‹ Apologie pour HérodoteChapitre 183 sur 223 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

reviennent tousjours à leur conte (ainsi que Solon ancien législateur fît couler doucement sous le nom de sisachthie (i) ce qui se trouvoit trop rude sous son propre et premier nom). Je di que le diable me semble en avoir usé ainsi à l'endroit de son exécrable évangile. Car voyant que ce nom d'évangile éternel, et la procédure qu'il y tenoit, desplaisoit à chacun, il a sçeu très-bien, en changeant le nom, retenir la doctrine, tellement qu'il est parvenu au but auquel il prétendoit. Et qu'ainsi Soit, lecteur, si jamais vous avez leu le sainct et sacré évangile, considérez s'il faut pas bien que le diable ait opposé à cestuy*ci un autre qu'il ait forgé (mais l'appelant toutesfois autrement), pour introduire ce que les papicoles appellent le service de Dieu, consistant en tant de fanfares et manigances, que le plus grand docteur d'entr'eux auroit besoin de prendre trois jours de terme pour rendre conte des noms d'icelles, et encore trouveroit-il en la fin qu'il en auroit "beaucoup oublié. Car considérons combien longue queue traîne ce seul mot de mérites (qui est directement contraire à la doctrine évangélique), premièrement quant aux diverses sortes de mérites, et puis quant à

(i) 22ei9(l^6gitt, ùnus excussum. Il faut consulter là-dessus, d*abord Diodore de Sicile, I, 79 : « Solon remit à tous les citoyens les dettes qui avaient été contractées sous la condition de la contrainte et de la perte de la liberté individuelle » ; ensuite Plutarque, Sol., XXIII : « Ce que depuis on a observé au langage des Athéniens, qu'ilz adoulcissent la dureté de certaines choses, qui d'elles-mesmes sont odieuses, en les couvrant et diminuant par doulx et gracieux noms, comme quand ils appellent les putains Jes amies : les tailles, contributions : les garnisons des villes, les gardes : la prison, la maison : cela est premièrement venu de l'invention de Solon, lequel appella Tabolition des débtes Seisachtheian, qui vault autant à dire comme descharge; » de plus, Diogène Laerce, Sol. : « Il commença par porter les Athéniens à abolir Tusage d'engager son corps et son bien à des gens qui prêtaient à usure... La loi qu'il fit là-dessus fut appelée d'un nom qui signifie décharge. > Cf. Bœckh^ Al hen. Staatsalterthûmer, I,p. i3g; Hermann, Griech. Staatsalterth.^ § 106, 6; Schœmann, Antiq. jur. publ., p. 174.

la matière de chacune sorte d'iceux. Car nous sçavons qu'il y a mérites congrui, digni, condigni, ou bien de congruo, digno, condigno, etc.; et puis, quant aux bonnes œuvres qu'ils appellent, et disent estre la matière des mérites, nous sçavons qu'il y a les simplement bonnes œuvres, et puis les œuvres de supererogation, et autres. Et en quoy consistent les bonnes œuvres? En toutes sortes de dévotions et bonnes intentions sur lesquelles le clergé peut trouver à mordre. A faire sonner, chanter, gringuenoter(i), marmoter, brimboter (dont vient brimborium) (2) ou barboter force messes, grandes, petites : hautes, basses, messes à la souppe au vin, messes sèches : item messes pour les vivans, messes pour les trespassez, dictes de Requiem : messes de nostre-Dame de pitié, de N. D. des vertus, de N. D. de bonnes nouvelles, deN. D. de toutes beautez, etc. : messes de S. Sébastien : messes de S. Godegran, de S. Guerlichou, de S. Alivergo, de S. Andoche : item messes de tous les saincts et sainctes, confesseurs et confesseresses (s'il s'en trouve), martyrs et martyresses, bref messes au nom des onze mille vierges. Et encore n'est-ce pas tout : car il y a les messes des confrairies, les messes des chasseurs (3), les messes des gendarmes : et puis les messes qui sont diacrizées et sou-

(i) ff Qui ne cesse de gringoter ou gringuenoter, garrulus cantus *, Nicot. Gringoter est un fréquentatif de gringuer, comme brimbotter de brimber, gringue est à grigne comme brimbe à bribe. Du celtique kriHdy ronger, grignoter, amenuiser. (Voy. Legonidec.)

(2) Brimbotter, ital. borbottare (murmurer), Oudin. Dict. des trois langues, 1674. Brimboter est un dim. du verbe picard et wallon brimber, mendier. Pasquier, Rech., VIII, fait venir brimborion de breviartUTUy une dérivation de brimbe est plus admissible ; orion est une finale diminutive. Um se prononçait on^ comme on le voit par l'histoire de ce fanatique du moyen âge qui, entendant chanter à la messe per eum qui venturus est, s'alla persuader qu'il s'agissait de lui, parce qu'il s'appelait Éon. (En 1148, voy. d'Argentré.)

(3) Voy. 11,41.

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