‹ Apologie pour HérodoteChapitre 115 sur 223 · CHAPITRE XXXV 22 T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV 22 T

jouer, comme il monstra bien quand au lieu de couper la teste à Malchus, il luy coupa l'oreille. Car pensez vous (dit-il) qu'il feroit beau voir qu'un homme portast un livre, auquel il ne sceust pas lire ? ainsi est-il de porter l'espée sur la cuisse, et n'en sçavoir pas jouer. Or notons ici outre ceste tant outrecuidée sentence, touchant la raison qui mut nostre Seigneur à faire ce commandement à S. Pierre (au lieu que la vraye raison est toute évidente), deux autres points qu'il tient pour tous certains, combienque ni luy ni homme du monde ne les ait pu asseurer, par les mots de l'Évangile, auquel seul on se doit arrester. Ces deux points sont : l'un, que S. Pierre vouloit couper la teste à Malchus, alors qu'il luy coupa l'oreille, mais il faillit son coup : l'autre est, que le glaive duquel il luy coupa l'oreille, estoit un'espée. Je laisse un autre poilit, qui n'est pas moins plaisant : à sçavoir que Pierre estoit pape dès lors. Car il dit, Sed cur Do^ minus noluit quod Petrus gladio uteretur, viso quod papa erat? Et à dire la vérité ceste parole a donné beaucoup d'affaires à plusieurs autres docteurs et prescheurs. Car il n'a pas esté jusques à Pasquin qui n'ait objecté ceste parole de nostre Seigneur au pape : mail* on luy a bien sçeu quelquesfois trouver sa response, comme on pourra voir en ces deux epigrammes :

Quum tibi non œtas habilis sit, Caraphe, belle.

Et castris habeas cognita claustra magis : Quum desit miles bellique pecunia nervus,

Quis teprœcipitem cogit ad arma furor?

Inftrmis humeris damnata quid induis arma?

Quœ tibi quum libeat ponere, non liceat? Cur respirantem et curantem vulnera mundum

Concutis, et Martem solus ad arma des?

Da miseris requiem, et spatium concède malorum,

Si nobis pater es, si tua cura sumus :

Conde senex gladium, et Christi reminiscere verbi : Quod dixit Petro, dixit et ille tibi.

Response,

Quod dixit Petro Christus, nolim esse putetis

Dictum (pontificum pace PetriqueJ mihi, Nam neque sum Pétri successor, nec quoque talent

Agnoscit bonapars Christicolarum hodie.

Pauli ego (successu cœptis meliore deinceps

DU faveant) sumpsi nomen et arma simul ; Et Christi verbi mentor intrepidusque minister,

Non veni pacem mittere, sed gladium.

Et à propos de Malchus, auquel S. Pierre, adressant mal son coup, coupa Toreille, pensant couper la teste, le mesme prescheur dit que ce n'est pas sans cause que Malchus estoit serviteur du prince des prestres : mais que c'est pourceque Malchus signifie roy (i). Sur quoy il sçait très-bien faire sa conclusion, que comme Malchus ayant un nom qui signifie roy, servoit au prince des prestres, ainsi la majesté royale est assujetie à la puissance et autorité prestrale. Aussi me souvient d'une question du mesme prescheur sur le propos dudict S. Pierre : c'est pourquoy Jésus Christ bailla plustost les clefs de l'église audict S. Pierre qu'à S. Jan, lequel (dit-il) valoit bien pour le moins S. Pierre. Voici donc ce qu'il respond : C'est pourceque S. Jan estoit de la parenté de Jésus Qirist, voire son cousin germain : à fin qu'il monstrast par cest exemple qu'en conférant les dignitez ecclésiastiques on ne doit avoir esgard à la parenté, mais à la vie. A quoy aussi Moyse (dit-il) eut esgard quand au lieu de résigner sa principauté à ses deux enfans, jaçoit qu'ils fussent bien entendus, il la résigna à un estran-

(I) En hébreu, où il s'écrit : tSo, Malelc.

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