CHAPITRE XXIX Î^S
envoyé une douzaine de dogues ), il interpréta Je vous envoyé une douzaine de mulets. Et se fiant à ceste interprétation s'en alla avec un autre seigneur trouver le roy, pour le prier de leur donner le présent que le roy d'Angleterre luy envoyoit. Le roy, qui n'avôit encores ouy parler de ceci, fut esbahi comment d'Angleterre on lui envôyoit des mulets, disant que c'estoit une grande nouveauté. Or ayant voulu voir la lettre et la faire voir aussi à autres, on trouva duodecim malossos, c'est à dire douze dogues. Dequoy ledict chancelier se voyant estre mocqué (et faut penser de quelle sorte), trouva un' eschappatoire qui le fit estre encore d'avantage : car il dict qu'il avoit failli à lire, et qu'il avoit pris molossos pour muletos.
Quant à se formalizer pour leur Latin, à ce qu'il soit congru, ils en sont dispensez par ces mots de leur S. Grégoire, Non debent verba cœlestis oràculi subesse regulis Donati, Et pourtant a eu tort un des prescheurs susdits de reprocher aux prestres qu'ils ne sçavoyent pas leur Donat. Aussi de leur vouloir faire rendre conte de leur prononciation, seroit les recercher de trop près : et croy que le mesme S. Grégoire n'entendoit pas qu'ils s'en donnassent peine, et qu'il n'estimast leur messe aussi bonne avec Domimi vobiscon, qu'avec Dominus vobiscum^ et Peronnia secula qu'avec Per omnia secula. Et pourtant ne m'esbahi pas si de nostre temps a esté intenté un procès contre le chanoine qui vouloit avoir sa prononciation à part, et discorder de tous les autres, disant : Per omnia secula. Il est vray qu'ils se plaignoyent aussi de Kyrie eleison, au lieu de Kyrieleison, comme nous orrons tantost. •
autres, avouait dans une de ses réponses à la régente en i523, « que le chancelier avait une pénétration vive, des connaissances trèsétendues et un trayait facile... » Barante père, dans la Biographie Michaud.
Quanf au Grec, il leur est à pardonner s'ils n'y ont entendu rien du tout, veu que de plus habiles gens qu'eux n'ont eu honte de dire ce que nous avons raconté ci-devant, à-sçavoir, Grœcum est, non legitur: et Transeaty Grœcum est [\). Et si on tient ceste ignorance pour mal, pour le moins on peut dire que ce mal a apporté quelque bien. Car par icelle a esté augmenté le nombre des saincts et des sainctes, tesmoin S. Lonchi ou Longi, quant aux saincts, S. Tiphaine quant aux sainctes : car du mot Grec X<îtx^» Lonchi j signifiant lance, est sorti ce sainct (2) (combienque desjà ce mesme nom eust esté baillé à celuy qui de ceste lance perça le costé de nostre Seigneur); et d'un autre mot Grec Oeoçàvia, theophania (comme si on disoit Apparition de Dieu) est sorti saincte Tiphaine. Il est vray que d'autre part ceste mesme ignorance a esté cause d'augmenter le nombre des diables : car de Macrobius et quelques autres tels mots on en a faict des noms de diables. Quant au povre Malchus qui eut l'oreille coupée, et auquel depuis on a osté son nom pour le donner à une sorte de glaive (3), je luy laisseray plaider sa cause: afin qu*on ne die que je suis l'avocat des
(1) Du premier de ces dictons nous n'avons pas trouvé de mention antérieure à celle que fait Estienne. Richelet ne mentionne que le second. « Pour du latin, je n'y entends rien, mais pour du grets, je vous en casse. » La Comédie des proverbes.
(2) Les Acta Sanctorum effleurent ceste question d'origine ainsi : « Proprium ne id et nomen fuerit an a Xoyx,^ lancea commodato acceptum, quo miles alias anonymus designetur variant auctores. Posteriorum longe verosimilior videtur esse conjectura : cui alia quoque addi posset , videlicet occasionem ejus sic nominandi sumptam ex eo quod sub Longino centurione militice romance stipendia meruerit : nisi forte etiam huic aliud fuerit proprium nomen. « XV Martii. Le Longin centurion est sorti de Matth., XXVII, 54, Marc, XV, Sg, le Longin soldat de Jean, XIX, 34. Cf. Ughelli, Italia sacra, t. VI, p. iio5, n© 117; Tillemont, Mém., t. 1, p. 5o.
(3) MALCUS, efisis falcatus, harpe. Nicot. « Polygame produisant son malchus. » Du Fail, Baliverneries, IV.