‹ Apologie pour HérodoteChapitre 189 sur 223 · CHAPITRE XXXTX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXTX

pins et Cordeliers ne fussent aussi vaillans champions de Bacchus que les Carmes, ce seroit un'hérésie, veu ce que dit le texte formel de la chanson qu'on chantoit dix ans (comme je croy) devant que ma mèregrand fust mariée,

Jacopins, Cordeliers, Carmes, En beuvant jettent les larmes, Disans que c'est pour les âmes, etc. (i)

Et qu'ils soyent pareillement les mignons de Venus, il appert assez par leurs actes racontez ci-dessus. Voilà pourquoy je di cela devoir estre ainsi entendu.

Nous lisons aussi es histoires des attaches que plusieurs personnes de toutes qualitez donnoyent au clergé jà du temps de nos prochains prédécesseurs, et encore devant : nous y lisons aussi plusieurs sornettes et risées qu'ont inventé sur les sottes superstitions de l'église Rommaine : comme sur l'eau béniste (qu'on appelle), sur le purgatoire (le lieu duquel on nommoit le trou S. Patrice, et le vulgaire disoit le trou S. Patri), item sur les pardons ou indulgences, sur l'adoration des saincts. Dequoy nous ont donné des exemples ceux qui ont faict des recueils des facéties : il est vray qu'ils racontent aussi aucuns propos tellement brocardans la superstition des papicoles, qu'ils passent outre, et tiennent du lucianisme. Mais laissant ceux qui sont de telle sorte, j'allègueray quelques-uns des autres, dont pour le présent j'ay mémoire. Premièrement donc quant à l'eau béniste, il me souvient de trois rencontres sur le propos d'icelle, qui sont d'assez bonne

(t) La rime veut qu*on lise armes, de Ht. aima, « anitna^ ame, mot poétique », Oudin. Cf. le changement de 1 en r dans orme (ulmus), chartre {cartula)^ etc. Afartne. jurement EHcard, veut dire par mon dme, a., II, 263.

grâce : l'une est de celuy qui estant repris de ce quHl n'ostqit point son bonnet quand on luy donnoit de Feau béniste »ir la teste , respondit , — « Si Teau bé- » niste passe bien jusques en purgatoire, elle passera » bien à travers mon bonnet (i).» L'autre rencontre sur la superstition de l'eau béniste est moderne , l'auteur de laquelle fut un conseiller de la cour de Parlement nommé Godon, homme qui avoit l'esprit naturellement fertile de facéties (2). Ce Godon se trouvant un jour où on tenoit propos au roy François premier de ce nom , des moyens qu'il auroit de faire teste à l'empereur qu'on disoit venir avec grandes forces, et oyant l'un souhaiter au roy tel nombre de bons Gascons, l'autre tel nombre de bons Lansqueneks, les autres faisans quelqu'autre tel souhait, aSire, i> dict-il, « puisqu'il est question de souhaiter, je feray (si vous » plaist) aussi mon souhait : mais je souhaiteray une » chose à laquelle ne vous faudroit faire aucune des- » pense, au lieu que cela qu'ils ont ici souhaité , Vous » cousteroit beaucoup. » Le roy luy ayant demandé quelle estoit ceste chose, — « Sire, » dict-il, « je souhaii> terois seulement de devenir diable pour l'espace » d'un quart d'heure. — Et que feriez-vous ? — Je m'en » irois tout droit rompre le col à l'empereur. — Vraye-

(1} f Feu M. d'Amiens donnant la bénédiction, un paysan n'ôta pas son chapeau. Comme on le reprit : Si elle est bonnp, dit-il, elle passera le capel. » Menagiana. Il, 1 23. Le coate. est tiré de Joci ac sales mire festipi ab Ottomaro Luscinio Argentino^ Aug. Vindcl., i524, pet. in-8, ch. eu. « Nachtgall, » dit M. Ch. Schmidt, Hist, lin. de l'Alsace, « rendit son nom allemand par le latin Luscinius; ce nom correspondait à ses aptitudes musicales, i Pourquoi ne pas dire que Nachtgall, comme Luscinius, signifie rossignol ? M. Schmidt, dans le même ouvrage, remarque que M. de Liebenau a découvert plusieurs exemplaires de la Germania nova de Murner dans divers dépôts. C'est nous qui, dans notre Bibliographie als^icienne, 18 70 y avons d'abord mentionné cette découverte. Suum cuique.

(2) Voy. Des Périers, nouv. CI. Des Périers ne donne pas le nom du conseiller. Il y a par erreur Gadon dans l'édition Lacour, note.

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