CHAPITRE XXVni lij
que nos prédécesseurs ne s'y sont monstrez guère plus subtils qu'au reste : mais quand je considère d'autre part les grandes fautes qui s^y commettent aujourdhuy par ceux qui veulent estre trop subtils (ou plustost, sottement subtils), ils me semblent mériter qu'on leur pardonne. Car nous avons tellement laissé ce qui estoit de mauvais au vieil François, que nous avons laissé quand et quand la plus part de ce qu^il avoit de bon : et puis avons faict un tour de mesnagers à contrepoil, allans emprunter chez nos voisins ce que nous pouvions trouver chez nous (voire qui eust esté meilkur), si nous eussions voulu prendre la peine de le cercher : comme )'ay monstre en mon livre De la am/ormité du language François avec te Grec.
Au demeurant qu'ils sçavoyent faire en leur patois de belles harengues et bien troussées, il appert par les historiens d'alors. Quant à leurs rymes aussi (j'enten rhythmes), c'estoit triomphe, pourveu qu'on n'y cerchast ni ryme, ni raison, voire ni mesure aussi en la plus part. De quoy on ne se doit esmerveiller, veu que Marot mesmement en ses premiers escrits rymoit à Taventure, sans sçavoir que c'estoit de la coupe ou césure, ni de la différence de E masculin avec E féminin. Et à dire la vérité plusieurs rymes du temps passé semblent n'avoir esté faictes que pour nous apprester à rire : principalement celles qui sont de telle vene que ceste-ci,
Priez pour Martin Preudom Qui a faict faire ceste vie, Que Dieu luy face pardon En ryme et en tapisserie (i).
(1) Voici comme cette épitaphe est rapportée par Costar dans la Défense des ouvrages de M. de Voiture :
Cy gist Barthélémy Preudon, Qui a fait faire cette vie.
Car l'auteur de ce beau quatrin a esté tant à la bonne foy, qu'il a pcasé que la contrainte de sa ryme Cïcuseroit envers les lecteurs ce qui est ridicule, estant pris selon l'ordre des mots, à-scavoir que Dieu luy pardonne en ryme et en tapisserie. Un autre ancien rymeur ne fit difficulté de clorre ua sien cpitaphe par ces deux vers,
Et mourul quatre cens et neuf.
Pareille grâce avoit la plus part de leurs rymes Latines, et principalement en e'piiaphes : comme,
■ Qui jacrt intus.
Fuit Carolus Quinlnt.
Die pro tito bis vel ter Ave Maria et Pater noster.
Mais il est temps de parler de leur lourderie en choses de plus grande conséquence, qui concernent le point principal mentionné ci-dessus, à-sçavoir le salul de
Le bon Dicn luy face pardon
Il mourut Vaa mil cinq cent nenf
Tout plein de vcrtui comme un œuf.
Eilienne met deux rymeur* o<i CoMir n'en donne qu'un. • Cette ipiUphe. . dit 1> SiiiU ds la dé/ente de Vouvrf. . se voyoit au btm\ d'uni lapisKtie dini une église du Sinlerii qui (ui bnulée pit l« Cravoies au temps du ïitge de Corbie, e< cette lapi!.Hr]e contenoil Il lie de aaini Lubïn eu figures et en rimes, comme le Mmoigne l'tpilipbe meimi:. ■
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