CHAPITRE XXVI • I 1 I
profession de Févangile, n'avoyent pas du bon alors en la Cour)., voire la retourna tellement qu'on n'y recongnoissoit plus rien. Et encorç ne se contentant de cela, vint à Orléans (de laquelle ville il avoit obtenu Tévesché nouvellement) pour prescher fort et ferme contre la religion qu'il avoit paravant maintenue. Et de faict monta en chaire quelquesfôis : mais en un presche pendant qu'il desgorgeoit des blasphèmes contre la vraye religion et contre sa conscience, il fut saisi de quelque maladie, qui ne le laissa descendre de la chaire en la mesme sorte qu'il y estoit monté. On dit qu'elle fut telle que la moitié de son corps bruloit et l'autre estoit froide comme glace : on parle aussi d'une dysenterie. Tant y a que la mort s'en ensuivit en peu de jours, avec cris et gémissemens espoùvantables. Orprieray-je les lecteurs ne trouver mauvais que j'aye ici mis les noms de quelques-uns, contré la façon que j'ay accoustumé de suivre presque par tout ce traité : et d'entendre que je n'ay point esté le premier, ains que je les ay trouvez ainsi nommez en trois divers livres publiez depuis peu de temps. Joinct que telles histoires qui redondent à l'exaltation des jugemens de Dieu, méritent bien d'estre enregistrées authentiquement. Toutesfois je me contenteray d'avoir mis les noms de ceux-ci, et espargneray deux autres (quant à leurs noms) lesquels je ne trouve point avoir encores esté nommez. L'un est encore viyant (s'il n'est mort depuis bien peu de temps), qui ayant premièrement faict profession de l'évangile, depuis estre devenu courtisan, a tellement voulu temporizer et s'accommoder aux humeurs diverses de la Cour, qu'il s'est laissé posséder d*une qui luy fait perdre toute la réputation qu'il avoit acquise par le passé. Tellement qu'on ne peut croire, à ouyr ses propos, qu'il soit celuy que Dieu avoit doué d'une si grande perfection en la congnoissance tant des langues,
que des sciences, qu'à grand'peine depuis a-il esté secondé. L'autre ftit un qui avoit esté premièrement conseiller du Roy Henri, et depuis par luy-mësme employé en divers ambassades : qui en perdant le goust qu'il avait pris à la vraye religion (de peur que cela ne Tempeschast de monter au degré auquel il aspiroit), perdit quand «t quand une si bonne partie de son sens et entendement, que ce qui lui en restoit luy faisoit grand besoin. Aussi avons-nous veu depuis peu d'années des jugemens de Dieu sur quelques princes, voire de si fraische mémoire et si notables qu'on ne les peut encores avoir oubliez : et pourtant n'est besoin de les ramentevoir.
Or ce qui m'a faict alléguer ces exemples des jugemens de Dieu sur les persécuteurs plus que sur autres, c'est pour ce que la persécution telle que nous l'avons veue, est vrayement une chose propre et péculiêre. à nostre temps, et où s'est plus monstrée la cruauté et toute sorte de meschanceté des hommes de nostre siècle : dont aussi nous avons veu ce qui s'en est ensuivi : et Dieu vueille par sa saincte grâce que nous ayons veu le commancement et la fin de tels maux tout ensemble ! *