CHAPITRE XXXIX SyS
dicts papes, faisoyent attacher le papier auquel ces vers estoyent escrits, à une statue dicte Pasquin. Voilà pourquoy il ne se faut esbahir si Pasquin rencontre quelquesfois si bien, veu qu'il s'attribue les inventions de plusieurs gentils esprits. Toutesfois je croy que jamais il n^eut meilleure grâce qu^alors qu'il disoit qu'il s^en alloit mourir de tristesse, et qu'on luy avoit dict un'injure qui luy avoit percé le cueur. Quelcun luy demandoit, « Mon ami Pasquin, quell'injure t'a esté
■ dicte? t'a-on appelé larron? ou meurdrier? ou em-
■ poisonneur? — Elas non » (respondit-il), « on m'a » bien dict pis. — T'a-on appelé sacrilège, ou parri-
■ cide, ou bougre (i), ou athéiste? — Elas non : on > m'a bien dict pis. » Après qu^on Peut interrogué de plusieurs autres injures les plus grandes dont on se pouvoit aviser, — « Elas, ce n'est point tout cela, » respondit-il : « et jamais vous ne devineriez que c'est. » En la fin, après s'estre beaucoup faict prier de dire son desconfort (2), jettant un grand nombre d'clas, dict qu'on l'avoit appelé pape. Ce mesmc Pasquin monstra bien aussi en un épigramme Latin qu'il fit depuis, combien nous devions penser qu'emportoit ce mot de pape, quand il escrivit ainsi,
Hic Carapha jacei (3) superis invisus et imis : Styx animant, tellus putre cadaver habet.
(1) Cf. ch. XIII, t. I, p. 176, où l'épithète sodomiticque précise le •ent. Boagre vient de Bulgare, comme grigou de Grec, Yoy. Ampère, Hist, de la formation de la langue française, ch. ix. c Ce mot est à noter comme ayant perdu tout à fait la portée injurieuse qu'il avait jadis. Il n'est plus aujourd hui qu'un synonyme du mot garçon. On dit c'est an bon bougre. Bougrement : fortement, t Larcbey, Excentricités du langage français.
(t) Peine, embarras, chagrin :
Ne dansez point, soyez en desconfort,