CHAPITRE XXXIX
Et Mantuan a ainsi escrit de Tavarice des papes en général,
Or voulez-vous sçavoir quelle trafique mène La marchande portant nom d'église Rommainè? Elle vend pour argent temples, prestres, autels, Couronnes» feux, encens, messes, et joyaux tels : Et en son avarice ell'est si fort extresme, Que vendre ell'ose bien le ciel, voire Dieu mesme.
Le mesme auteur a déclaré aucuns de leurs autres vices détestables en ces vers,
Le sainct champ du seigneur est plein de parasites. Et Tautel précieux ne sert qu'aux sodomites : Brief, les temples à saincts usages ordonnez Par ces Ganymedes bougrins sont profanez.
Et Pontanus qu'a-il dict du pape Alexandre sixième de ce nom, en escrivant l'épitaphe de la fille d'iceluy?
Conditur hoc tumulo Lucretia nomine, sed re Thaïs, pontificis filia, sponsa, nurus (i).
Lequel épitaphe je trouve traduict par deux : l'un Ta ainsi interprété,
Ci gist le corps d'une certaine dame.
De nom Lucrèce, et d'effect (dont je tremble)
(i) « Jean Jovien Pontan mourut Tan i5o3, au mois d'août, le même mois et la mSme année que le pape Alexandre VI, de la fille duquel nommée Lucrèce Borgia on veut qull ait fait cette épitaphe des plus satiriques: Hoc tumulo dormit, etc. Mais il faut ou qu'on la lui attribue faussement ou s'il l'a véritablement faite, que c'ait été en se jouant, puisqu'il est mort vingt ans avant Lucrèce, qui n'étoit pas même fort âgée lorsqu'elle mourut, Paul Jove ayant dit d'elle dans la Vie d'Alfonse !•' duc de Ferrare, qia' intégra adhuc œtate defuncta est. » La Monnoye, note sur les Jugemens des Savans de Baillet. L'épitaphe ne se trouve pas dans Pontani opéra, i5o5, ni dans les autres éditions aldines; elle se trouve dans l'éd. de Bâle, i536, t. IV, p. 3421. Cf. notre 1. 1, p. 118.
3j6 APOLOGIE POUR HÉRODOTE
Du pape fiit ribaude très-infame, Espouse, bru, et fille tout-ensemble.
L'autre Ta ainsi traduict,
Ci dort qui fiit de nom Lucrèce, De faict Thais, putain de Grèce :
Qui jadis d'Alexandre fille, Et femme fut, et belle fille.
Le poète Sannazare aussi a escrit Tépitaphe (i) de cestuy-ci, pour la conclusion duquel (après avoir déclaré non seulement ces meschancetez, mais plusieurs autres), il dit, « Et toutesfois cestuy-ci a présidé onz' ans, estant pape en la ville de Romme. Va maintenant, et parle des Nérons, et des Çaligules, et des vilains Héliogabales. » C'est assez de ceci : la honte m'empesche de dire le reste. Et Tépitaphe de Boniface
(t) Btlens donne cette épitaphe sans l'attribuer à Sannazar :
Portasse nescis cuj'us hic tumUlus siety
Adsta viator, ni piget.
Titulum quum Alexandri vides, haud illius
Magni est^ sed hujus qui modo Libidinosa sanguinis captus siti.
Tôt civitates inclytas.
Tôt régna vertit^ tôt duces letho dédit
Natos ut impleal suos.
Orbem rapinis, ferro et ignefunditus
Vastavit, hausit, eruit.
Humana Jura nec minus cœlestia
Ipsosque sustulit deos :
Ut scilicet liceret (heu scelus) patri
Natœ sinum permingere Nec execrandis abstinere nuptiis,
Timoré sublato semel.
Et tamen in urbe Romuli vel undecim
Prcesidet hic annis Pontifex, I nunc, Nerones vel Caligulas nomina^
Turpes vel Heliogabalos.
Hoc sat viator, reliqua non sinit pudor.
Tu suspicare et ambula.