CHAPITRE XXXIX
baverie, et un Normand sans flateriCy Un fiche François sans orgueil. Un Alemand de net accueil : Quand d'un procès on n'en fera plus cinq ou six : Quand il n'y aura plus en France de jaloux, cocus, ni flat^ teurs. Mais entre plusieurs est aussi ce Quand (duquel j'ay parlé) avec un autre que je n'ay pas voulu omettre :
Quand vous verrez que les curez Défendront d'aller à TofiFrande, Et porter escus et deniers, Voire sUr peine de l'amende :
Et d'autre part, mes-que (i) l'on pende Tous larrons privez et estranges, Bon temps verrez (quoy qu'il attende) Accourir au travers des fanges.
Il y a aussi des proverbes anciens contre la paillardise et Tyvrongnerie des gens d'église : item, il y en a contre le lieu où le pape fait sa résidence : dont cestuy-ci est Tun ,
Jamais ni cheval ni homme N'amenda d'aller à Romme (2).
Et contre luy-mesme il y a non seulement des proverbes, mais des chansons faictes par nos prédécesseurs, dont une commance ainsi,
Le pape qui est à Romme,
Boit du vin comm' un autr' homme.
Et de l'hypocras aussi.
(i) Sinon, pourvu que : i Que il né s'accorderoit jà que Ten alast, mesque en Babiloine. » Joinville.
(2) Voy. t. I, p. i5i.
Ce proverbe aussi est ancien, qui semble avoir esté pris des paroles de Jésus Christ,
Loups ravissans et faux prophètes Portent habits de brebiettes.
Lequel proverbe je di avoir esté pris (à mon jugement) de ce qui a esté dict par Jésus Christ en S. Matthieu, au chapitre vu , Or donnej'vous garde des faux prophètes, qui viennent à vous en habits de brebis , mais par dedans sont loups ravissans. Et ce qui me le fait penser, c'est qu'il a esté en usage particulièrement contre les moines (et notamment contre les mendians, et encore spécialement les cordeliers) , lesquels moines nous sçavons avoir esté moquez et brocardez jà de long temps, quand on les a appelez cafars, cagots, ^seurs de simagrées , chatemittes : lequel dernier terme vaut quasi autant que contrefaiseurs de brebiettes. Et quant à ce qu'ils sont appelez Loups ravissans, S. François n'eust failli d'avouer cela, pour le moins ce mot de Loups, veu ce qu'il disoit à un loup (comme il a esté allégué ci- dessus] Mon frère le loup. Nous sçavons aussi que chacun de ces quatre ordres de mendians a eu jà depuis le temps de nos prédécesseurs sa louange à part , comme en manière de proverbe, quand on a dict, Jacopin en chaire^ Cordelier en chœur y Carme en cuisine, Augustin en bordeau. Ce qui doit toutesfois estre entendu sainement, non pas que les Jacopins et les Cordeliers ne soyent assez habiles gens pour se mesler du mestier des Carmes et des Augustins : mais pourceque outre ceste habileté ils avoyent aussi plus de grâce que les autres, les uns à papelarder en chaire, les autres à faire résonner leur gros bec au chœur de leur temple, et bien entonner un Alleluya. Car de dire que les Jaco-