MADEMOISELLE LOUISE READ
Hommage de profonde vénération
// arrive, parfois, après une lecture, un effort de Vesprit, une douleur, que, fermant les yeux, le passé, celui de l'histoire et le nôtre nous reprend dans sa vague. Toutes les idéologies viennent s'abattre sur nou^ et proposent leur philtre à nos inquiétudes. Nous sommes alors la proie facile de nos passions qui militent contre des idées contraires. La division habite en nous, créée par la sincérité des croyances qui vivifient l'esprit et le cœur de ceux qui nous sont proches. Notre âme est ce champ disputé sur lequel planent, tels des oiseaux angoissés, les idéals généreux de combattants divers . Les figures s'amassent devant nous et nous parlent. Impossible d'être sourdement fermés à des compréhensions différentes, à des ambitions qui visent à des buts semblables. Et nous savons que ce sont les mots surtout qui divisent. Si éloignés, en apparence, que nous soyons les uns des autres, il y a des chemins où la rencontre s'opère. Personne, parmi nous, ne se croit absolument libre du passé et du présent. Laissez-nous la joie de blasphémer, mais sachez nous comprendre.
Nous convenons qu'il y eut un Canada héroïque, un Canada d'où sortent des légendes de pourpre et d'or. Visiblement marqué dans l'histoire des hommes, il étend vers la gloire deux bras jeunes, étoiles de douloureuses blessures.
La arande histoire chevauche ses primitives destinées; elle en tûr^Zr des tabUttes <eairain l'odyssée mira^uUuse- Om ZZddans U forU vierge, susciU à to /açon d'un dieu rus- Sev^ide Uise, souUvé par le rythme des ->Ufesjt
tous Selon nos vicissitudes, nous avons fetntde tourner tous, belon ^^^^^^ ^^ ^,^^ ^„„,
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curiosité d'esprit qui désirait s'étendre à tout et à tous. Ce dilettantisme qui voulait n'exclure personne nous tenait lieu, hier, d'évangile de vérité. Dans la mêlée des doctrines et des principes littéraires, nous aimions à nous attacher à cette illusion-là, peut-être la moins décevante de toutes.
Des noms se présentent sous ma plume que je peux paraître oublier: il n'en est rien. J'espère glorifier, un jour, Nelligan, Ferland, des fils du siècle qui sont penchés sur de graves problèmes ou qui rêvent, extasiés, au bord de nos claires fontaines.
En attendant que d'autres besognes rêvées s'accomplissent, je me suis efforcé de découvrir à travers la pensée de quelques poètes, les aspirations, les tendances qui caractérisent certaine action littéraire de notre époque. Je n'ai pas consigné ici toutes les manifestations poétiques du Canada. Mais je crois avoir observé chez des jeunes têtes ardentes et pensives, la bienfaisante illusion qui les couronnait, tour à tour, d'auréoles et de précieuses lumières. En communion intime avec ces esprits dévoués à l'idéal, et qui y sacrifièrent, j'ai senti refleurir, en les étudiant, toute ma jeunesse qui me venait de la beauté de leur enthousiasme, de la caresse de leurs phrases, du rythme profond et sûr qui se laisse toujours saisir dès qu'on approche les inspirés et ces chantres élus qui règneiit sur les hommes.
Marcel Dugas.