‹ Apologies [microforme]Chapitre 1 sur 9 · A MADEMOISELLE LOUISE READ · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE LOUISE READ

Hommage de profonde vénération

Il arrive, parfois, après une lecture, un effort de l'esprit, une douleur, que, fermant les yeux, le passé, celui de l'histoire et le nôtre nous reprend dans sa vague. Toutes les idéologtes viennent S'abattre sur nous et proposent leur philtre à nos inquiétudes. Nous sommes alors la proie facile de nos passions qui militent contre des idées contraires. La division habite en nous, créée par la sincérité des croyances qui vivifient l'esprit et le cœur de ceux qui nous sont proches. Notre âme est ce champ disputé sur lequel planent, tels des oiseaux angoissés, les idéals généreux de combattants divers. Les figures s’amassent devant nous et nous parlent. I mpossible d’être sourdement fermés à des compréhensions différentes, à des ambitions qui visent à des buts semblables. Et nous savons que ce sont les mots surtout qui divisent. Si éloignés, en apparence, que nous soyons les uns des autres, il y a des chemins où la rencontre s'opère. Personne, parmi nous, ne Se croit absolument libre du passé et du présent. Laissez-nous la joie de blasphémer, mais sachez nous comprendre.

Nous convenons qu'il y eut un Canada héroïque, un Canada d’où sortent des légendes de pourpre et d’or. Visiblement marqué dans l'histoire des hommes, il étend vers la gloire deux bras jeunes, étoilés de douloureuses blessures.

La grande histoire chevauche ses primitives destinées; elle en burine sur des tablettes d’airain l’odyssée miraculeuse. Oui, il y eut, dans la forêt vierge, suscité à la façon d’un dieu rustique, pétri de jlaise, soulevé par le rythme des solitudes et le vouloir vivre, un paysan auguste qui est le père de nous tous. Selon nos vicissitudes, nous avons feint de !’oublier, mais il nous tient par les racines secrètes de l'âme. Nous n'abolirons pas, malgré nos tourmentes actuelles, ses vertus qui coulent en nos veines, comme une sève inépuisée. Mais il doit être moins sévère que ceux qui, à tous les vents, crient vers sa paternité. Je veux croire que sa figure se lève sur nos journées faites et qu’il nous regarde avec des yeux de foi et d'amour. Peut-être bien que la fantaisie qui fut étrangère à ce mâle bâtisseur de notre vie nationale et humaine ne constitue pas, à ses yeux, un jeu méprisable, et que, dans son éternité pleine de : :‘desse, il sourie à nos préoccupations littéraires. Cet espon, en tous cas, flatte nos desseins et puissions-nous être pardonné auprès de cet ancêtre magnifique qui pétrissait, jadis, la glèbe de nos plaines, d’ébaucher, avec des mots et des images, cette autre patrie de l'intelligence que nous soïnmes tous, hommes d'aujourd'hui, conviés à fonder. De nos divergences même qui sont la variété dans la vie naîtra, peut-être, demain l'unité idéale.

Mais voilà bien des impressions qui dépassent la vanité de nos exercices littéraires. Revenons à notre légèreté, puisque aussi bien nous sommes, à côté de l’essaim des b4. tisseurs, un humble ouvrier. N'affectons pas une gravité qui n'est pas notre bien, et soyons nous-même sans fausse honte.

Je veux sauver de l'oubli complet ces quelques gloses qui m'evaient distrait, naguère, de la chaleur du jour ou de l’accablement de certains soirs. En les liant en gerbe de sympathies critiques, je songe qu’elles portent témoignage d’une

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curiosité d'esprit qui désirait s'étendre à tout et à tous. Ce dilettantisme qui voulait n’exclure personne nous tenait lieu, hier, d’évangile de vérité. Dans la mêlée des doctrines et des principes littéraires, nous aimions à nous attacher à cette illusion-là, peut-être la moins décevante de toutes.

Des noms se présentent sous ma plume que je peux paraitre oublier: il n’en est rien. J'espère glorifier, un jour, Nelligan, Ferland, des fils du siècle qui sont penchés sur de graves problèmes ou qui rêvent, extasiés, au bord de nos claires fontaines.

En attendant que d’autres besognes rêvées s'accomplissent, Je me suis efforcé de découvrir à travers la pensée de quelques poëles, les aspirations, les tendances qui caractérisent cerlaine action littéraire de notre époque. Je n'ai pas consigné ict loules les manifestations poétiques du Canada. Mais Je crois avoir observé chez des jeunes têtes ardentes et pensives, la bienfaisante illusion qui les couronnait, tour à tour, d'auréoles et de préci uses lumières. En communion intime avec ces esprits dévoués à l'idéal, et qui y sacrifièrent, j'ai senti refleurir, en les étudiant, toute ma jeunesse qui me venait de la beauté de leur enthousiasme, de la caresse de leurs phrases, du rythme profond et sûr qui se laisse toujours saisir dès qu’on approche les inspirés et ces chantres élus qui règnent sur les hommes.

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