‹ Apologie pour HérodoteChapitre 40 sur 223 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

luy disoit, « A la messe, de par tous les diables, à la » messe. » Dequoy le fils sçavoit bien faire son proufit, recongnoissant que son père disoit mieux qu'il ne pensoit dire. Mais pour retourner à nos blasphémateurs, nous trouvons que les vicaires susdicts ne faisoyent point conscience de s'attribuer (les uns à bon escient, les autres en risée, comme il me semble) les passages de TEscriture, èsquels celuy duquel ils se faisoyent vicaire, parloit de soy. Comme nous lisons qu'Alexandre V dit en mourant à ceux qui estoyent autour dé luy les mesmés mots qu'avoit dict Jésus Christ à ses Apostres, « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, » Aussi sçeut bien Pape Paul III faire son proufit de ces mots de S. Paul, « Je voudrois estre séparé de Christ pour mes frères, qui sont mes parens selon la chair, » Car luy estant une fois remonstré par les Cardinaux en plein consistoire qu'il ne pouvoit donner aux siens Parme et Plaisance sans se damner, il leur sçeut trèsbien respondre : — « Si S. Paul a porté telle affection » à ceux de sa nation, lesquels il a appelez ses frères, » qu'il a désiré d'estre séparé de Christ à-fin qu'ils » fussent sauvez, pourquoy ne porteray-je telle afFec- » tion à mon propre fils et à mes neveux, que je m'ef- » force les faire grans au danger d'estre damné ? » Quant au propos du Pape Léon, il est plus conforme à celuy que nous avons raconté le premier, du galand qui disoit, « N'en pleurez point : peut estre n'est-il pas » vray. » Car ce Pape respondit au Cardinal Bembe, qui luy alléguoit quelque passage du nouveau Testament, — « Que de biens nous a acquis ceste fable de » Jésus Christ (i)l » Lequel blasphème peut estre attri-

(i) « On voit ce conte dans le Mystère d'iniquité (de Duplessis Moraay) et dans une infinité d'autres livres, toujours sans être muni de citation ou n'ayant pour toute preuve que l'autorité de Baléus : de sorte que trois ou quatre cents auteurs plus ou moins qui ont

8o APOLOGIE POUR HÉRODOTE

bué non seulement à ce Pape, mais à la plus part de ses compagnons, si par leurs actes nous voulons juger du cueur.

Il y a plusieurs autres sortes de blasphèmes, qui sont proférez par ces messieurs tant en leurs disputes qu'en leurs sermons, et en leurs escrits : desquels blasphèmes aussi nous amènerons des exemples. Un certain Evesque disputant contre quelques autres, vint à dire qu'il s'esbahissoit comment on ne s'estoit point apperceu d'un passage du nouveau Testament (i) fort propre pour rembarrer les Luthériens en ce qu'ils disent que la seule foy justifie. « Voylà » (dit-il) « les Apostres sur » la mer en une petite nasselle fort agitée des vens : » où S. Pierre, estant Luthérien, et croyant que la » foy luy suffit pour le sauver, dit à Christ, Com- » mande que je vienne à toy. Et après que Christ luy » a dict qu'il vienne, il saute en la mer avec sa foy, et » peu s'en faut qu'il ne se noyé. Et mesiiies il se fust » noyé, si Jésus Christ par miracle ne l'eust secouru, » le remettant en la nasselle, et le faisant retourner » aux œuvres : c'est à-sçavoir à tirer à l'aviron. Or » aillent avec S. Pierre ceux qui voudront s'appuyer » sur leur foy : de ma part, je n'ay pas délibéré d'aban- » donner la petite nasselle, mais y veux demeurer » tirant la rame, c'est à dire prenant peine de faire des a bonnes œuvres. » Quand nous n'aurions autre exemple que cestuy-ci, il nous donneroit suffisamment à congnoistre comment ces messieurs se jouoyent de Pescriture saincte : mais on en trouve un nombre infini d'autres. Entre lesquels est assez commun celuy d'un

débité cela en se copiant les uns les autres, doivent être réduits à un seul témoin qui est Baléus, témoin manifestement récusat>le, puisqu'il écrivait en guerre ouverte contre le pape et contre toute l'église romaine » Bayle, Dict.

(i) Math. XIV, 24etseq.

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