‹ Apologie pour HérodoteChapitre 162 sur 223 · CHAPITRE XXXVIII 3ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII 3ll

tonner^ contredit à ceste opinion. Il y a encores un autre point auquel les payens semblent s'estre monstrez plus honnestes : c'est qu'ils n'ont eu en si grand mespris aucuns de leurs dieux que les papicoles ont eu plusieurs de leurs saincts : à-sçavoir jusques à faire garder les oyes à l'un, les brebis à l'autre, les bœufs à l'autre, les pourceaux à l'autre. Desquels saincts se souvenant une certaine damoiselle Françoise en sa maladie, ne se put tenir de dire à son confesseur, qu'elle craignoit fort que quand elle seroit en paradis, on luy baillast aussi en charge quelques bestes ordes et sales, ausquelles elle ne prendroit pas plaisir : mais seroit bien aise qu'on luy baillast des petis chiens en garde, ausquels ell'estoit jà accoustumée. Mais il ne nous faut pas estre si délicats que ceste damoiselle, laquelle (a ce qu'on peut conjecturer) présumoit trop de ses mérites: autrement elle se fust bien contentée d'estre en paradis à la mesme condition qu'estoyent lesdicts saincts : les noms desquels je mettray ici, quand je viendray à leur reng. Car j'ay délibéré de tenir quelque ordre en ce dénombrement, autant pour le moins qu'il semble estre possible d'en tenir en une matière si confuse. Or est-il ainsi que je n'ay peu m'aviser de meilleur moyen, pour ce faire, que les distinguer par bandes, selon ce que j'avois observé autresfois touchant iceux, en composant le livre que j'ay intitulé De la con/or" mité du language François avec le Grec: où aussi j'en ay touché quelque mot. Voici donc ce qu'il m'en semble. A quelques saincts on a assigné les offices selon leurs noms, comme (pour exemple) quant aux saincts médecins, on a avisé que tel sainct et tel guariroit de la maladie qui avoit un nom approchant du sien. Tellement que suivant cela on a faict S. Maturin (i) le mé-

(i) « Ses actes publics, au a* t. du Recueil de Mombrice, sont ou

3l2 APOLOGIE POUR HÉRODOTE

decin des fols, à sçavoir en ayant esgard à ce mot Italien Matto (venant du Grec matœos) (i) duquel aucuns François ont faict Mat. Pareillement quand on a dict que S. Acaire guarissoit les acariastres, je ne doute point qu'on n'ait regardé à l'origine de son nom. Autant en est-il de S. Avertin qui guarit les avertineux, cousins germains des acariastres. Pour le moins on dit que S. Avertin guarit tous maux de teste, desquels nous sçavons le plus grand estre en ceux qu'on appelle avertineux. Semblablement quand on a faict S. Eutrope médecin des hydropiques, je croy qu'on a confondu Eutrope avec Hydrope. Pour ceste mesme considération (comme je pense) on a faict S. Mammard le médecin des mammelles, S. Fiacre le médecin du phy, et de celuy principalement qui vient au fondement. Quant à S. Main qui guarit de la rongne des mains, ces noms n'approchent pas seulement l'un de l'autre, mais sont les mesmes (2). Quant à S. Genou, qui guarit de la

supposez ou fort corrompus. Son histoire est fort incertaine, aussi n'est-ce pas Tunique fondement de son culte, dont l'établissement est plus ancien que tout ce qu'on a écrit de lui qui est venu jusqu'à nous... Le nom de Polycarpe, que l'on donne à son évêque, ne nous fournit aucune lumière pour découvrir le temps auquel il vivoit, parce qu'il n*a point de rang parmi les évêques de Sens ou dans une église voisine... En quelque endroit qu'il soit mort, on croit qu'il fut enterré d'abord à Sens, et que dans la suite il fut transporté en un lieu du diocèse de cette' vilic appelé Larchant. » M. Scott dit que Mathurin signifie en vievx langage : exalté, qui a des visions ; il aura songé à Mathelin, qui contient, selon Fôrslemann, l'anglo-saxon, maed, honor, reverentia (Cf. Médard), Quant à Maturinus, il semble le diminutif de Maturus : Mur, Muret.

(i) Estienne avait dit dans la Conformité: « mat (qui semble être syncope de l'italien matto) de [xdeTaioç. » Mat vient du persan shah mat^ le roi est mort.

(3) Cène sont pas les mêmes. S. Maian vint de Cambrieen Â.rmorique au vi« siècle : Dominus de Gaël ita amore Dei exarsit ut S. Majanum rogaret ut dominium suum cum terris et territoriis ad monasterium fundandum acciperet. Sanctam donationem acceptât et sine mora operi manum admoveri Jussit : unum tamen afficiebat molestiaope-

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