‹ Apologie pour HérodoteChapitre 119 sur 223 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

tant quand on voyoit quelcun desdicts frères prescheurs Jacopins par les rues de Paris , le peuple par dérision crioit après eux Aux Huets, aux Huets : tellement qu'ils avoyent honte de se plus monstrer. Et pour ledict erreur fut assemblé un grand conseil de clercs et notables gens à Paris, et par eux fut ladicte proposition déclarée erronée, en pleine assemblée et procession générale de r Université de Paris. Voilà ce que portent nosdictes chroniques telles que nous les avons. Maintenant voyons combien toutes les deux parties se sont eschauffées après ceste question. Un Jacopin de Francford dict Yigand composa un livre il y a environ soixante ans par lequel il soustenoit que la vierge Marie avoit esté conceue et née en péché ; et reprenoit tant les docteurs anciens qui avoyent esté de contraire opinion, que ceux de son temps qui la tenoyent : et entr'autres taxoit un Cordelier nommé Jan Spengler, qui se sentant picqué par ledict Yigand fît tant qu'une dispute touchant ceste question fut assignée à Heidelberg : mais le prince Philippe Palatin (i)rempescha. Et pourtant le Jacopin cita le Cordelier à Romme, où ceste cause a demeuré long temps pendue au croq. Quelque temps après avint que les Jacopins tindrent un chapitre général à Vimpffen : auquel entr'autres choses consultèrent comment ils pourroyent spustenir leur opinion, combienque presque tout le monde la

ait appelle par dérision Huets pour Huguets ou petits Hugues les petits hommes qui portoient ce nom. » Valesiana, p. 120. Quant à Huguenot, dont M. Brachet ne veut pas connaître Torigine, il semble que de Bèze fût bien placé pour en donner l'explication. Nous renvoyons donc à son Hist. ecclésiastique, 1. III ; Huguenot est un diminutif de Hugues, mais il est inutile de rattacher le mot, comme fait Mahn, à quelques hérétiques ou conspirateurs de ce nom.

(i) Philippe ringénU) 1476-1508. Il regardait, dit Laguille, les foudres de TÉglise comme des éclairs qui passent et qui n'assomment pas.

rejettast : et que plusieurs docteurs eussent escrit et aussi faict croire le contraire par l'autorité de quelques miracles forgez par eux. Et qu'il faloit aviser aux moyens qu'on pourroit avoir d'en forger aussi bien que ceux-là avoyent faict. La conclusion estant faicte en ce chapitre conventuel de procéder par faux miracles, il fut résolu que ceste entreprise seroit exécutée par quatre Jacopins de Berne (i) (dont les noms et surnoms seront déclarez ci-après). Pour donc en venir à bout, ayans communiqué avec le diable (auquel l'un d'eux, qui estoit nécromancien, adressa les autres) et ayans eu promesse de luy qu'il leur aideroit, regardèrent depuis songneusement si quelque moyen se présenteroit point à eux. Or avint-il au bout de quelque temps qu'un compagnon cousturier nommé Jan Jetzer, natif de Zurzac, fut receu de leur ordre. Et bieûtost après qu'on luy eut baillé l'habit, l'un des quatre l'alla trouver de nuit en la cahuette (2) qu'on luy avoit baillée, et se mit à contrefaire l'esprit, s'estant envelopé d'un linceul, et menant un fort grand bruict tant par pierres qu'il jettoit, qu'autrement. Dequoy ce povre novice s'estant plaint aux quatre principaux ( qui estoyent ceux mesmes dont venoit cette tromperie , et mesmes l'un desquels estoit le cont refaiseur d'esprit), il fut consolé par eux et exhorté à prendre patience. Une nuit entr'autres cest esprit contrefaict parle à ce povre novice, et luy encharge de faire certaine péni-

(i) Voy. 1. 1, p. 270.

(2) Cahuette est-il le féminin de cahuet ou une variante de cahute ? Cahuet de caputions, dit Rabelais, V, 27, et Lacume l'explique par la partie du capuchon qui couvre la tête, ce qui n'est pas suffisant. Cahute ou cahutelle, casa, dit Nicot. < Cahuette, ce mot est bas et de raillerie. Cahute, ce mot est bas et de raillerie quand on goguenarde. B Richelet. En somme, cahute vient du néerlandais kajuit, qui contient les deux éléments germaniques kojCf place à dormir, et hûttef hutte.

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