‹ Apologie pour HérodoteChapitre 61 sur 223 · CHAPITRE XXVII I ÏQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII I ÏQ

ne veux-je pas entreprendre d^esplucher par le menu tous les points appartenans à ceste comparaison : mais après en avoir touché quelques-uns qui sont de moindre conséquence, je viendray au principal et qui mérite d'estre traité au long. Il est vray qu'avant que passer outre, je m'acquitteray d'une promesse que j'ay faicte ci-dessus, c'est de produire quelques façons de parler Françoises, par lesquelles nous déclarons évidemment un mespris de l'antiquité : et ce pour la mesme raison pour laquelle Ovide a escrit Prisca juvent altos, etc. Je di donc qu'outre ceste façon de parler, Faict à Vantique ou Faict à la vieille modcy par laquelle nous voulons donner à entendre une chose estre faicte un peu lourdement et avec peu d'art (il est vray que Faict à Vantique se dit aucunesfois aussi sans mespris, selon la chose de laquelle on parle), nous en avons encore quelques autres par lesquelles nous déclarons apertement l'opinion que nous avons de la lourderie des gens du temps passé. Car mesme quand nous disons Cela se faisait au temps jadis, nous déclarons que c'est une chose qui est hors d'usage, et quce obsolevity selon que parlent les Latins : tellement qu'elle seroit de mauvaise grâce en nostre temps. Quant à cestui-ci. Du temps des hauts bonnets, il semble estre dict à propos de la lourderie qui estoit pour lors es habits, combien qu'on ne face mention que d'un' espèce, comme si on disoit Du temps qu'ils s'habilloyent si lourdement, ou. Du temps qu'ils n'avoyent pas Vesprit de choisir une façon d'accoustremens qui fust propre et aisée. Pareillement se dit par dérision. Du temps que les bestes parloyenî. Car c'est autant que si on disoit. Au temps jadis que les hommes estoyent si sots qu'ils se laissoyent persuader que les bestes par loyent{i).

(i) f Au temps que les bestes parloient (il n'y a pas trois jours). »

Ce qui est dict (comme je croy) pour le regard des fables d'Ésope, lesquelles se trouvoyent dès lors traduites en nostre langue (i). Item on dit, Du temps qu*on se cachait pour prester de Vargent, Mais ceste façon de parler, combien qu'elle se die par dérision aussi bien que les autres, si est-ce qu'elle tesmoigne plus une simplicité qu'une lourderie. Car il est certain que ceux-là alloyent bien à la bonne foy et n'estoyent pas mesfians, qui au lieu de prester argent devant plusieurs bons tesmoins (voire en faisant obliger le deteur pardevant notaires, comme on fait au}ourd'huy) le prestoyent en cachette, ayans plustost esgard à l'honneur de celuy qui empruntoit, à ce qu'il ne fust sceu avoir nécessité, que non pias à bien asseurer leur argent. Et pourtant ce proverbe pourroit bien estre mis au nombre de ceux dont j'ay faict mention au commancement de ce traité, qui monstrent la bonne opinion qu'on avoit de la preudhommie des personnes du temps passé. Outre lesquelles manières de parler nous avons ces trois qui se disent des roys, Du temps que les roys se mouchoyent à leur manche (2), (ou,

Rabelais, II, i3 ; — c Du temps que les bestes parloyent fil n'y a pas deux heures). <i Ou Fail, Propos rustiques, De Robin Chevet.

(i) La preoiière traduction française est de Lyon, Mathis Huez, 1484, in-fol. goth. Elle a pour auteur, frère Julien des Augustins (Macho), et elle est suivie des fables d'Âvian, d'Âlfonse et « d'aulcunes fables ioyeuses de Pogei. Le second traducteur, traducteur en rithme, est Gilles Corrozet, dont les vers furent imprimés chez Denys Janot, (Paris), 1544, in -8, texte encadré et fig. sur bois. Puis viennent Haudent, 1547, et Du Moulin, 1549.

(2) c On dit, cela étoit bon du temps qu'on se mouchoit sur la manche, pour dire au temps jadis, quand on n'étoit pas si raffiné qu'on est. Ce proverbe vient de ce qu'autrefois on mettoit un mouchoir sur sa manche pour se moucher. Il en est resté une marque dans cet ornement ecclésiastique qu'en latin on appelle manipulus^ en françois fanon et en terme de blason destrochere ; ce qui étoit un vrai mouchoir que portoient les prêtres autrefois sur la manche pour essuyer les larmes qu'ils versoient en songeant aux péchés du peuple au temps

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