CHAPITRE XXXIX
jetta les clefs de son sainct Pierre dedans le Tybre, et prit Tespée de S. Paul, disant que les clefs de S. Pierre ne luy pouvoyent de rien servir à faire la guerre, aucontraire que Tespée de S. Paul luy serviroit bien. Toutesfois ceci est peu de chose au pris de ce que fit le pape Grégoire vu, nommé auparavant Hildebrand : car quand il vit que son hostie (que les papicoles nom^ ment le sainct sacrement de l'autel, et le corps de Jésus Christ) ne luy donnoit response de ce qu'il luy demandoit, despité de cela il la jetta dedans le feu, à la veue de plusieurs cardinaux, qui ne l'en peurent empescher. Laquelle histoire nous pourroit estre suspecte si la personne dont elFest venue, Testoit : mais Fauteur d'icelle est un cardinal nommé Benno(i), qui escrit aussi qu'un certain évesque du Port, nommé Jan, qui estoit secrétaire et fort familier d'Hildebrand, estant monté en la chaire du temple de sainct Pierre, dict, un grand peuple
cette épigramme latine d'un certain Gilbertus Ducherius Vulto, Aqaapersanus :
In Galluitty ut fanta est^ bellum gesturus acerbum,
Armatam educit Julius urbe manum.
Accinctus gladiOy claves in Tibridis amnem
Projicit et sctvus talia verba facit :
Quum Pétri nihil efficiant ad prœlia claves, Auxilio Pauli forsitan ensis erit.
» Or on m'avouera qu'un tel fondement est bien fragile... » Bayle, Dict. hist. Les Epigrammes de Ducher furent imprimées à Lyon, en 1 528, in-80.
(i) « Ce Bennon, attaché au parti d'Henri IV, était l'un des adversaires les plus ardents de Grégoire. Ce quil a écrit de ce pape n'est qu'un tissu de mensonges et d'accusations absurdes. Nous sommes d'accord avec la généralité des historiens pour refuser toute autorité à ses assertions. (Voir Papir. Masson., De episcopis, éd. i586, p. 184; Baron., Ann. eccl., XVII, p. 16 et suiv., 356,473 etpassim.; Fleury, Hist, eccles., t. XIII, p. 439-443.) M. Schirmer, qu'wi ne saurait considérer comme favorable à Grégoire, repousse de même l'autorité de Bennon {De Hildebrando subdiacono ecclesiœ romanof, Berolini, 1860). » F. Rocquain, Étude sur Grégoire VII, Journal des SavantSy avril 1872.
Toyant, entre plusieurs autres choses (roulant signifier ceste profanation de leur sainct sacrement), « Hilde« » brand a faict telle chose et nous aussi, que nous méri* » tons bien d'estre bruslez tous vifs. » Et qui ne voudra croire à ce cardinal, il trouvera encore d'autres tesmoins. De ma part je ne trouve rien en cest acte d'Hildebrand, qui ne soit plus que vraysemblable. Car quand nous lisons sa vie\ nous trouvons qu'il a bien profané en autres sortes sa religion. Je di qu'il a profané sa religion : pourceque selon la vraye, la susdicte hostie pouvoit bien estre jettée dedans le feu, sans aucune profanation, à-sçavoir en qualité de morceau de paste, et en telle qualité qu'elle descend au ventre non seulement des hommes, mais aussi des bestes (comme nous avons entendu ci-dessus), pour puis dévaler au lieu que par honnesteté on n'ose nommer. Quelcun dira (peut estre) qu'il ne se faut pas esmerveiller que Hildebrand ait faict ce tour contre l'hostie, pourcequ'il estoit nécromancien (i), comme il est amplement raconté en sa vie : mais je croy au-contraire que s'il eust demandé conseil à celuy en l'eschole duquel il avoit apris l'art de la
(i) « Beno s'est particulièrement estudié de nous représenter l'idéed'un mauvais Pape en Grégoire VII , comme Xénophon celle d'un prince vertueux et accompli sous la personne de Cyrus : car difficilement me pourrois-je persuader que l'on puisse dire des choses si estranges du plus scélérat du monde que cet autheur a dict d'un tel Pape, et à son occasion de Sylvestre II, Jean XX, XXI et Benoist IX, qui, à son dire, faisoit au moyen de sa magie courir les femmes après luy par les bois et montaignes, et prédisoit asseurément les choses futures; combien que ces fables ne soyent rien au prix de ce qu'il adjouste de l'arche vesque Laurens qui entendoit très bien le chant des oyseaux et de Grégoire VII qui jetta la saincte hostie dans le feu, conjura la mort de l'Empereur, fit empoisonner six papes par son intime confident, Gérard Brazutus, et avoit si bien appris la magie de Theophylacte et Laurens, disciples de Sylvestre, qu'il faisoit sortir du feu en secouant ses bras et pétiller des tonnerres de sa manche. Mais cet autheur en a trop dict pour estre creu. > Naudé, Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonne^ de magie.