‹ Apologie pour HérodoteChapitre 184 sur 223 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

diacrîzées, et celles qui ne le sont point : et tant d'autres sortes dont il ne me souvient point. Puis si on vient aux ferremens d'une seule messe, l'Aube, l'Estole, la Zone, le Manipule, l'Amict, la Chappe, ou Chasuble, etc. Platine ou Patène, Corporalier, Encensoir. Je ne parle point de l'hostie, comm'estant hors du nombre des ferremens missatiques : car c'est celle pour qui l'eschafaut est dressé et pour qui tout le jeu est joué. Quant aux virevoustes et tourdions, nous en avons touché quelque mot ci-dessus, ensemble des secrets mirelifîquement subtils et plus que Pythagoriques, cachez tant sous lesdictes virevoustes et tourdions, que sous les ferremens ou engins. Maintenant, lecteur, pensez un peu en vous-mesmes dç quel évangile est sorti tout ceci. Pensez aussi selon quel évangile, au sainct sacrement de Baptesme on a meslé du crachat, du sel, de l'huile, et autres façons de faire sentans si puamment leur magie. Pensez aussi combien doit estre estonnée une personne à laquelle Dieu a faict la grâce de n'estre nourri d'autre doctrine que de celle de son Évangile, quand elle se trouve parmi ceux qui font profession d'une mesme religion, et toutesfois luy parlent non seulement des badinages susdicts (mais malheureux et dangereux badinages), ains d'un nombre infini d'autres, de suffrages des saincts, des images, des reliquaires, des luminaires, des pardons et indulgences du pape, des bulles, des mitres, des crosses, des vœux, des tonsures, des confessions, des absolutions, des extrêmes onctions, et du tant fameux et missifiqueux purgatoire, avec tous ses apennages. Certainement si une telle personne se trouve fort estonnée d'ouïr parler ce language, et encore plus de voir jouer tout ce badinage, ce ne sera point sans cause : mais quand ell'aura leu ceste histoire touchant ce diabolique évangile, appelé l'évangile éternel, et qu'ell'aura pensé en soy-mesme combien le diable est fin et cauteleux,

elle n'aura pas grand'occasion de s'estonner. Gu* il n'y a point de doute que (comme j'ay dict] le diable n'ait gardé cemaudict livre, en changeant seulement le nom : à fin que comme il y avoit un Christ et un Antéchrist, aussi y eust un Évangile et un Antiévangile. Or n'a-il pas usé de finesse quant à changer le nom seulement, mais tout ainsi qu'on a veu avenir en quelques villes que le bordeau public estant brûlé, les cendres d'iceluy s'espandoyent par tous les quartiers d'icelles, et ainsi n'y avoit plus de bordeau quant au nom, mais quant à l'efifect il y estoit plus grand que jamais : luy pareillement, après que ce détestable livre a esté brûlé, a faict espandre les cendres d'iceluy par tous les livres qui ont esté depuis composez par ses supposts. Les Décrétales en ont eu leur part, les Sommes aussi la leur, les Légendes, les Martyrologes, les livres Questionnaires, les Distinctionaires, les Quodlibetaires, les Mandestons, lesTartarets(i), les Bréviaires, les Messels, les Heures ont eu leur part de ces cendres-là. Encore ne s*est-il pas contenté de cela, mais a introduit certains meschans livres sous ce mesme titre

(i) c Pierre Thrtaret. Il faudroit recourir aax registres de la Sorbonne pour pouvoir dire au juste en quel tems vivoit ce Docteur, dont le mérite consista autrefois à raffiner encore et à enchérir sur les ridicules subtilitez de Jean Scot, dans une infinité de questions quodlibetaires et autres matières où Tartaret s'exerça avec tant de téméritéf souvent même avec tant d'impiété, que H. Estienne met ce Sorbonniste au nombre de ces malheureux qui avoient fait revivre l'Évangile étemel... Les Contes d*Eutrapely ch. 25, parlent d'une dispute de ce Tartaret avec Mandeston (on y lit Maudestran), autre quodlibétaire de cette maison, sur la prononciation du mot mihi, laquelle dispute fut assoupie par le grammairien Gaillard. Seroit-ce par rapport aux ordures et aux blasphèmes qui étoient sortis en si grand nombre de la plume et dé la bouche de Tartaret, ou à propos de la vicieuse coutume qu'avoit peut-être ce docteur de dire et d'écrire chi pour hi dans le mot rnihù que Rabelais lui attribue un livre d'un sujet si vilain ? L'un et l'autre est possible, mais, selon moi, l'auteur l'y considère principalement comme disciple de ce même Jean Scot que, eu égard aux scandaleuses matières par lui remuées, le

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