CHAPITRE IXVin
qu'alors : ce qui est cause de la cherté qu'on voit, cause de tant de dissolutions, cause aussi de rendre les hommes plus efféminez. Il est vray qu'ils passent bien quelquefois plus avant, voulans faire les jeunes gens de leur temps presque saincts ; comme quand ils disent (ce que Tauteur du Courtisan (i) raconte de bonne grâce), lo kaveva vent' anni che anchor dormiva con mia madré, et miesorelle : ne seppi ivi à gran tempo che cosa fossero donne : et hora i fanciulli non anno à pena asciutto il capo, che sanno piu malitie che in que tempi non sappe^ ano gli homini fatti. Or comme les vieillars qui passent si avant, passent les limites de la vérité : aussi les passerions-nous si nous voulions nier Qu'ils n'eussent raison de se plaindre du changement en pis quant aux meurs. Pour conclusion donc nous accorderons aux vieillars que du temps de leur jeunes ans le monde n'estoit si malitieux : mais ce sera à la charge qu'ils nous accordent qu'aussi estoit-il plus grossier et plus lourdaut, et n'avoit pas peut-estre autant d'esprit pour avoir autant de malice.
Et à-fin qu'ils ne dient point que je parle à l'avanture, je viendray dès maintenant aux exemples. Et pourceque quant au corps, nous n'avons aucunes choses en plus grande recommandation, voire n'estimons plus nécessaires, que celles qui servent à nous nourrir et vesdr, et pourtant sommes fort curieux de cercher toutes commoditez en cest endroit, j'en parleray premièrement. Mais quant à la nourriture, pource que je présuppose que nos ancestres ne s'y soyent monstrez guère plus subtilement curieux que s'y monstrent encores à présent plusieurs nations, je prieray le lecteur ne trouver mauvais si je fay aussi comparaison de quelques façons de faire d'icelles avec les nostres. Il est vray
11) CAsdfUooc, Ut. H, p. 1 1 1, de l'éd. de Lyon, i553.
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I commanceray par une qui est enirJL- si avant
y nostrc temps que ceux mesmemeui qui n'ont
I douze ans passez, eu peuvent estre lesmoins [et
mue que quand jt; diroîs qu'ell' esi encorcs en usage
Ilqu6s lieux delà France, je ne mentirois pas). C'est
■ bonnes maisons les mîiistres et maïstresses, pour
Hromper leurs serviteurs et chambrières, se fai-
servir à table premièrement je ne s^ay quelles
es. hachis, vinaigrettes, saupiquets, salmingon-
t puis force chair de mouton et de veau, et de
k pièce tremblante qu'on appelle (i) : et ordinai-
s'attachoyent il ceste pièce de beuf plusiost
I autres. Et après que l'estomach avoit deschargé
r telles viandes, et qu'il estoii appaisé, on
|oit la viande creuse, à -sça voir force bestcs à deux
as tout à une fois, mais on gar-
fc perdris et les phaisans et autres viandes qui sont
s délicates, pour le dernier service, l'estomach
lulement apt^aisé. mais du tout ferr