CHAPITRE XXXVI
Un autre au pays de Beauvois, qui preschoit en un préau, après avoir crié contre les Luthériens, vint à dire à ses auditeurs qu'il craignoit bien qu'il n'y en eust d'entr'eux qui fiassent infectez de leur meschante doctrine : et qu'il prioit ceux et celles de la compagnie qui ne s'en sentoyent point entachez, mais estoyent bons catholiques, de prendre une goulée d'herbe à belles dens, en l'honneur de nostre mère saincte église. Ce que les voyant faire, il se prit à dire en riant : « Depuis l'heure que Dieu me fit naître, je ne vi tant » de bestes paistre. »
Aussi quand ils s'eschauffoyent ou faisoyent semblant de s'eschaufFer contre leurs auditeurs, ils avoyent coustume de n'espargner point le diable en leurs propos. Tesmoin messire Jan Fouet, vicaire de Villers en Tartenois (i), qui disoit, «t Puisque vous ne tenez conte
de ce décri, selon moi, c'est que Louis, duc d'Orléans, qu*en 1407 Jean, duc de Bourgogne, a voit fait assassiner en partie par jalousie comme Tinsinue sous cette année-là Jean de Serres, étoit un prince luxurieux qui, non content de débaucher, dans Paris, tout autant de belles femmes qu'il pouvoit, emploioit encore des gens à lui en gagner d'autres qu'ils faisoient conduire à Orléans où ce Prince lestenoit dans une espèce de sérail. » Le Duchat. Nous ajouterons à la dissertation de notre prédécesseur deux passages de Lemaire, Anti" quités d'Orléans, l'un ainsi conçu : « Ce qui fait que les femmes et filles d'Orléans ont un parler doux, coulans les aspirations plus légèrement et entrelassans /leurs voyelles aux consonnes, c'est qu'elles sont d'une complection plus froide que les hommes, joinct que notre air est tempéré... « I, 83. Voici l'autre passage : « Je me suis estonné de ce que Chassanée, 10 p. Catal., discourant des mœurs, inclinations et exercices que prennent les Escholiers dans les Universités, attribuant l'Estude à ceux de Tholose, la Crotte à ceux de Paris, la Braverie à ceux d'Angers, il confère la Danse à ceux d'Orléans... J'estime qu'il s'est mespris : qu'au lieu de dire des Escholiers de Poitiers qu'il appelle joueurs de Paume, il devoit dire les Danseurs de Poitiers... et pour les Escholiers d'Orléans il les devoit qualifier joueurs de Paume, car il est vray de dire qu'en ce temps qu'escrivit le dit Chassanée, les Orléanois estoient grands joueurs de Paume... » II, 83.
(1) Villers-Agron ou Villers-sur-Fère : ily a ii3 communes de ce nom en France.
25o APOLOGIE POUR HÉRODOTE
» de VOUS amender, le diable vons emportera, et moy » après vous. » Tesmoin aussi un autre curé qui disoit, c Vous ne tenez aucun conte des remonstrances que » )e vous fay, ains au contraire vous allez tous les » jours en empirant : et cependant j'ay la charge de » vos âmes, que le grand diable y ait part. » Mais sur le propos des âmes données en garde aux curez, je ferois grand tort au curé de Pierrebuffière (i), au haut Limosin» si je Toubliois. Ce bon personnage, pour mieux exhorter ses parroiciens à bien vivre, leur dict entr'autres choses, « Quand le jour du jugement » sera venu, Dieu voudra que je luy rende conte » de vous autres, et m'appellera, Curé de Pierre- » bufiière, qu'as-tu faict de tes brebis? Et moy mot. » Or dict-il ceci par trois fois, se cachant en la chaire chaque fois quUl disoit Et moy mot. Mais puis il leva la teste, et vint à dire : « Je sçay bien que je » luy respondray, Bestes vous me les avez baillées, » bestes je vous les ren. » Vray est que ceci ne peut avoir telle grâce ainsi traduit, qu'il a en sa propre langue, à-sçavoir estant couché en nayfs atticismes Limosins : et pourtant je me suis faict bailler par un du lieu l'original, qui est tel, « Quart se vendra » lou jour deu jug/xmen, Diou me demandaro que you D ly rendo comte de vou autre : et me apelaro, Cha^ » pelo de PeyrebufierOf en quai eytat son ia olia? (2) Et » you ny mot. Et eu mapelaro enquero, et diro, Cha' » pelo de Peyrebufiero, en quel eytat son ta olia? Et » you ny mot. Et enquero eu me diro, Chapelo de » PeyrebufierOy en quai état son ta olia? Jusque à tre
(i) Touchant ce curé, voy. Des Périers, nouv. XXXIII. M. L. Lacour, dans son édition, indique un faux chapitre de Y Apologie pour Hérodote. Pierrebuffière est un bourg à 2 1 kilomètres de Limoges.
(3) Olia. OuUio, s. m. brebis, du lat. ovilia, voy. Béronie, Dict. du patois du BaS'Limousin, Tulle (1820).