CHAPITRE XXIX
Juifs. Audemeurant il- y a encores un autre bien duquel ceste ignorance a esté cause : car faute d'entendre les vrayes étymologies des mots Grecs, et mesme de sçavoir qu'ils fussent Grecs, quant à la plus part, on a pensé à plusieurs subtilitez desquelles on ne se fùst jamais avisé. Exemple : si on eust sceu que Presbyter estoit 7cpga6i5T7iç, c'est à dire vieillard, il est certain qu'on n'eust pas pris la peine de songer Tétymologie que nous voyons au livre intitulé Stella clericorum ( i ), au chapitre qui commence, Quos ergo prœlati et presby-teri, etc, à-sçavoir, Presbyter dicitur quasi prcebens iter, ( Et comme les esprits sont plus aigus les uns que les autres, et aussi facile est addere inventis\ encore n'en est-on pas demeuré là, mais on a bien trouvé quelque chose de plus subtil, à-sçavoir, Presbyter, quasi Prœ aliis bibens ter (2). Il est vray que ceste-ci n'est pas tant receue. Ainsi est-il du mot Diabolus; c'est à dire diable. Car s'ils eussent sceu que 8ià6oXoç, diabolos, signifioit calomniateur, ou emputeur, nous eussions esté privez de ceste étymologie venant d'une très-profonde spéculation, qui est, Diabolus, ex dia,
[i) Stella clericorum cuilibet clerico summe necessaria, Lipsiae, i5i5. Sur la fin du livre on lit ce qui suit :
Prcelati temere credunt sibi cuncta licere;
Credidit et Caîphas omne nef as sibi f as. Ut misero mundo^ vœ primo vœque secundo,
Vœ per Pontificum dedecus horrificum.
Pontijices muti de jure suo maie tutiy
Quamvis cornuti non audent cornibus uti.
Cf. Aniiqua literarum monumenta autographa^ Brunswic. 1690, 1. 1, p. 3oet 3i de la préface, f Les primats de Bourses et de Lyon ont aussi voulu oster du rang des traditions les Conformité^ de S. FrançoiSy le Doctrinal jde Sapience, le Jardin des Ames désolées, le Mariai, les Sermons de Menot, le Manipulus curatorum, Stella clericorum... * D'Aubigné, Conf. de Sancy, 1. 1, c. 2.
(2) L'auteur d'Allotria, 2«éd., Berlin, Denicke (1878), attribue cette étymologie à Maillard.
r4t APOLOGIE pont
quod est duo: et holm^ ià act morcellus: quasi fàiîmê duos bolos de corpore et amma. Cest à dire que ce mot Diabolus, vient de Dia^ qui stgniâe Deux, et de Bolus, qui signifie Morceau : comme faisant deux morceaux de nous, un de nostre corps et l'autre de nostre ame. Laquelle étymologie est (si j'ay bonne mémoire) de Huguo Carrensis, mais est suivie par les prescheurs susdicts, et notamment par Olivier Maillard, fueillet 176. col. 2.
Que si nous leur pardonnons volontiers l'ignorance de la langue Grecque, à plus forte raison leur devonsnous pardonner l'ignorance du language Hébraïque, que nous sçavons avoir tousjours esté moins commun. Et nous faut considérer que ceste ignorance a esté pareillement cause d'aguiser les esprits de. plusieurs docteurs pour leur faire trouver des étymologies fort plaisantes, et mesme des spéculations sur les mots. Comme nous lisons de Jésus, que ce nom ha deux syllabes, ce qui signifie deux natures en Jésus Christ. Jésus ha cinq lettres, trois voyeles et deux consonantes. Les trois voyeles signifient la trinité, les deux consonantes signifient les deux substances de Jésus Christ, la chair et Tame. Laquelle subtilité est prise <iu livre Des conformité^ de S. François à Jésus Christ ^ au fueillet 193. et y est allégué pour auteur le pape Innocent en ses Sermons. Et de Cephas nous en tairons-nous ? Ils l'ont faict Grec, Latin, François, plustost qu'Hébrieu, ou Syriaque ( i ). Car premièrement voici que dit Barelete, pour monstrer que S. Pierre doit estre préféré à S. Paul: Quod ad prcelationem vero, Petrus est major quam Paulus, quia papa major
(i) « Jésus à diverses reprises déféra à Pierre dans son Église une certaine primauté et lui donna le surnom cyriaque de Képha (Pierre), roulant signifier par là qu'il faisait de lui la pierre angulaire de l'édifice. » Renan, Vie de Jésus^ p. i38.