CHAPITRE XXXII
stenir les grands coups qu'on vôudroit ruer contre les images. Car au concile Nicene (non pas le grand qui fut assemblé sous Constantin Tempereur, mais un autre qui fut assemblé du temps de Charlemagne (i), il y a un peu plus de huict cens ans, par un'impératrice si bonne Chrestienne qu'elle creva les deux yeux à son fils et puis le fit mourir misérablement tn prison), il fut déterminé que non seulement il estoit bon d'avoir des images, mais aussi qu'il les faloit adorer. Or les plus forts arguments dont ils s'armoyent, estoyent ceux-ci. Premièrement, un certain évesque nommé Jan, ambassadeur des églises orientales, allégua le passage de Moyse au commancement de Genèse, Dieu a créé l'homme à son image : dont il conclut, Il faut donc avoir des images (2). Item allégua ce passage du 2. chap. des Cantiques, Monstre^moy ta face, pource^ qu'elVest belle. Un autre évesque, voulant prouver que les images doivent estre mises sur les autels, allégua ce propos de Jésus-Christ, au 5. chap. de S. Matthieu, On n'allume point une lampe pour la mettre sous un boisseauj mais sur le chandelier^ et elle esclaire à tous ceux qui sont en la maison. Un autre évesque, voulant prouver que le regard des images estoit proufitable, allégua ce passage du 4. Pseaume, Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine, ainsi que traduit l'ancien interprète, c'est à dire, La clarté de ta face est marquée sur nous. Un autre s'aida du verset 8 du Pseaume 26, Domine, dilexi decorem domus tuœ, c'est
argument dirimant ; au barreau on a donné le même nom au moyen décisif d'un procès.
0) En 787, sous Irène, qui fit crever les yeux à son fils G>n8tahtin VI. Voy. Mansi, ConciL coll., XII et XIII.
(2) Jean dit que Dieu était apparu à Jacob sous la forme humaine : Vidi Dominum facie ad faciem et salva facta est anima mea, Gen., XXXII. Voy. Héfelé, Conciliengeschichte, lU, 465; a. Mansi.
à dire, Seigneur, fay aimé la beauté de ta maison. Aussi Youlurent faire leur proufît de ce passage, qui est au 48. Pseaume, vers. 9. Comme nous l'avons ouy, ainsi l'avons veu : disans qu'on ne congnoist pas Dieu pour ouyr sa parole seulement, mais aussi par le regard des images. Un autre évesque nommé Théodore s'avisa de ceste subtilité : c II est escrit, » dit-il, « Dieu est merveilleux en ses saincts : et en un autre passage il est dict, Aux saincts qui sont en la terre, Ergo il faut contempler la gloire de Dieu es images. » Un autre allégua ceste similitude : c Comme les patriarches ont usé des sacrifices des payens, aussi les Chrestiens doivent avoir des images au lieu des idoles des payens. » Voilà les belles allégations qui pour estre ainsi autorizées par ce concile, ont esté proumenées par les sermons de maints caphards de nostre temps, avec plusieurs autres d'aussi bonne grâce et partans d'aussi bon esprit et bon jugement.
Que si quelcun s'esmerveille comment il est possible qu'en nostre temps mesmement se soyent trouvez des prescheurs si sots que d'appliquer ainsi les passages de l'Escriture, je luy conteray (sur ce mesme propos) une sottise de fraische mémoire beaucoup plus esmerveillable. Au colloque de Poissi (duquel le bruit a esté espandu par tous les coins du monde) un certain magister noster nommé Demochares, plaidant la cause des images contre un ministre (i) de la parole de Dieu, quand il vit qu'elle s'alloit perdre, la voulut soustenir par l'allégation des verrières du temple de
(i) Bèze, voy. son Hist. eccl.^ I. IV, année i56i. Demochares est le pseudonyme d'Antoine de Mouchy. M. Fisquet, dans la Biographie Hœfer, dit que c'est à tort que Mézeray a prétendu que du nom de Mouchy on avait fait celui de mouchard^ et ajoute que Tétymologie de ce dernier mot est emungere. Mouchard vient de mouche ; voy. Ch. Nisard, Curiosités de l'élymologie française, p. 324.