CHAPITRE XXI
ment ce qu'il avoit voulu, par le grand crédit qu'il avoit. Le mari venant puis à l'heure de l'assignation, la femme qui pensoit que c'estoit luy qui un peu auparavant estoit parti d'auprès d'elle, ne se put tenir de luy user de language par lequel il congnut en fin le mauvais tour qu'on leur avoit joué : et d'autant qu'en ce corps de logis ne couchoit que le frère d'elle et le Cordelier, le gentilhomme se doutant du Cordelier, alla hastivement en sa chambre, laquelle il trouva vuide : ce qui luy augmenta le souspeçon. Mais quand il eut parlé au portier, il s'en tint pour asseuré, et en vint porter les nouvelles à sa femme. Lesquelles la troublèrent si fort, et mirent en tel désespoir, qu'estant demeurée seule (car son mari l'avoit laissée pour aller poursuyvrc le Cordelier) s'estrangla de ses propres mains. Et en se remuant, ainsi qu'elle estoit en l'agonie de cette cruelle mort, tua d'un coup de pied son petit enfant. Mais en mourant il jetta un cri, qui esveilla une femme couchée en la mesme chambre : laquelle ayant veu ce piteux spectacle, alla toute effrayée quérir le frère de sa maistresse. Luy l'ayant veue en tel estât, ensemble son petit enfant, et après plusieurs cris et profonds soupirs ayant demandé à la chambrière qui avoit commis un tel crime, quand elle luy eut respondu qu'elle ne sçavoit, mais qu'elle sçavoit bien qu'autre que son maistre n'cstoit entré en la chambre : y alla pour le trouver en icelle. Où ne le trouvant point, et d'autant plus s'asseurant qu'il avoit commis ce cas, monta à cheval, et courut après luy : et l'ayant attendu en un chemin, ainsi qu'il retournoit de poursuyvre son Cordelier (lequel il n'avoit peu attrapper), si tost qu'il l'apperceut, l'appelant lasche et meschant, mit la main à l'espée : luy, n'ayant loisir de s'enquérir de l'occasion de tel assaut, se mit en défense : et ne cessèrent de charger l'un sur l'autre, jusques à ce que le sang perdu
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etlalasseté (t) les contraignît de se rendre. Alors ayant entendu le frère de )a femme que son bcau-frire estoit innocent et mesmes ignorant de ce faici, ayant d'autre part entendu l'scte du Cordclicr, et que pendant qu'il î'alloit poursuyvre^ cesi autre malheur estoit avenu , luy demanda pardon de ce qu'il l'avoit ainsi navré : cl l'ayant remonté 11 cheval le mieux qu'il avoii pu, le reroena en sa maison, où le lendemain il trespassa : con/essant en présence de ses parens ci amis que luymesme estoit cause de sa Toutesfois pour saiis-
&ire i )usttce, (ui conse beau-frère d'aller de-
mander sa grâce au roy F. r premier de ce nom :
laquelle il obtint. Par ce; oîre nous voyons le
plaisir désordonné d'un m, ousier la vie b trois
personnes : toutesfoia encore verrons-nous ci-après un acte beaucoup plus, horribled'un autre moine de cesic mcsme religion, commettant trois mcurdres de ses propres mains pour parvenir à sa maudite intention d'avoir la jouissance de la damoiselle de la maison, et pour cest effet la voulant emmener en son convenu Mais je garderay ce conte pour le chapitre où il sera parlé des homicides. Cependant je diray ce mot, qu'il a esté un temps qu'ils faisoyent un ordinaire d'emmener ainsi les damoiselles en leurs convens, les desrobbans ou dedans l'église (quand la dévotion les y faisoit demourer plus tard que les autres), ou en autre lieu où ils pouvoyenc avoir la commodité de ce faire : comme mesmc c'est un conte assez vulgaire de la damoiselle qui fur recouvrée par son mari alors qu'elle passoit pardevant sa maison, venant d'un convent des Cordeliers [dans lequel ell' avoit esté long temps pri-
(i 1 . Lastttc. entitTernciii hor* d'u^afic .lujoiirJhiii. (laii «i uFiiit du