‹ Apologie pour HérodoteChapitre 22 sur 223 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Or ont-ils aussi plusieurs autres moyens subtils équipollens à larrecins, voire aucuns pires que larrecins : mais pourtant ils ne laissent pas de commettre aussi des larrecins qualifiez. Comme (pour exemple) il y a environ dix ans qu'il avint à Casai qu*un qui avoit trouvé une bourse de trois cens escus le révéla à un moine auquel il se confessoit. Lequel luy remonstra qu'il ne la devoit pas retenir, mais la bailler à un tiers en garde, en attendant qu'on la vinst demander ; et fit si bien qu'en la fin il fut luy-mesme ce tiers. Au bout de quelque temps estant venu le personnage qui avoit perdu la bourse, et s'estant adressé à celuy qui Tavoit trouvée, fut renvoyé audict moine qui en estoit le gardien : mais au lieu d'en estre seulement gardien, il en voulut demeurer possesseur, et demeura, quelqu'ordre qu'y pensast donner feu monsieur de Brissac, alors gouverneur pour le Roy en Piémont. Car il n'y avoit autre tesmoin que celuy qui la luy avoit baillée.

Et comment appellerons-nous le tour que joua le frère frappart (de ceux qui vont demandans s'il y a rien pour les pourceaux S. Antoine) à la bouchère Calabroise,. quand pour deux glands qu'il donna aux deux pourceaux d'içelle, il emporta une pièce de toile? Mais je garderay ce conte pour l'endroit où je parleray des miracles supposez : et pour le présent ajousteray un seul autre larrecin, mais qui est de telle façon qu'on n'oit point parler d'un semblable : de sorte que s'il faloit parangonner les larrons ecclésiastiques (s'il est licite d'ainsi parler) avec les laiz ou séculiers, ce faict pourroit estre cause que les ecclésiastiques emporte-

Isambert, Ane. lois françaises, ^11^ 55ij, pour défendre de la manière la plus formelle aux frères quêteurç de S. Jean de Jérusalem et autres, de vendre des indulgences et des pardons venus de Rome.

5o APOLOGIE POUR HERODOTE

royent le pris» Car combien qu'anciennement on parlast assez communeement de ceux qui alloyent aux tumbeaux pour desrobber les morts (lesquels estoyent appelez en Grec tymvorychi, comme qui diroit FouiS" sans es tumbeaux (i), toutesfois on s'est depuis contenté de desrobber les vifs, au moins s'en sont contentez les séculiers. Mais les moines de l'abbaye de Bourgmoyen à' Bloys monstrèrent bien qu'ils ne vouloyent en rien céder à l'antiquité en cest endroit, quand ils déterrèrent le corps d'une femme qui avoit esté enterrée en leur église, à-fin de desrobber la bière de plomb en laquelle on l'a voit mis. Voilà comment les moines font vray ce proverbe, L'église prend du vif, du mort, non seulement en la sorte que tous les jours on leur voit pratiquer, mais aussi en l'autre, à-sçavoir en l'interprétant selon la lettre.

Quant aux gros larrons ecclésiastiques, c'est un cas à part, et principalement quant à leur chef : et semble bien que quelque povre galefrotier (2) de moine repris par luy de larrecin, luy pourroit faire une pareille response à celle que fit le pirate à Alexandre le grand. Car le larrecin commis par celuy qu'on appelle Pèresainct sous couleur de la donation de Constantin, n'est-ce point vrayement un tel larrecin, au pris de ceux que commettent ses enfans, qu'estoyent les larre-

(i) Tufi,6(op;5)(^ot, voy. Lucien, Jov., trag,, c. 52; Pollux, Onom.y VI, i5i.

(2) « Deux galefretiers qui n'avoient de moyne que l'habit, » a dit Paradin dès i552. Certaines éditions de Rabelais, 1. 1. prol., donnent calfreté en place de beluté; au 1. Il, c. i, il y a gallefreté, enfin au prol. du 1. V, gualle/retier. Estienne a-t-il voulu jouer sur le mot en remplaçant un e par un o : galefrotier^ a scabie fricanda ? Quoi qu'il en soit, Littré donne pour étymologie calfata avec sens péjoratif. Cela ne nous empêchera pas de citer Frisch, Teutsch-latein. Wœrterbuch, Berlin, i74i,pag. 241 : ngaufretier, galef relier, galfertier est l'allemand Walfarter pris dans le sens de vagabond, parce que pareils pèlerins firent beaucoup de mal sous le masque de la piété. »

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