‹ Apologie pour HérodoteChapitre 101 sur 223 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Des contes qu'on prenoit es légendes, et d'autres telles drogues dont aussi estoyent farcis leurs presches ou sermons.

Aïs le siège épiscopal des fables les plus fériales (i)..et vrayement monachales estoît et est encore maintenant le livre intitulé La légende dorée des saints et saindes, etc. (2). Voire d'aucunes si fe'riales qu'il faut estre bien vaillant pour se pouvoir garder de faire en ses chausses (à force de rire) ce qu'on y fait plus souvent en temps de vendange qu'en autre saison. Il est vray que d'autre part il est besoin que le lecteur ne soit tendre du cueur : car il y a plusieurs passages desquels il ne sortiroit jamais sans faire ce que font sur la mer ceux qui ne l'ont accoustumée. Du nombre

(i) Férial dérive deférie, qui est, en style de bréviaire, le jour considéré par rapport à TolBce, abstraction faite du dimanche ; férial = journalier, ordinaire.

(3) L'édition originale de la traduction française vit le jour à Lyon, achevée d'imprimer par Barthélémy Buyer le 18 avril 1476^ et diligemment corrigée auprès du latin par maistre Jean Batailler. Ant. Vérard donna, en 1490, 1493 et 1496, trois éditions de la Légende en français. Diverses éditions de Lyon» Jehan de Vingle, i5i3, Paris, Leber, i525; Poitiers, Enguilbert de Mamef, i552; Paris^ Jehan Ruelle, 1 5 54, et trois autres sans date.

des^els passages (à juger de mon cueur l'autruy) on peut mettre ceux-ci. FraXer Juniperus (lequel estoit tenu par S. François pour un vrayement sainct homme) s'estant avisé une fois de faire la cuisine fort bravement, mit en une grande chaudière des poulets, sans les plumer, ni vuider, ni laver : et d'autre chair fraische et salée, des herbes, des pois, des fèves, et toute autre sorte de légume, sans aussi rien laver ni nettoyer : et ayant faict bouillir tout cela ensemble sur un grand feu, apporta ce beau plat de viande à ses compagnons. Le mesme f rater Juniperus (il faut avoir ici encore meilleur courage) ayant esté un jour couché par quelcun en un bon lict et en de beaux draps blancs, lascha de la matière fécale dedans, laquelle il laissa en payement à son hoste, sans luy dire autrement à Dieu. Or sont ces deux contes pris du livre des Conformité^ que j'ay allégué ci-dessus, le premier, au feuillet 62, le second, au feuillet 63. Et sont là récitées ces deux honnestes histoires pour monstrer l'humilité de ce sainct frère. Mais quant à la seconde histoire, si l'humilité consistoit en ce qu'elle nous raconte, il n'y auroît telle humilité que de petis enfans : car ils font ce tour plus que les nourrices ne veulent. Toutesfois il ne faut témérairement juger de cest acte de Juniperus ; car il avoit entendu peut-estre par révélation qu'il devoit faire changer de couleur aux draps avant que d'en sortir. Aussi que sçait-on si c'estoit point quelque recepte qu'il avoit apprise en quelque légende ? Car de dire pour excuse que la puanteur de ses excrémens n'estoit telle qu'elle seroit d'un autre homme, il y auroit bien peu d'apparence : et principalement veu ce que nous lisons au mesme livre, au fiieillet 5 1 , d'un autre moine du mesme convent, nommé Ruffin, à-sçavoir qu'il fit fuir un diable par ceste seule menace, qu'il luy fienteroit en la gueule. Voire est là dict que

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