cuilibet clerico summe necessaria, Lipsiœ, i5i3. Sar la fin du livre on lit ce qui suit :

Prcelati temere credunt sibi cuncta licere, Credidit et Caiphas omne ne/as sibi /as.

Ut misero mundo^ vœ primo vaque secundo, Va per Pontificum dedecus horrificum.

PontijUces muti de jure suo maie tuliy Quamvis cornuti non audent cornibus uti.

Cf. Antiqua Hier arum monumenta autographa^ Brunswic. 1690, 1. 1, p. 3oet 3i de la préface, c Les primats de Bourges et de Lyon ont aussi voulu oster du rang des traditions les Con/ormi/^; de S. FranfoiSy le Doctrinal de Sapience, le Jardin des Ames désolées, le âiarial, les Sermons de Menot, le Manipulus curatorum, Stella clericorum.,. • D'Aubigné, Conf. de Sancy, 1. 1, c 2.

(3) L'auteur d'Allotria, 2«éd., Berlin, Denicke (1878), attribue cette étymologie à Maillard.

quod est duo: et bolus, id ett morcellus: quasi faeietis duos holos de corpore et anima. C'est à dire que ce moi Diabolus, vient de Dia, qui signilîe Deux, ei de Boliis, qui signifie Morceau : comme faisant deux morceaux de nous, un de nosire corps et l'autre de oostre ame. Laquelle éiymologie est (si j'ay bonne mémoire) de Hugua Carrensis, maïs est suivie par tes prescheun susdicis, et notamment par Olivier Maillard, fueillei ,76. col. ..

Que si nous leur pardonnons volontiers l'ignorance de la langue Grecque, Si plus forte raison leur devons* nous pardonner l'ignorance du language Hébraïque, que nous sçavons avoir toosjours esté moins commun. Et nous faut considérer que ccste ignorance a esté pareillement cause d'aguiser les esprits de plusieurs docteurs pour leur faire trouver des élymologies fort plaisanies, et raesmc des spéculations sur les mots.

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