CHAPITRE XXXV
Di i>Lt»mnit SORTES de questions, et aucunes noh
MOINS MBSCIUKTIS QUE FRIVOLES, DOITT AUSSI BSTOVENT CARHIS UISDICTS ntBSCKtURS.
jLs employoyent aussi une partie de leurs \ presches à des questions qui ne valoyent |I guère mieux que le reste : je di questions T les unes trop curieuses, les autres non seulement curieuses, mais aussi frivoles et inutiles, et puis, pour la plus pan, Ton sottes et ridicules. Et toutesfoîs nous sçavons que t.e"e curiosité a esté reprise de tout temps. Car nous voyons combien ell'a despieu à S. Paul (i), et puis à plusieurs anciens docteurs. Entre lesquels Sainct Augustin raconte [si bien me souTicnl) d'uo qui fit response à tu curieux telle que sa curieuse et outrecuidée question méritoit. Car ayant demandé que Dieu faisoit ■VBOt la création du monde, il luy fut respondu qu'il banissoit un enfer pour tels curieux. Nous trouvons «ossi un' epistre de l'empereur Constantin en laquelle il monstre le mal qu'apportent les questions curieuses. Mais cela n'a point gardé Thomas d'Aquin, Pierre Lombard, et autres, de mettre en avant plusieurs
(■)£/.4int.. III, 9.
2l8 APOLOGIE POVH HESODOTE
questions frivoles et inutiles, voire aucunes pernicieuses el ayans du blasplième : ni aussi n'a gardé les docteurs de nostrc temps de lenir en leurs escholcs disputes de telles questions, et en inventer tous Ici jours de aouvelles. Et touchant quoy sont ces questions? Touchant Dieu, touchant la divinité et humanité de Jésus Christ, louchant les anges. Comme, Utrum Deus posset peccare si vellet, etc. A-s^voirmon si Dieu pourroit pécher s'il vouloit. A-içavoirmon si Dieu peut faire maintenant tout ce qu'il a pu faire par le passe. A-sçavoir-mon si Dieu peut savoir quelque chose qu'il ne sçache A-sçavoir-mon si Dieu pouvoit prendre la nature humaine en sexe féminin. Mais celles-ci principalement sont réservées aux plus illuminez docteurs (je di illuminalis doctoribus ! - Vtrunt plures in Christo Jiliationes. Item. Utrum Deus potuerit supposilare mulierem, vet diabolum. vel asinum. vel cucurbitam. vel siliceni. Et si suppositassti cucvrbitam. quemadmodwn fuerit concionatura, editura miracula, et quo'tam modo /uisset fixa cruci. Itéra, A-sçavoir-œon qu'eust consacré S. Pierre s'il eust consacré alors que le corps de Jésus Christ estoit pendu en la croix. Item, A-sçavoir-mon si après la résumction il sera licite de manger et boire. Et quant aux anges, A-sfavoir mon si les anges sont bien d'accord ensemble. A-sçavoîr-mon si Dieu se sert de tous. Asçavoir-mon si les anges sont marris de la damnation des hommes qu'ils ont en garde. Je laisse les quesdons des noms des anges et archanges, de leurs prééminences et leurs sièges : combien est haut monté l'un pardessus l'autre, et autres choses qui concernent leur hiérarchie. Us ont aussi force questions de notionibus, relalionibus, instaiitibus, formalitatibus, quidditatibus,
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estre ordinairement en la bouche des docteurs schola** sdques, tant nominaux que réaux, Thomistes, Âlberûstes, Occanistes, Scotistes, et autres. Aussi se sont-ils amuses et s'amusent à des questions fort sogrenues (i) touchant leurs articles de la religion Chrestienne, et oommeement touchant ce qu^ils appellent le sainct sacrement de Tautel : comme on peut voir au livre appelé Cmuteiœ missat (2). Et encores n'ont ils sçeu faire tant de questions touchant ce point, qu'on n'en trouve de jour en jour un grand nombre de nouvelles. Dequoy il ne se faut esmerveiller, veu les dangers ausquels leur sacrifice est suject. Car quant à l'hostie, ils ont bien meu force questions touchant les inconvéniens qui luy pouvoyent avenir : mais si en est-il avenu desquels ils ne se fussent jamais doutez. Et mesme ils ne parlent point d'un accident tel que celuy qui avint à S. François, c'est qu'en disant la messe (au fueillet 72 du livre Des con/armite^ç allégué souvent ci^dessus) il trouva en son calice une araignée, laquelle ne voulant point jetter hors, il la but avec le sang. Il est vray que se frottant et gratant la cuisse là où il sentoit une démangexzon, il se fit sortir ladicte araignée par icelle cuisse. Voici, à dire la vérité, un conte lequel peut estre motif de plusieurs questions qui n'ont point encores esté ouyes. Car premièrement on pourra demander si ce sang ainsi empoisonné avoit autant de vertu que s'il ne l'eust point esté, et notamment si ell'estoit alors pénétrative jusques en purgatoire. Item si ceste araignée estoit venue là de son propre mouvement, ou bien par quelque révélation qu'ell'avoit eue miraculeu**
(1) Saugrememx dans Brantôme, saugrenu dans Oodin, Cur. franc.
(3) La CauttUs et canon de la messe, ensemble la messe du corps de Jésus Christ, le tout en latin et en françois, le latin Jidèlement extrait dm Mesul à l'usage de Rome..., avec annotations de p. Viret, Lyon, C Ravo(, i563, in-«o, 198 p.
nt et contre tout ordre de naiure. Item si e cipa point aux mérites du sacrifice, ou pour is si elle fut pas sanctifiée. Aussi pourroit-on an un' autre question, si ceste araignée se pouv rer de ce bmn^e. Vùre ceux qui entendent i litez, en pourroycnt mouvoir encore deux douzaines : qui est la raison pour laquelle je n ne se doit esbahir s'ils ne peuvent trouver des questions qu'engendre ceste mystiquement :érieusement estrange façon de sacrifice, lutesfois encore n'y auroit-il pas si grand' pitic s'ils ne se rompoyent la teste qu'après les questii appartiennent aux points susdicts : mais tant s qu'ils se conlentcnt de celles-là, qu'ils veulent i jusques au conseil privé de Dieu (i), quant à toi ics généralement. Aussi les a incitez ceste curio; Duster par leur hardie invention à ceste partie ibie qui contient des histoires, toutes sortes de < iiances : comme on a pu voir ci-devant où