‹ Apologie pour HérodoteChapitre 205 sur 223 · CHAPITRE XXXIX SqS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX SqS

à quand il auroit dict sa messe, il avint qu'un laquais dudict seigneur eut dévotion de revisiter ce pot : et pour ce faire attendit jusques à ce que le prestre se fut mis à son Mémento : mais ce bon sacrificateur, nonobstant son Mémento, ayant un œil aux champs et l'autre à la ville, quand il vit son pot en tel danger que d'estre en la miséricorde d'un laquais, ajousta, voire incorpora à sondict Mémento, ces paroles, « Laisse » cela, fils de putain. » Quant à celuy qui s'estant endormi en son Mémento, puis s'esveillant en sursaut cria « Le roy boit » (se souvenant de l'antienne qu'il avoit gringuenotée toute la nuit, de laquelle il avoit encore mal à la teste), nous en avons parlé ci-devant : mais nous n'avons pas faict mention de celuy qui cria « J'ay flus (i), » pensant estre encores au jeu de cartes. Je croy bien que tous n'y inséroyent pas des pièces venantes si mal à propos, ains qu'aucuns y alloyent à la bonne foy en ce qu'ils y ajoustoyent. Gomme le povre prestre d'un certain lieu près de Paris, qui ayant trouvé en un sien almanach sol in cancro en lettres rouges, pensant que ce fust quelque sainct, se mit en devoir de cercher la messe qui luy appartenoit : mais en la fin après avoir bien fueilleté son messel, n'ayant trouvé ce sainct, fit ceste conclusion par despit, Sol in cancro, sol in cancrus, nec est virgo, nec martyrus : venite adoremus. Et quand seroit-ce faict s'il falloit alléguer tous les exemples de telles décorations du sacrifice missal? (Car considérant maintenant ce qu'est la messe, et non pas ce que les papicoles l'estiment estre, j'appelle décoration et ornement ce que selon leur jugement j'appelois profanation. ) Si faut-il que j'en ajouste

(i) a Flus se dît en plusieurs jeux de cartes quand il y en a plusieurs de suite de même couleur. La même chose au hoc s'appelle séquence, au picquet quinte, quarte, tierce. » Dict. de Trévoux.

encores un, qui est notable entre dix mille millions d'autres. C'est d'Octavian de S. Gelais, évesque d'Angou- Icsme et toutesfois traducteur des livres d^Ovide de arte amandi (i). Il avoitfaict gageure qu'en quelque temps et lieu qu'on parleroit à luy en ryme, il feroit la response pareillement en ryme sur le champ. Suyvant laquelle gageure on luy vint proposer ces trois vers pendant qu'il estoit bien empesché à desbrider sa messe,

'L'autre jour venant de l'eschole, Je trouvay la dame Nicole Laqueirestoit de verd vestue.

Luy (sans aucunement rompre sa dévotion messifique, ou messifiquale, ou messifiquante) fit ceste response promptement,

Ostez-moy du col ceste estole, Et si bien tost je ne l'accole, J'auray la gageure perdue.

Aussi estoyent décorées les messes par des propos joyeux dicts par les complices des messotiers : comme quand on crioit haut et clair (ô quels efFrontez) : « A » l'offrande qui aura dévotion : sur femmes levez-le

(i) € Octavien de S. Gelais, évoque d'Angoulême, et l'un des plus célèbres poètes de son temps, fit une fois, dit-on, gajure qu'en quelque tems et en quelque lieu qu'on lui parleroit en rimes, il y répondroit juste en pareille rime sur le champ. Un jour qu'il venoit d'achever sa messe, celui qui avoit gagé contre lui, vint l'attaquer par ces trois vers, etc. Cet impromptu m'a bien la mine d'avoir été médité à loisir par Henri Etienne, huguenot malin et outré, qui dit de plus qu'Octavien avoit traduit en vers françois VArt d'aimer d'Ovide, ce qui est aussi peu vrai que le conte de la gajure. d La Monnoye, Menagianay II, 82. S. Gelais est auteur de : Les XXI Epistres d'Ouide, translatées de latin en françoys, par reuerend père en dieu monseigneur Veuesque d'Angoulesme, Paris, Michel Le Noir, i5oo, in-40 goth. fig. en bois. Il y a onze autres éditions, voy. Gellibert des Seguins : Vies d'Octovien de S. Gelais, Mellin de S. Gelais, Marguerite d'Angoulême^ Jean de laPeruse, Paris, Aubry, 1862.

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