‹ Apologie pour HérodoteChapitre 71 sur 223 · T1ERS · texte numérisé non relu

T1ERS

I ous avons pu voir évidemment au chapitre précédent une très-grande ignorance du siècle précédent : toutesfois encore qu'eir eust esté plus grande (si possible eust esté) pourveu que les gens d'église n'en eussent point eu leur part, le povre monde n'eust pas esté beaucoup à plaindre. Mais nous verrons maintenant qu'au contraire la plus grand' part de l'ignorance leur est demeurée, et principalement aux prestres missotiers. Dequoy il ne se faut esbahir, veu que Menot leur reproche qu'au lieu de trouver des livres en leurs chambres, on n'y trouvoit que des espées ou un arc ou arbaleste ou autres sortes d'armes : Sed nunc, dit-il, quid in cameris sacerdotum reperietis? an expositionem epistolarum y aut postillam super evangelia? Non, Faceret eis malum in capite magister Nicolaus De lyra. Quid ergo? Unum arcum, vel balistam, spa^ tham, aut aîiud genus armorum. Et comment envoyoit-on ad or dos gens si ignorans? Il faut noter que ceux qui les examinoyent n'en sçavoyent guère d'avantage qu'eux, et pourtant en jugeoyent comme clercs

d'armes. Ou encores qu'ils eussent du sçavoir assez pour congnoistre leur insuffisance, lès faisoyent passer pour faire plaisir à ceux qui les leur avoyent recommandez. On parle d'un entr'autres auquel l'évesque qui estoit en table ayant demandé, Es tu dignus? il fit response, — « Nenni, monsieur : mais je dineray bien » avec vos gens. » Car il pensoit que dignus (c'est à dire digne) signifiait diné. On conte aussi d'un autre qui estoit venu pareillement pour estre faict prestre, lequel on interrogua, pour esprouver son bon entendement, qui estoit le père des quatre fils Aimond. A quoy n'ayant sceu respondre, il fut renvoyé. Estant retourné et ayant raconté l'occasion pour laquelle il avoit esté refusé, son père luy remonstra comment il estoit bien beste de n'avoir sceu respondre qui estoit le père des quatre fils Aymond* « Voilà • (dit-il) « grand » Jan le mareschal qui ha quatre enfans : si on te de- » mandoit qui est leur père, dirois-tu pas que c'est » gran Jan le mareschal ? — Ouy, » dit-il : « j'enten » bien maintenant. » Là dessus s'en retourne pour estre receu, comme ayant bien mieux appris sa leçon depuis. Estant donc interrogé pour la seconde fois qui estoit le père des quatre fils Aimond, respondit que c'estoit grand Jan le mareschal. On leur faisoit plusieurs telles interrogations joyeuses pour donner passetemps à monsieur le prélat qui assistoit là, et pour essayer s'ils étoient point du tout niais et begaux (i). Comme quand on en interrogua un qui estoit le meilleur morceau d'un petit cochon, il respondit que c'estoit la peau, et pour ceste pertinente

(i) Begault, sot, niais, voy. Contes cfEutrapel, XXIII. Dans le Dict d'Oudin il est expliqué par bigot. De bègue, dont l'origine est inconnue à Brachet, mais non à Dieffenbach, qui penche pour le bas. breton besk = écourté. Besk-téod, bestéod = bègue (de téod langue).

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