‹ Apologie pour HérodoteChapitre 88 sur 223 · CHAPITRE XXXII I7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII I7I

S. Benoist, disant que ce temple avoit esté basti dès le temps de S. Denys, et que puisqu'il y avoit des images es verrières, les images avoyent esté dès le temps de S. Denys. A quoy ledict ministre luy fit une trèspertinente response et de très-bonne grâce en quatre paroles, luy disant que son argument estoit de verre.

Pour continuer ce propos de l'abus des passages de l'Escriture, il faudroit venir à ceux qui en abusent tellement que ce n'est point sans blasphémer plusque Mahométiquement : c'est à dire, sans faire plus de déshonneur et d'outrage à la religion Chrestienne que jamais ne luy a faict Mahomet ni tous les Mahométistes. Qui sont ceux qui en abusent ainsi? Ceux qui l'appliquent à sornettes et à colibets(i) : mais bien plus les caphars qu'on a veus de nostre temps appliquer à leurs saincts (c'est à dire aux saincts sous le nom desquels ils faisoyent leur queste, en preschans les miracles d'iceux) plusieurs passages escrits expresseement et spécialement de nostre seul sauveur et rédempteur Jésus Christ.

Premièrement donc, quant à ceux qui veulent gosser aux despens de la parole de Dieu, il en a esté jà parlé ci-dessus, au chapitre des blasphèmes qui sont maintenant communs entre les séculiers. Car là j'ay averti comment on avoit faict servir plusieurs passages de l'Escriture à broquarder les uns et à louer les autres. Laquelle invention je penserois bien estre premièrement venue de nostre maistre Pasquin (comme estant près la personne de celuy qui ne prend pas seulement la hardiesse d'entreprendre sur la parole de Dieu, mais

(i) QuoUbe!{ dans Joiavillc et quolibets dans la Satire Ménippée. No€l croit qu'il était nouveau du temps de La Bruyère, parce qu'il le met en italique ; il n'en est rien, mais du temps de La Bruyère on connaissait déjà l'éloquence de certains caractères typographiques.

aussi sur le throne d'iceluy) : mais depuis a esté en usage entre plusieurs, et principalement entre courtisans. Comme nous sçavons que au commencement du règne du roy Henri, on jettoit force tels broquards contre les seigneurs et dames qui n'estoyent plus en crédit comme du temps de son père, mais estoyent autant reculez qu'auparavant ils souloyent estre avancez. Et me souvient d'un passage entr'autres qui fut appliqué à un seigneur (i) qui n'estoit plus qu'au reng du commun, au lieu qu'il souloit avoir grande autorité, Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est. Pareillement de ceste madame (2) qui avoit eu lors si bien le vent en poupe, Regnum meum non est de hoc mundo. Or ay-je là parlé aussi de quelques passages appliquez par les moines à pareil usage, c'est à dire, à faire rire : ausquels passages toutesfois on en pourroit ajouster plusieurs, et entr'autres cestuy-ci, Si non esset hic male/actor, non tibi tradidissemus eum : qui fut dict par certains moines d'un pasté qui leur avoit esté envoyé par leur abbé : voulans signifier que si ce pasté n'eust point esté malfaict, et qu'il l'eust trouvé bon, il ne leur eust pas envoyé. On dit aussi que ceste belle interprétation de ce passage, Qui dat nivem sicut lananiy Qui donne le froid selon le drap, est venue des moines.

Mais il est question maintenant de parler de ceux qui abusent des passages et en font des risées en prèschant mesmement. Pour donc retourner à mes prescheurs, il faut noter qu'il y en a eu d'entr'eux depuis

(i) Claude d'Ânnebant, banm de Retz et delà Honandaye, maréchal de France i538, amiral i543, mort à La Fère le 2 noy. i352.

(2) Anne de Pisseleu, duchesse d'Etampes, favorite de François I*r, née en i5o8, morte vers 1576. Henri II exila la duchesse après lui avoir repris les diamants que François lui avait donnés, et dont il fit aussitôt présent à Diane de Poitiers.

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