‹ Apologie pour HérodoteChapitre 114 sur 223 · CHAPITRE XXXV 2I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV 2I

estre ordinairement en la bouche des docteurs scholastiques, tant nominaux que réaux, Thomistes, Albertistes, Occanistes, Scotistes, et autres. Aussi se sont-ils amusez et s'amusent à des questions fort sogrenues (i) touchant leurs articles de la religion Chrestienne, et nommèement touchant ce qu'ils appellent le sainct sacrement de l'autel : comme on peut voir au livre appelé Cautelœ missce (2). Et encores n'ont ils sçeu faire tant de questions touchant ce point, qu'on n'en trouve de jour en jour un grand nombre de nouvelles. Dequoy il ne se faut esmerveiller, veu les dangers ausquels leur sacrifice est suject. Car quant à l'hostie, ils ont bien meu force questions touchant les inconvéniens qui luy pouvoyent avenir : mais si en est-il avenu desquels ils ne se fussent jamais doutez. Et mesme ils ne parlent point d'un accident tel que celuy qui avint à S. François, c'est qu'en disant la messe (au fueillet 72 du livre Des conformité:^ allégué souvent ci-dessus) il trouva en son calice une araignée, laquelle ne voulant point jetter hors, il la but avec le sang. Il est vray que se frottant et gratant la cuisse là où il sentoit une démangezzon, il se fit sortir ladicte araignée par icelle cuisse. Voici, à dire la vérité, un conte lequel peut estre motif de plusieurs questions qui n'ont point encores esté ouyes. Car premièrement on pourra demander si ce sang ainsi empoisonné avoit autant de vertu que s'il ne l'eust point esté, et notamment si ell'estoit alors pénétrative jusques en purgatoire. Item si ceste araignée estoit venue là de son propre mouvement, ou bien par quelque révélation qu'elFavoit eue miraculeu-

(1} Saugreneux à9Xi% Brantôme, saugrenu dans Oudin, Cur. franc,

(2) Les Cauieles et canon de la messe, ensemble la messe du corps

de Jésus Christ, le tout en latin et en françois, le latin fidèlement

extrait du Messel à l'usage de Rome,.., avec annotations de

P. Viret, Lyon, C. Ravot, i563, in-80, 198 p.

sèment et contre tout ordre de nature. Item si elle participa point aux mérites du sacrifice, ou pour le moins si elle fut pas sanctifiée. Aussi pourroit-on mouvoir un' autre question, si ceste araignée se pouvoit enyvrer de ce breuvage. Voire ceux qui entendent ces subtilitez, en pourroyent mouvoir encore deiix ou trois douzaines : qui est la raison pour laquelle je di qu'on ne se doit esbahir s'ils ne peuvent trouver le bout des questions qu'engendre ceste mystiquement ou mystérieusement estrange façon de sacrifice.

Toutesfois encore n'y auroit-il pas si grand' pitié en eux s'ils ne se rompoyent la teste qu'après les questions qui appartiennent aux points susdicts : mais tant s'en faut qu'ils se contentent de celles-là, qu'ils veulent entrer jusques au conseil privé de Dieu (i), quant à toutes choses généralement. Aussi les a incitez ceste curiosité à ajouster par leur hardie invention à ceste partie de la bible qui contient des histoires, toutes sortes de circonstances : comme on a pu voir ci-devant où j'ay parlé de leurs paraphrases : voire jusques à vouloir assujettir les histoires de la saincte escriture à cela mesme à quoy ils ont assujetti les fables des légendes, à-sçavoir jusques à leur faire rendre conte du nom qu'avoit le chien de S. Rôch (2).

Pour donc prouver par exemples ce que je vien de dire, et commancer par les questions curieuses où il y a moins de danger, escoutons la plaisante raison qu'allègue Menot (au fueillet 47, col. 4) pour laquelle Jésus Christ ne voulut permettre à S. Pierre d'user de sonespée. Pource (dit-il) qu'il n'avoit point appris à en

(i) Cest dommage, Garo, que tu n*es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé.

La Fontaine, Fables, IX, 4.

(2) Voy. de Ring, Symbolisme et légende de saint Roch, iBbj.

Page 1