CHAPITRE XXVIII I
aux povres serviteurs qu'ils prissent la patience de manger des viandes auquelles ils n'estoyent aucunement accoustumez, et celles qui leur estoyent coustur mières et ordinaires, ils les quittassent à leurs maistres et maistresses : c'est à dire, qu'ils prissent la patience de manger des menues viandes de toute sorte de gibhier, et qu'ils leur laissassent manger les grosses. Et que respondra ici le vieillard laudator temporis acti se puero? de quoy pensera-il couvrir la lourderie de son temps passé ? Certainement il me semble que si je n'appelle que lourdaux ceux qui faisoyent ce tour, je les espargneray beaucoup. Il est vray que si je n'avois peur de les fascher, je leur ferois volontiers encores un'autre question en matière de perdris et autre tel gibbier, à-sçavoir-mon où ils avoyent le nez, ou bien quelle sorte de nez ils avoyent, quand ils ne trouvoyent bon le gibbier sinon qu'il cornast un peu, c'est à dire (sans desguiser les matières) qu'il ne fust un peu puant : et quand ceste petite puanteur estoit à leur nez senteur de venaison ou sauvagine.
Mais je vien aux façons de quelques autres nations, lesquelles (comme j'ay dict) ont paraventure esté en usage entre nosancestres pareillement. Comm'ainsi soit donc qu'il n'y ait aujourdhuy François (j'enten natif de la vraye France), de ceux qui sont aucunement aisez, qui ait le palez si mal appris qu'il ne sçache bien faire distinction entre chair mortitiéc et celle qui ne l'est point, au contraire ce seroit presque miracle de trouver un Allemand n'estant jamais parti de son pays, qui entendist ou se souciast d'entendre cette distinction. Pour exemple, à fin d'éviter ne gallina malum responset dura palato (comme parle Horace) (i), c'est à dire qu'une poulaille n'ait la chair si longue qu'elle ne puisse
{t}Sat. 11,4, V. 18.
APOLOGÎE PODR HÉRODOTE
jlaire au palez, le François qui n'aura eu le loisir
faire tuer un jour ou deux devant pour la laisser ilier et attendrir d'elle-mesme, sçaura et pratiquera eurs rcceptes outre celles que donne Horace : mais ontraire quand laissant sa FrancL' il viendra en nagne, il sera bien estonné qu'il st verra présenter abie la poulaîlle {ou quelque maistre coq, a faute Ile 1 qu'il aura veu se pourmener en la cour il n'y que demie heure : tellement qu'ell'aura esté quasi n mesme temps tuée, plumée, bouillie. Or si nos stres [à-fin de ne m'attacher aui Alemans) ont le pareil, n'aurons-nous pas très-juste occasion de qu'ils ont esté bien lourdaux et grossiers en cest oit? Sinon que quelcun vousist respondre qu'ils cnt les estomachs plus chauds que nous, tellement s pouvoyent aussi bien digérer la viande h demi
comme nous la bien cuite. Mais les livres des