CHAPITRE XXIV
d'une maison, ou jetter en un puis profond. Ce que nous voyons estre avenu à celuy duquel il est ques*tion : qui estoit un certain moine nommé Héron, lequel après avoir demouré cinquant' ans en un ermitage, et avoir gardé les règles de ceste profession fort estroitement, entra en une telle présomption de ses mérites, qu'un ange de Satan luy estant apparu et l'ayant exhorté de faire expérience quel pouvoir ils avoyent, en se jettant en un puis (car il Tasseuroit qu'il en sortiroit sans se faire aucun mal, par la vertu et puissance desdits mérites), il luy fiit très-obéyssant, pensant que ce fust un ange de lumière : et se précipita dedans un puis dont Tœil ne pouvoit voir le fons. Duquel après qu'on l'eut retiré avec bien grand' peine, jamais ne fut possible de luy persuader que c'estoit le diable qui s'estoit apparu à luy, et qui l'avoit ainsi tenté : mais mourut en ceste obstination le troisième iour après. Or ay-je trouvé ceste histoire en un fragment d'un livre Latin duquel l'auteur n'y est point nommé : au demeurant est escript en parchemin d'une fort bonne lettre, et qui semble monstrer assez grand' ancienneté, pour le moins autant que tels escrits ecclésiastiques en peuvent avoir. Mais quiconque soit l'auteur, il est aisé à voir qu'il ne hayoit point les moines, ains semble parler comme estant du nombre, et les avertissant fraternellement de se tenir sur leurs gardes. Je produiray donc icy l'histoire Latine tout au long, mot pour mot, ainsi que je l'ay copiée dudict fragment : lequel je pense estre d'un livre qui ne soit point imprimé : car autrement je me fusse contenté d'enseigner au lecteur l'endroit où il la trouveroit. Si toutesfois elle se trouvoit imprimée, je n'auray faict tort qu'à moy-mesme, qui en la transcrivant auray relevé le lecteur d'autant de peine que je m'en seray donné. Aucuns miens amis ausqucls j'ay montré ce
Il y
78 APOLOCrt POUR HÉRODOTE
mesme Pape, en un repas ne voyant point sur lable son plat de porc à la fai^on accousiumée (pource qu'il aimoii naturellement la chair de porc et de paons), et son maistre d'hostel luy ayant dict que le médecin avoii ordonné qu'on ne luy en servist point, pourcequ'elle Iity estoît contraire, il ne prit point ceste raison en payement, mais commença à despiler celuy duquel il se vantoit estre vicaire, disant, " Porta mi quel mia t piailo, al dispeîto dî Dio. » C'est à dire, < Apporte-moy » mort plal, en despil de Dieu, o Or en lisant ceci, il m'esi souvenu de ce que j'ay ouy réciter de Pape Paul 111, c'est qu'en une procession faîcte h Rommc, où on pourmcnoit solennellement le corpus Chrisiî qu'ils appellent, il dict qu'on luy feroit renier Christ si ceui qui cstoycnt devant s'arrescoyent aiasi. Tellement qu'il vint un vers eux leur dire qu'ils marchassent, et que sa saincteté estoit si cholêréc qu'elle renioit Christ, h cause qu'ils s'arrestoyent [ i ) • Et pensez, lecteur, si ceb s'accordoitpas bien, de dire que celuy qui faisoit faire une procession générale au corps de Christ (ainsi qu'ils veulent qu'on le croye) renioit Christ. Mais ceux ausquels Dieu a fait la grâce d'avoir les yeui ouverts à ids abus, doivent considérer sous tels propos ce que dit le proverbe Grec, à sçavoir que souvenles fois la langue en /aillant rencontre à dire la vérité. Car s'il faut considérer l'abus qui est en telles choses, n'est-ce pas bien renier Christ que de luy vouloir faire jouer une telle farce ? Ainsi en prenoit â celuy qui disoil à un prestre^ o Venez dire la mc^e, de par tous les dia- « btes : monsieur se courrouce. » Ainsi en prenoit à un gentilhomme Lorrain philomesse, qui se courrouçant contre un sien fils qui aucontraire estoit misomesse.