‹ Apologie pour HérodoteChapitre 120 sur 223 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

tence pour luy« Ce que le novice ayant communiqué aux quatre susdicts^ il fut avisé de luy faire faire publiquement ceste pénitence, qui estoit pour la délivrance dudict esprit. Lors un d^entr'eux commença à prescher de cest esprit, et exposer au peuple pourquoy ceste pé^ nitence se faisoit. Et ce n'estoit sans magnifier leur ordre (auquel cest esprit s'estoit adressé pour estre aidé par leurs mérites), et au contraire blasmer celuy des G>rdeliers. Une fois entr'autres cest esprit exalta fort à ce novice Tordre des Jacopins, tant pou^- les bons personnages qui en estoyent, que pour la bonne manière de vivre qu'on y observoit : ajoustant, qu'il n'ignoroit pas toutesfois que cest ordre estoit hay de plusieurs, à cause de leur docteur S. Thomas, lequel ils suivent en ce qu'ils disent la vierge Marie avoir esté conceue en péché originel : et toutesfois que plusieurs de ces malvueillans estoyent griefvement tourmentez par vengeance de Dieu. Et mesme que la ville de Berne périroit s'ils ne déchassoyent les Cordeliers , qui soustenoyent que la vierge Marie avoit esté conceue sans péché. Et que notamment le docteur Alexandre d'Ales et Jan l'Escot docteur subtil , tous deux Cordeliers, souffroyent grand' peine en purgatoire pour avoir soustenu ceste opinion. En la fin contrefit la vierge Marie, qui elle mesme l'asseura de sa conception impure et souillée, et de plusieurs autres points qu'on vouloit savoir d'elle : aussi luy imprima en la main dextre une cicatrice de la passion de son fils Jésus Christ. Ce qu'elle fit en perçant la main d'un clou bien aigu. Puis pour addoucir la douleur de sa playe, luy donna du cherpis (i) faict des bandelettes de son enfant desquels

(i) Noua disons charpie, t. de l'ancien verbe charpir (efBler), du 1. carpere. « Le nouveau traducteur de Don Quichotte (Filleau de Saint-Martin ) a écrit charpi pour charpie, mais en cela il n'est point à imiter. » Richelet.

elle Tenvelopoit en Egypte. Or non contens de ceci les quatre susdicts luy baillèrent à boire d'un'eau feicte par sorcelerie, par laquelle ils luy firent perdre le sens et Tentendemcnt, et puis d'un'eau forte luy imprimèrent encore quatre playcs. Luy estant revenu à soy par le moyen d'un'autre eau qu'ils luy avoyent baillée, s'estonnoit fort de ces autres playes : mais ils luy firent croire que cela venoit de Dieu. Après ils le mirent en un petit poile à part tout tapissé de pourtraits où la passion de Jésus Christ estoit figurée, par laquelle il devoit apprendre les contenances de Jésus Christ. Et faisoyent tout ceci à cause du commun peuple, qui avoit jà ouy le bruit de tous ces beaux miracles : en la présence duquel ils faisoyent jouer la passion à ce povre novice , après qu'ils luy eurent faict faire son apprentissage. Aussi luy bailloyent un breuvage qui le faisoit escumer : et luy faisoyent croire que par grande dévotion il luitoit contre la mort , ainsi que Jésus Christ. Et pour conclusion, ils firent tant de tels tours à ce povre moine qu'une fois il s'apperceut de quelque tromperie : et toutesfois encore firent-ils si bien qu'il se persuada que toutes les apparitions n'avoyent esté fauses : tellement qu'encore depuis ils se servirent de luy à contrefaire quelque miracle. Mais en la fin toute leur meschanceté de laquelle on avoit jà grand souspeçon, ayant esté descouverte par ce povre moine (lequel Dieu avoit miraculeusement sauvé de leurs mains, eux ayans essayé plusieurs moyens pour le faire mourir), leur procès fiit tellement faict que les quatre beaux pères estans remis au bras séculier par les ecclésiastiques (qui s'estoyent efforcez de les sauver), ils furent brûlez en un pré de ladicte ville de Berne, vis à vis le couvent des Cordeliers. Leurs noms estoyent, Jan Vetter prieur, Estiene Boltzhorst prescheur, François Ulchi souprieur (qui contrefaisoit l'esprit ,

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