CHAPITRE XXXVIII 3oi
il est certain que la meschanceté estoit fort grande en ce qu'ils donnoyent le nom de divinité à des charongnes. Car encore que ce fussent vrayement les corps ou les membres de quelques-uns ou quelques-unes qui avoyent vescu en plus grande crainte de Dieu que le commun, il est certain qu'ils ne laissoyent pourtant à estre charongnes. Toutesfois comme nous avons veu qu'ils abusoyent outrageusement du nom de la parolle de Dieu, Tappliquans à des escris meschans et malheureux, il ne se ûiut esmerveiller s'ils abusoyent aussi du nom de divinité, l'attribuans à tout ce que bon leur sembloit. Car ils ne se contentoyent de faire adorer les corps ou quelques membres des corps des saincts ou sainctes, mais il fiiiloit que les vestemens, les meubles et utensiles d'eux et d'elles fussent participans de la mesme adoration. Comme on dit qu'à Trier (i) en Tabbaye S. Simon les pantoufles S. Joseph ont esté long temps en vogue: et à Aix en Alemagne (2) onsouloit monstrer les chausses de luy-mesme, avec une chemise de la vierge Marie : à telles enseignes que la chemise estoit assez grande pour une géante, au-contraire les chausses n'estoyent non plus grandes qu'il les faudroit à un petit enfant, ou à un nain. On dit aussi qu'en quelques lieux estoyent mis en reliques des pots et escuelles d'aucuns saincts. Il n'a pas esté jusques à la queue de Tasne sur lequel nostre Seigneur fut porté, qu'on n'en ait fàict une relique à Gennes. Et à propos de Tasne, le sainct foin aussi (c'est à dire le foin qui estoit en la
(i) TYier e«t U nom allemand de Trêves.
(3) AU-4a-CliapeUe. L*ouTrage intitulé Schat^kammer des Aachner HeÛigtkmms, 181S, ne parle pat de chansses de S. Joseph, il mcntiooBc simplement « la robe blanche dont la Vierge était rerêtae lorsqu'elle enfsnta le SaoTeur : cette robe est en coton et lonfoe d*à psa près six pieds et demi, d*où il faut conclure que la mère de Ditu était d'aaaei grande taille, comme l'ont d'ailleurs écrit Nicéphore et Epiphaœ. •
crèche où fut mis nOstre Seigneur sitost qu'il fut Tii] ■ eu grand bruit en quelque pays, en Lorraine, si t'ay bonne mémoire (i). Mais que dirons-nous d'une resverie encore plus estrange, à-sçavoîr de ceux qui oni faict adorer des pierres, comme esians celles dont saincT Eslienne fut lapidé ? comme en Arles aui Au* gustins, au Vigand en Languedoc, et à Florence. De ceux qui ont pareillement faici adorer les flesches desquelles ils disoyent sainct Sébastian avoir este drj ? dont l'une souloit estrc à Poitiers aus Augusiins, l'aiitre à Lambcsc en Provence, les autres ailleurs. Si les pierres lapidatoires méritoyeni estre adorées., combien plus les lapidateurs? Semblablemeni si les flesches estoyent dignes de cest honneur, combien plus ceux qui les avoyent descochées ?
Toutcsfois à fin que le lecteur ne s'esionne par trop de ceste resverie, ou beslîse, je luy réciteray une certaine histoire par laquelle il pourra congnoistre comment en matière de reliques le povre monde n'avait yeux ni en la teste ni en l'entendement, tellement que sa condition estoit pire que des povres aveugles qui se fient à ceux qui les mènent. L'histoire est telle <car nous leur ferons ce plaisir de l'appeler ainsi] : Quanti Nicodème dépendit nostre Seigneur de la croix, il recueillit du sang d'iccluy en un doit de son gan (notei
<i) Le caliloguc dci reliques coFistrrtet i*at l'fgUie catMdnlidf Verdun et reconnue» par l'tïJ^ue Guill. tiiliiireje 8 «puinbrii*)», liiErddigjei ■■ • - ■ ■
De prasepe quidem tymiM repertlur ibidem :
Régis calestit ett iUit Jimbria rtsiil.
Voy. Rouucl, Hla. rtcl. et civile de Vtrdu». Bir-lt-Ddc, i8A}, t. IL p. 143. L'inventaire d« rtllquet tntutiici dan* le trttot di II cithûrile de Tan) (ait mention d'une parcelle de U crtcha, njtt H. Lepage, dini le Journal de la Soc. d'archéologie lorraine. Ntot;, I, iTÏ, Eafln, i SUale-Marie Hafenre en coaxne irol> planeltes de la erËcfae, du fuin et k« langes du bambino.