‹ Apologie pour HérodoteChapitre 208 sur 223 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

teur dés besaces, passa pardevant le' logis d'un boucher : où le valet ayant 'sonné la clochette, la femme vint ouvrir, et les ayant faict entrer dedans, leur alla quérir quelque pièce de chair. Cependant ce bon frère ayant apperceu deux beaux pourceaux se goguayans (i) sur un fumier, attendit que la femme fust revenue : et alors se tournant vers son valet, « Cest grand dom- » mage » ( dict-il ) « que ces deux belles bestes meu- » rent si soudainement. » Geste femme dresse Toreille à ce propos, et s'enqueste plus avant du beau père. Lequel luy fait response, — « M'amie, je ne vous puis » dire autre chose sinon que ces deux pourceaux me » font grand pitié, qui s'en vont mourir soudaine- » ment : et si il n'y a homme vivant qui s'en peust » appercevoir s'il n'ha la grâce du benoist S. Antoine. » Mais il y auroit bien remède si j'avois deux des glans » que le secrétain de notre église bénit tous les ans. » La femme, l'ayant prié à jointes mains de luy faire tant de bien que de luy en donner , avec promesse de recongnoistre ce plaisir, il commença à regarder son valet ( qui estoit faict au badinage, et au proufit de la besace), et luy demanda s'il en avoit de reste de ceux qu'il avoit donnez au village duquel il estoit nouvellement sorti. Le valet, après avoir bien cerché, respond

(i) De gogue. « Gogue est une sorte de farce composée de diverses boones herbes potagères, lard haché, œufs, fromage et espices, le tout incorporé et broyé avec le sang d'un mouton fraischement esgorgé et mis dans la pance du dit animal, puis bouilli avec autres viandes, laquelle aucuns ont en délices. Et au pluriel gogues ou goguetes se prend pour gaye et plaisante ou joyeuse humeur, comme Estre en ses gogues ou goguetes. » Nicot. Gogue vient du bas-bret. gôgé^ tromperie, raillerie. (Legonidec.)

Tandis que le banqueroutier Dans un asile sûr fait de l'huître gogaille, Il se rit du sot créancier Et ne lui laisse qu'une écaille.

Le Noble.

qu'il n'en trou voit que deux, lesquels il gardoit pour leur asne, qui estoit souvent malade. A quoy il réplique, — « Si nostre asne devoit mourir, si faut-il faire » plaisir à ceste bonne dame, que )e congnoy estre fort » affectionnée à nostre religion. » Et cependant d'un œil envieux ayant guigné une pièce de toile , luy dict, en ^ntinuant son propos, < Ma bonne sœur, je m'as- » seure tant de vostre libéralité, que vous ne refuserez » un peu de linge pour les povres malades de nostre » maison. » Elle luy offre et linge et tout ce qu'il voudra, pourveu qu*il se haste de remédier à ce mal. Prenant donc ces deux glans en sa main, il demande un vaisseau plein d'eau, dedans laquelle il met un peu de sel : puis s'estant descapluchonné , vient à dire force menus suffrages (le valet respondant tousjours Amen : et la femme avec ses enfans estant cependant à genoux). Les oraisons estans dictes, il met ces glans en poudre dedans cest'eau, et puis ayant brouillé le tout ensemble, le fait boire aux pourceaux, leur donnant une grande bénédiction sur le dos , et invoquant le bon baron sain et Antoine à ce miracle. Ce qu'ayant faicty il dict à la femme que ses pourceaux estoyent hors de danger. Elle^ pour s'acquitter de sa promesse, changea sa toile à un grand-merci du beaupère. Le mari estant arrivé un peu après leur despart, et ayant entendu toute la farce , et comment sa toile estoit du jeu, court après eux, menant deux ou trois de ses compères avec soy. Le moine de loin les voyant venir vers soy embastonnez, fut aussi estonné qu'un coupeur de bourses pris sur le faict : toutesfois il s'avisa de gangner une maison qui estoit assez près du lieu où il se trouva, en laquelle le valet entre et secrettement apporte deux charbons, et les enveloppe au milieu de la toile. Cela faict, ils poursuyvent leur chemin, sans faire semblant de rien. Le boucher bien-tost après

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