‹ Apologie pour Hérodote (volume 3)Chapitre 147 sur 221 · CHAPITRE XXivni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXivni

noyent pour se venger de leurs enfàns, ou parens, ou amb, qui ne donnoyent occasion aux prestres de chanter si gayement pour elles qu'elles n'eussent mauvais temps en purgatoire tant qu'elles avoyent (comme aussi nous voyons es poètes anciens tant Grecs que Latins les âmes des trespassez retourner pour dire injure k ceux qui n'ont faict le devoir quant à leurs obsèques tel qu'il leur appartenoit). Dequoy nous avons eu un fort notable exemple en Tesprit forgé par les Cordeliers d'Évreux, et un autre depuis en l'esprit d'Orléans : c'est â dire, en un cordelier novice nommé Haleoourt qui estant caché sur la voûte du temple contrefiisoit l'esprit de la femme du prévost. Et pourquoy? ]>ourceque ce prévost n'avoit donné que six escus aux Cordeliers dudict lieu pour enterrer sa femme, et puis quand ils l'avoyent requis de leur donner du bois, il les avoit esconduits. Sur quoy aussi il nous faut souvenir du cordelier de Bordeaux mentionné ci-dessus, touchant les âmes de purgatoire qui rioyent quand on donnoit des offrandes pour les trespassez. Et pourceque la plus part des lecteurs pourra jà avoir les oreilles batues de plusieurs contes touchant les esprits retournans la nuit, et du tintamarre qu'ils faisoyent, autour principalement de ceux qui estoyent en leur lict, et des folies qui s'en sont ensuivies, je n'en diray d'avantage, mais viendray à l'autre point.

Cest autre point est touchant les morts canonizez : lesquels je di avoir porté double prou fit aux gens d'é- ^se, à-sçavoir de leurs corps et de leurs âmes, quant à leurs corps en ce qu'ils en ont faict des reliquaires : quant à leurs âmes, en ce qu'ils les ont fait servir à diverses offices et divers mestiers, desquels ils ont pris le proufit. Et premièrement quant aux reliquaires, ils ne se sont contentez de ÙLÎrt adorer les charongnes de ceux qui avoyent esté un peu plus gens de bien que les autres, comme ayans

APOLOGK pour HERODOTE

liiciquc- divinité, mais oct faict adorer celles roesmet de quelques damnez, Tesmoin un a.nden doaeur

lui dit, Muilorum corpora adoranlur in terris quorum limœ cruciantur in înferis, C'est à dire, que les corps ; plu5ieurs sont adorez en terre, dont les âmes sont luririk'ntL-es en enfer. Ce qui nous est confermé par lL'i;enJc de S. Martin (i), où nous lisons d'un damné l'un adoroit avec très^rande dévotion pourcequ'on le nsoit esireen paradis. Je laisse deux autres tromperies li st comroettoyent, en ceci: l'une, quand on faisoit croire ii quelque povre sainct, qui n'y pensoit en il mal, qu'il avoiteuiJemie-douzaine de testes, deux ou sis douzaines d'oreilles, autant de mains, autant de as, amant de jambes. Laquelle imposture a estésuf' ammcnt descouvertc ily a jà plus de quinze ans, par 1 livre |;^ qui contient l'invcntoire de plusieurs reliils de divers pays. L'autre, quand le corps de ecluy l'on iippeloii sainct, ou pour !e moins quelque memoâscmem, ne pouvant plus estre conservé, au

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