CHAPITRE XXXVII
à grand'peine s'aviseroyent maintenant ceux qui ont bon esprit et bon jugement. Et premièrement, s'il faut venir à leur langage, il est certain que plusieurs en ont parlé qui estoit cerché si loin que Cicero luy-mesme n'en avoit jamais ouy parler. Et puis ils ont amené ceste invention do mistionner le Latin parmi le François de si bonne grâce, qu'il est quasi impossible de s'ennuyer en les lisant. Et de ces deux points pourront tesmoigner quelques passages alléguez ci dessus de Menot et d'Olivier Maillard, à ceux qui n'auront pas leurs livres. Car ils voyent là les plaisants entrelarde-» mens de ces languages, non sans quelque subtilité. Mais il y a un troisième point, c'est qu'ils ont exprimé des choses en leur Latin que tous les auteurs de la langue Latine n'ont sçeu exprimer : comme quand Olivier Marllard dit, au feuillet 6. col. 3, Primo venit ad primam in domo sua existentem, et percutit ad
très. Et episcopus in quibus? Turribulum^ aspersorium et sancta crux. Et episcopus : vere tu habes jus. » Barelete, feria sec, hebdomade tertie, feuill. 76.
Quelqu'un désirant estre prestre A l'Evesque se présenta, Qui lui dit : Si tu le veux estre, Di moi : quot sunt sacramenta ?
— Très, dit-il, et l'Evesque, quat ?
— Bst Spes, Fides et Charitas.
— Vraiment tu as bien respondu.
Greffiers, qu'on despesche son cas Digne est d'estre Prestre tondu.
Cette épigramme est tirée d'un petit recueil de Traductions et inventionSy Rouen, i535, in-i6, où elle est signée G. C, initiales qui, selon LaMonnoye {Menagiana, II, 3 19), pourraient désigner le poète ^ Germain Colin, dont le nom de famille était Bûcher, et non Buchet comme le dit la Biographie Hoefer. « Colin, « dit de Bèze, Hist, eccl, 1. 1, c ancien ami de Cl. Marot, lequel avec plusieurs autres se trouvoit aux assemblées de prières, comme aussi quelques prescheùrs qui avancèrent grandement la besogne. Mais cela ne put longtemps durer sans estre descouvert et que quelques uns ne fussent attrapés : entre lesquels G. Colin, affaibli par une longue prison, s'oublia tant par infirmité qu'il racheta sa vie par une abjuration. »
ostium, dicendo Trac tirac trac (i) : et ancilla venit, etc. Car je vous prie, lecteur, pensez-vous que Cicero ou quelque autre auteur de la langue Latine eust eu Tesprit ou la hardiesse de latinizer ce gentil petit mot TraCj qui est de si bonne grâce, et exprime si bien ce qu'on veut dire?
Or n'est-ce pas tout : car ils ont voulu sçavoir rendre si bonne raison de chasque parole qu'ils disoyent, qu*ils ont laissé passer bien peu de mots sans sçavoir leurs étymologies : de sorte qu'ils en ont trouvé de si subtiles qu'on ne s'en sçauroit assez esbahir. Et pour cornmancer par ave, qui est celuy maintenant qui penseroit sous ce mot estre caché un tel secret que nous trouvons en plusieurs prescheurs et théologiens d'alors, et nommeement en Barelete, et en Fauteur des sermons intitulez Dormi secure? Barelete au feuillet aSo. col. i, Ingressus Gabriel ad eam, dixit, Ave gratia plena, Dominus tecum, Ab A (quod est sine) et Ve, culpa : Immunis a triplici Ve : de qnibus Apocal, 12. Ve ve ve habitantibus in terra. Autant en dit l'autre que je viens de nommer, en son cinquième sermon, qui est De conceptione beatœ Mariœ virginis. L'habilité n'a esté guère moindre en l'anatomie de ce mot sacerdos, qui nous est ainsi dépeinte au livre intitulé Stella clericorum : Quinque enim sunt dignitates sacerdotum prœ cœteris. Primo dicitur sacerdos quasi sacris dotatus, scilicet sacris ordinibus : quia ipse est in summo gradu qui est sacerdotum. Secundo sacerdos, quasi sacris y deditus id est sacramentis, ad sacrificanda sacramenta : nam ipse sacrificat sacrosanctum corpus Domini cum verbis, signis, prodigiis, et cœtera sacramenta. Tertio
(t) « Le trictrac des frères frappars. » Rabelais, II, 7. f Trac^ terme factice et populaire qui exprime le bruit d'une chose qui se remue avec violence et qui a donné le nom au jeu du Triquetrac. > Trévoux.