CHAPITRE XXXIX Sgi
pourroit faire (di-je) que les prestres auroyent esté abusez par une telle ruse de ces dieux et de ces diables. Pour le moins voilà tout ce que j'en puis dire pour cest'heure.
Audemeurant, quant aux autres sortes de profanations (c'est à dire leurs faicts ou dicts par lesquels les sacrificateurs des papicoles profanent eux-mesmes ce qu'ils veulent estre tenu pour sacrement), j'en donneray ici des exemples : laissant juger au lecteur, quelle
temporel de l'Évêché. Voy. Lobineaa, Hist, de Bret,y t. II, p. 204. Ainsi, dans cette exclamation du poète Villon dans son Grand Testament :
Haro, le grand et le mineur,
Haro le grand c'est proprement l'armée du prince, et haro le mineur, la harelle en tant que composée de communes et des seuls habitans du pays. C'étoit une espèce de cohûe, comme la fameuse harelle de Rouen, convoquée sans autorité, au lieu que Vost ou Tarmée du Souverain se formoit par une légitime convocation du ban et de l'arrière-ban. » Le Duchat. On lit d'autre part dans le Ducatiana, II, 445 : « Herelle est l'ancien mot pour harelle dans la signification d'une révolte semblable à celle qui fut appellée de ce nom sous le règne de Charles VI, et ce vieux mot vient de l'allemand Heer.,. » Ni Tétymologie de harelle ni celle de haro n*ont valu à Le Duchat l'adhésion des érudits. Ducange interprète harelle par conjuration et le dérive de harer, exciter. Quant à haro, c'est pour Caseneuve un mot de l'ancienne langue thioise, Kéron ayant mis dans son glossaire, clamât, haret (Voy. Steinmeyer et Sievers, Die altdeutschen Glossen, Berl., 1879, P- ^^jî po^r ï*'«z et ses partisans c'est le mot hara, ici. Mais ce mot n'explique pas la forme harol qu'emploie Estienne ; aussi tenons-nous pour l'explication traditionnelle ; Ducange la rapporte en premier lieu et s'appuie sur Dndon, De mor. Norm.y 1. 2, ainsi que sur l'épitaphe de RoUon, qui dit : Rollo ferusy fortis, quem gens Normannica mortis Invocat articulo, hoc jacet in tumulo, etc.
Citons encore Du Fail : « La mémoire du bon duc Raoul de Normandie durera éternellement pour la grande justice qu'il faisoit, comme qui diroit : Ha Raoul, où estes-vous ? » Contes d'Eutrapel, II; enfin Taillepied : c Raoul estoit confit en bénignité et douceur, doué de bonnes vertus, rendant à tous bonne et droire justice, ainsi qu'il apert encore jusques à présent, entre ceux du pals, lesquels se sentant injuriez, invoquent en leur aide le dit duc Raoul, criants à haute voix le grand ou petit : Hal Raoul! » Antiquité^ de Rouen^ i587, ch. XXX.
révérence les simples papicoles doivent porter à leur religion quant aux autres points dlcelle, veu que les sacrificateurs mesmement la profanent ainsi. Je com- . manceray par un prestre de Lorraine, lequel tenant une boiste pleine d'oubliés qui n'estoyent point encore consacrées (ainsi qu'ils parlent), les hochoit, disant, « Ribaudaille, ribaudaille, lequel de vous sera aujour- » dhuy dieu? » Du prestre Lorrain, je viendray au Provençal, qui en levant le dieu de sa messe, luy ayant mis les jambes en haut et la teste en bas, et après la messe en ayant esté repris, — « C'estoit » (dict-il) « de » peur que ses chausses ne luy tombassent. » Après ces deux j'allègueray le prestre Savoyard qui se vantoit que luy et ses compagnons faisoyent de leur dieu de la messe, comme le chat fait de la souri : c^est àsçavoir qu'après s'en estre joué, ils le mangeoyent. J'ay ouy parler aussi de quelques-uns qui inséroyent, voire incorporoyent à leurs messes quelques propos d'autre sorte que ceux que nous avons dicts : car nous avons parlé de celuy qui disoit à son compère, « Di amen de » par le diable » : et de l'autre qui tenant son dieu levé en haut, commanda cependant à un qu'il voyoit monté sur un arbre, de descendre de par le diable : mais nous n'avons pas parlé du chapelain de feu monsieur le mareschal du Bié (i), lequel chapelain s'estant faict bailler (selon qu'il avoit accoustumé) du vin pour son des jeûner, avec celuy qu'il luy falloit pour chanter la messe ; puis l'ayant serré en quelque coin de l'autel, ou auprès, et couvert d'un linge, pour jusques
(i) Oudart du Biez, maréchal de France, mort en juin i553. Lui et son gendre, M. de Vervins, furent arrêtés lors de l'avènement de Henri II à la couronne et condamnés à mort, le premier le 26 juin i55i, le second le 31 juin 154g. Vervins, qui avait rendu Boulogne aux Anglais en 1544, fut seul exécuté. Ils furent réhabilités par lettres patentes de Henri III du i«' oct. iSjb. Voy. Brantôme, éd. Lalanne, t. IV. p. 22 et 60.