‹ Apologie pour HérodoteChapitre 92 sur 223 · CHAPITRE XXXII I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII I

Job. chap.i, Circuivi terrant (notez que c'est le diable qui parle) et perambulavi eam. En la i. de S. Pierre, chap. V, Circuit quœrens quem devoret. Et au Pseaume XI, In circuitu impii ambulant. Mais oyons une resverie de luy-mesme encore plus estrange en matière d'allégation des passages de TEscriture, et considérons comment il accoustre ut, re, mi, fa, sol, la, donnant à chacune note son lardon ou brocard, pris de TEscriture : comme s'ils avoyent esté dicts tout à propos, car UT est brocardé par un passage commenceant par UT : RE par un qui ha Re au commencement, et ainsi les autres, semblablement. Laquelle estrange et phantastîque rencontre malaiseement pourroit estre gardée en interprétant les passages en François. Voici donc son Latin, au fueill. 29. col. i. Vos mundani audite, quia ad vos dirigitur verbum : nec est meum, sed illitis qui pependit in cruce, Luc. vi, Vœ vobis qui ridetis, quia Jlebitis. Et timeo ne cantetis semel cantilenam damnatorum, qui (sicut columba) habent gemitum et fletum pro cantu. Hic cantus habet sex notas valde miserabiles : scilicet ut, re, mi, fa, sol, la. Primant notam profert quilibet damnatus, dicens, Utinam consumptus essem : ne oculus me videret, Job. x. Secundam vero addit, dicens, Repleta enim malis anima mea, PsalrHo Lxxxvii. Et omnes alii respondent cum eo, Re* pleti sumus despectione, Psalmo cxxii. Tertiam omnes insimul cantant, dicentes, Miserabiles facti sumus omnibus hominibuSf i. ad Corinth. xv. Quartam cantat quilibet eorum, dicens , Faciès mea intumuit a fletu, Job. XVI. Itemy Faciem meam operuit caligo, Job, xxiii. Quintam addunt omnes simul, dicentes^ Sol justitiœ non est ortus nobis : et in malitia nostra consumpti sumus^ Sapientice v. Sextam cantant simul, dicentes, Lassati sumus in via iniquitatis, Sapientiœ v. Et iterum, Lassis non datur requies : et pellis nostra quasi

clibanus exusta est : et de/ecit gaudium cordis nostri : ac conversus est in luctum chorus noster : et cecidit corona capitis nostri. Va nohis quia peccavimus^ Thren, ultimo.

Ils abusent des passages de l'Escriture encore d'une sorte outre celles que j'ay déclarées : c'est quand ils s'attachent aux mots, sans considérer les circonstances, au lieu que leur ordinaire est de ne s'arrester aucunement à la lettre, mais rapporter tout à certains sens allégoriques, anagogiques, tropologiques. Comme pour exemple, Menot voulant monstrer qu'il ne se faut esmerveiller si les plus saincts sont saisis de crainte quand ils voyent que leur dernière heure est venue, « Et comment donc? » (dit-il) « voudrions-nous estre plus asseurez de nostre salut que S. Paul n'estoit du sien ? qui avoit esté ravi jusques au troisième ciel et avoit esté esleu par nostre Seigneur ? Nous voyons que luy pour un temps disoit, Je désire desloger et estre avec Christ : mais quand il fut question de mourir, il dict, J'en appelle à César, Act, chap. 25.

Encore se trouvera-il qu'ils abusent de l'Escriture en plusieurs autres manières : mais je me contenteray pour cest'heure de celles-ci. Car quant à l'abus qu'ils commettent à l'endroit de certains passages en ce qu'ils suyvent l'ancienne interprétation, encore qu'il y ait faute évidente, et insistent tellement sur les mots d'icelle, que mesmes ils fondent force argumens sur iceux, cela leur est encore plus pardonnable que le reste : car il est certain que leur marché de bastelerie (i) (je di bachelerie) ou de doctorerie, ne porte point qu'ils se doivent amuser au Grec ou à l'Hébrieu, mais s'en-

(i) Qualité de bateleur: un bateleur joue avec des bateaux, c.-à.-d. des bâtons ou baguettes soi-disant magiques ; de bastellus, dim. de bastus ; voy, Du Gange, vo bastaxius.

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