CHAPITRE XXXIX Sgy
frères auteurs du miracle. Aucuns disent que Tabus fut descouvert par le moyen d'un gentilhomme, qui se doutant de ce moyen duquel les Cordeliers usoyent pour luy faire sçavoir les péchez, se confessa de choses que jamais il n'avoit faictes : lesquelles luy estans après redictes par elle, la tromperie fut apperceue. Les autres disent qu'elle fut descouverte par autre moyen. On récite aussi d'un crucefis que les mesmes Cordeliers faisoyent pleurer et parler. Du faux miracle ou plustost des faux miracles des Jacopins de Berne et des Cordeliers d'Orléans, je me contenteray d'en faire souvenir au lecteur, estimant n'estre besoin de luy en faire le récit, veu que ces histoires ont esté imprimées, et outre cela sont en la bouche d'un chacun. Mais il ^ut noter que devant Tesprit miraculeux des Cordeliers d'Orléans, les Cordeliers d'Évreux avoyent eu le leur, duquel aussi j'ay fait mention ci-dessus.
Voici un autre faux miracle, qui n'est pas de mauvais esprit, et est récité par Jan Menard en son livre intitulé Déclaration de la règle et estât des Cordeliers. Un porteur de rogatons de S. Antoine ayant à prescher sous un noyer, un peu devant sema de poudre à canon le nid d'une pie qui y estoit, et puis y attacha une petite corde, mettant le feu à l'autre bout d'icelle. Or ainsi qu'il preschoit ses pardons, la pie sentant ceste poudre, se mit à faire grand bruit : luy qui n'attendoit que cela, et pensoit bien qu'il ne s'en faloit guère que le feu ne fust monté jusques en haut, vint à dire, « Meschante beste qui empesches la saincte prédi- » cation, monsieur S. Antoine te vueille brûler de » son feu. » Et bientost après le feu qui estoit parvenu jusques au nid par le moyen de cette cordette (i), le
(i) Ce diminutif a été omis par les lexicographes, qui ne connaissent que cordeile, cordelette, cordeau, cordon.
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brûla ayec les petis qui estoyent dedans. Ce qui ne fut sans bien crier Miracle, qui luy fit faire une queste fort pécunieuse. Il récite au mesme lieu qu'il a ouy raconter àeux-mesmes (je di à quelques-uns de ces porteurs de rogatons ou questeurs de S. Antoine), que quand l'opportunité se trouvoit, ils chauflFoyent des petites croix ou images de cuyvre, pendant que la bonne femme leur alloit quérir quelque chose au grenier, ou celier : et quand elle retournée avoit offert son don, ils luy faisoyent baiser ladicte croix ou image : laquelle estant trouvée chaude par elle, ils luy donnoyent une merveil? leuse crainte , disans que monsieur S. Antoine monstroit qu'il ne se contentoit du don qu'elle luy faisoit, et estoit courroucé. Pour laquelle cause la bonne femme retournoit quérir dequoy augmenter son présent, et l'apportant trouvoit l'image refroidie : ce qu'ils disoyent estre signe que monsieur S. Antoine estoit appaisé. Il escrit au mesme passage d'un tour qui avoit esté joué en Italie un peu auparavant ( qui pouvoit estre environ l'an i53o) par un du mesme mestier, et serviteur du mesme maistre : c'est que ce galand, despité de ce qu'on ne luy avoit rien donné chez un laboureur, mit le feu à l'estable de ses vaches, qui brûla non seulement cesfestable , mais aussi tout le reste de la maison, ensemble tous les biens qui y estoyent. Et vouloit faire acroire que c'estoit par un miracle de S. Antoine, mais la vérité fut congneue. Il a j ouste encores un' histoire qui est fort notable, et a esté descrite par plusieurs, touchant un autre questeur de S. Antoine, qui mit le feu en la toile d'une femme, faisant accroire que c'estoit par vengeance de S. Antoine, ce qu'il dit estre avenu au pays de Vaux. Les autres disent que ce fut au pays de Calabre : et racontent ainsi l'histoire : Un de ces questeurs allant par le pays, avec un valet qui conduisoit l'asne por-