‹ Apologie pour HérodoteChapitre 28 sur 223 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

ladicte exécution, me fait souvenir de Genève qui est voisine, pu fut aussi exécuté un prestre meurdrier, j'en feray le récit. Un certain dom Jan, prestre en Foucigni ( i ), au mandement de Thiez (que tenoit lors Genève), ayant auparavant crevé les yeux à son propre frère d'une alesne pendant qu'il dormoit, et de ceci obtenu grâce de celuy qui estoit pour lors évesque de Genève, quelque temps après bailla sondict frère à un sien compère pour le noyer en le jettant du haut d-une planche, sous prétexte de le mener à Chambéri au sainct suaire, qui estoit lors en grande réputation (2). Ce que ledict compère n'ayant sceu accomplir par le chemin, pour n'avoir eu le courage requis en un tel acte, le prestre quelques jours depuis fit semblant de vouloir conduire sondict frère à S. Claude : et usant de ceste couverture, le mena de nuict en une grange, à l'entrée de laquelle il l'assomma, estant aidé par un sien complice : et puis le jeta en un torrent. Auquel estant trouvé par une femme qui cerchoit un veau esgaré, le prestre fut pris en son lict avec sa putain, et mené à Genève, où on lui coupa le poing, et puis la teste : ayant premièrement confessé tout le contenu ci-dessus, et n'ayant allégué autre raison de haine contre son frère, sinon qu'il estoit trop grand despensier. On dit que quand il luy eut percé les yeux, ayant entendu qu'il en voyoit encore quelque peu, pour la seconde fois il les luy perça d'une cheville de bois. La . punition fut bientost après la réformation de la ville.

(i) Moréri écrit encore ainsi; Trévoux préfère Faussigny, Le Faucigny était borné au n. par le Chàblais, à l'o. par le Genevois, au s. par la Tarentaise, à Te. par le Valais.

(2) « Les uns se vouaient à S. Jacques, les autres au saint suaire de Chambéry, mais il brusla trois mois après, si bien qu'on n'en peut sauver un seul brin. » Rabelais, I, 27. On prétend qu'il Ait miraculeusement garanti et que le feu n'en consuma que le reliquaire ; voy. Guichenon, Hist. généaL de la maison de Savoie, I, 93.

6o APOLOGIE POUR HÉRODOTE

Mais il ne faut pas oublier, entr'autres prestres meurdriers, celuy dont il est faict mention es Chroniques de France, qui n'eut pas si bon marché que celuy duquel je vien de parler. L'an mille cinq cens trente, le dix-neufième jour d'Avril, un vicaire, qui estoit venu voir son maistre, lequel se tenoit à Paris au collège d'Autun, séant devant sainct André des Ars (i), de nuict tua le serviteur de sondict maistre et curé : et puis coupa la gorge audict curé. Pour lequel meurdre fut ledict vicaire dégradé au parvis de nostre Dame, le mercredi quatrième jour de May du dict an, et habillé en habit de fol^ puis délivré à noble personne maistre Jan Morin (2), lieutenant criminel : et par sentence fut condamné avoir le poing coupé, et estre attaché à une potence, avec le braquemar dont il avoit faict ledict meurdre, fiché devant ledict collège : puis estre brûlé tout vif devant l'hostel de la ville. Ladicte sentence, confermée par arrest de la cour de parlement, fut mise à exécution le jeudi ensuyvant, cinquième jour dudict mois de May.

Et sans partir de Paris il est certain qu'on trouveroit plusieurs autres exemples de meurdres commis par gens d'église, et nommeement par prestres. Toutesfois pour le présent je n'en puis ajouster qu'un, d'un meurdre qui vint aussi en notice, et fut puni par la justice. L'histoire est telle. En une hostellerie de Soissons dicte La grosse teste^ la fille de l'hoste n'estant point mariée, mais s'estant jouée avec quelcun, accoucha d'une fille. L'hoste, qui ne voyoit volontiers cest enfant, qui iuy ramentevoit i'impudicité de sa fille,

il) Estienne écrit bien ce mot : la charte de fondation du couvent des Sachets, 1261, dit iparockia S. ÀAdrat de Amc/ïf (Félibien, 1, 206 b), et Ménage, après Ad. de Valois, rappcoche artis de ardent : « S. Pierre dès Arsis, hoc est des Ars. •

(a) Voy. sur Morin, ch. 36.

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