‹ Apologie pour HérodoteChapitre 27 sur 223 · CHAPITRE XXIV b'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV b'J

meurdres ensemble, il y a environ unz'ans, Un gentil^ homme Limosin, monsieur de S. Jean de Ligoures, parent du mareschal S. André (i ], ayant paillarde avec la mère de sa femme, et mesmes en ayant eu des enfans, se descouvrit à un prestre comme en confession. Ce prestre, qui estoit faux-monnoyeur, prit cçste occasion de luy persuader (comme le tenant en sa cordelle à cause de la dicte déclaration) de s'addonner avec luy à faire de la fausse monnoye. Après avoir pratiqué ensemble par quelque espace de temps ce mestier, voyant le prestre que Icdict gentilhomme avoit toujours cest inceste sur sa conscience, quelque absolution qu'il luy en donnast ordinairement, et qu'il prenoit plus de plaisir à la mère qu'à la fille, luy persuada que la mère estoit plustost sa femme que la fille, et que pourtant son mariage et tout ce qui en estoit sorti, seroit maudict. Suyvant lesquels propos entreprit ledict prestre d'exterminer tout cela. Ce qu'il exécuta ainsi, en l'absence du gentilhomme, mais de son consentement toutesfois. Estant entré une nuict au chasteau à la manière accoustumée (mais menant avec soy quelques autres meurdriers), vint droit en la chambre des damoiselles^ où il les tua en leur lict : et de là s'en alla à deux petits enfans, et leur en fit autant : l'un desquels l'appelant par son nom luy tendoit les bras : comme ledict prestre depuis exécuté en France, et ledict gentilhomme depuis exécuté à Lausanne, ont notamment confessé. Dequoy ce prestre ne se contentant, mais

cordeliers de Paris, une garce fort belle desguisée et habillée ea homme, qui se faisoit appeler Antoine. Elle servoit, entre les autres. Frère Jacques Berson... et par dévotion] avoit servy bien dix ans les beaux Pères, sans avoir jamais esté intéressée en son honneur. • L'auteur ajoute qu'elle fut mise en prison et condamnée au fouet.

(i) Jacques d'AIbon, marquis de Fronsac, tué à la bataille de Dreux en i562; voy. Brantôme, de Thou, liv. XXXVl, Vieilleville, liv. VIII, ch. 37.

ayant aussi massacré, avec Taide des meurdriers qu'il menoit, tous les domestiques, il mit tous les corps ensemble en une chambre, et puis le feu au chasteau, pour couvrir son maléfice. Mais Dieu voulut que la chambre et les corps ne brûlèrent point : tellement qu'ils y furent trouvez, et le forfaict avéré. Et pourtant le gentilhomme ne sçachant de quel costé se tourner, vint en Savoye : mais passant par Genève, il y fut recongnu, puis poursuyvi et pris à Lausanne : où il fut exécuté par justice, recongnoissant sa faute, avec un merveilleux exemple de la miséricorde de Dieu. Voilà le faict comme je Tay ouy réciter à quelques notables personnages qui Tont veu condamner et exécuter. Or combienque j'aye abbrégé ceste histoire le plus que j'ay peu (comme aussi je fay volontiers les autres), si est-ce que je n'ay voulu omettre le point touchant le petit enfant, qui, pendant qu'il appeloit ce prestre par son nom et luy tendoit les bras (ce que n'ont accoustumé de faire les enfans sans un petit soubris), fut par luy massacré. Et n'est pas sans cause que Dieu permit que ceste circonstance fut confessée volontairement tant par le prestre que par le gentilhomme, de laquelle on ne se fust pas douté. Car à dire la vérité, la cruauté est beaucoup augmentée, voire quasi redoublée par ceci :• et principalement si on oppose le faict de quelques payens à cestuy-ci : comme de ceux dont fait mention Hérodote en son livre v (i),.qui estans envoyez pour tuer un enfant nouveau-né, eurent tous dix le cueur rompu par un petit soubris qu'il leur fit. Toutesfois il y a tant d'autres points à considérer en ce forfaict, qu'il est difficile de dire sur lequel on se doit plustost arrester.

Et ce pendant que le nom de Lausanne, où fiit faicte

(i) V, 92, Histoire de Cypsélus.

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