‹ Apologies [microforme]Chapitre 9 sur 9 · AIR DE GLAS · texte numérisé non relu

AIR DE GLAS

Coups d'ailes que donne le métal

À la prière de ceux qui pleurent,

Les bourdons frappent d’un son brutal Les airs se brisant comme un cristal; Puis, tel le souffle de ceux qui meurent, Pures de la pureté d'antan,

Les ondulations en montant

Se raidissent, retombent, s’effleurent, Et bientôt s’endorment en chantant.

L'équilibre, les mots définitifs, le rayonnement qui s’en échappe, leur pouvoir de suggestion, leur vertu abstraite et frémissante, les rapprochent du néo-classicisme. Ce sont morceaux d’anthologie.

Les Phases renferment le secret d’une personnalité qui ne se laisse pas facilement deviner par le vulgaire. L’'initiation devient nécessaire afin d'entrer en communion parfaite avec l’auteur. Il ne suffit pas de crier à l'obscurité pour qu’elle existe. Il se trouve des gens qui, appréciant un poète ou un écrivain, se plaisent à dire “qu’il enfile des mots ou qu’il construit des phrases vides et creuses.” On sait ce que cela veut dire. Et si, par hasard, on les entend émettre une opinion ou risquer un jugement, on demeure tout étonné de leur prodigieuse facilité dans la niaiserie et l'ignorance littéraires. L’obscurité est en eux-mêmes, qu'ils cherchent d’abord à s’éclairer, à comprendre ce qui leur est peu accessible, à éduquer leur sensibilité, à ne plus vivre, satisfaits et stériles, sur des tas de poncifs dont ils ne sont pas même les auteurs, et la lumière leur viendra malgré eux.

Les Phases sont, à coup sûr, un défi à la paresse et à certaines clartés qui, étant celles de tout le monde, demeureront toujours inconciliables aux clartés de la vraie poésie.

…Mignonne, allons voir si la rose..., c’est affaire de doigté, de joie de l'esprit, de blague hermétique,

autre chose encore et qui, malgré l'opinion de l’auteur, nous jaisse souriants et sceptiques. Mettons que ce soit tellement curieux, et décisif à ce point pour amener notre déroute. Nous confessons notre impuissance à goûter une satire aussi dépouillée, aussi voisine du silence, toujours arbitraire en suggestions.

Mignonne, en jeune fille trop bien, nous ouvre les portes du rire et s’est assez une scandaleuse chose. Quel diable que le rire! Le péché intégral pour les hommes d’ordre, une contradiction alarmante chez M. Delahaye, Satan installé, par ses propres mains, sur les cimes du Parnasse, et qui linduit en de muitiples tentations. M. Delahaye s’accoquine à l’abîme, joue avec le feu, et de connivence avec Lucifer, damne joyeusement les humains coupables de ne l'avoir pas compris.

Abordons en tremblant cette femme difficile et dangereuse: Mignonne. Elle est homogène, deuxièmement elle laisse éclater !a souplesse de l’auteur, et troisièmement prouve la naiveté de certaines gens. Mais il n’est que de citer certaines notes supposées explicatives:

Sur le titre de Mignonne: ‘Léon Bloy à intitulé: Léon Bloy devant les cochons;” nous avons

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intitulé: ‘“‘Mignonne, allons voir si la rose...”

Sur la licence de Mignonne: “Mignonne, jeune fille très bien ne s'amusant “qu'aux jeux permis par Edmond Léo, comme, ‘“‘par exemple, l’accouplement d’un singulier avec ‘un pluriel. parce que Louis Mercier le fait!”

On ne finirait pas d’épiloguer sur Mignonne bifaciès. Auprès d’un publi: qui admire les âneries des journaux illustrés, les cocasseries envahissantes des cinémas, cette fantaisie restera probablement incomprise. Elle contient pourtant matière à réflexions et de quoi nourrir les entretiens d’après-diner. Regardez-nous sourire. Les raffinés, certes, ne se feront pas faute de la discuter, de l’orner d’interprétations diverses, aussi nombreuses qu’il existe de têtes. Ma gravité vous mendie encore un sourire.

Une œuvre laisse jaillir des sens différents: nos passions, nos intérêts, nos espoirs, notre dégoût dictent fort souvent la compréhension d’un livre. Un idéaliste comme Marsile Ficin salue en Dante la beauté immatérielle: un Maurras, bâtisseur du siècle nouveau, transporte dans l'interprétation de la Divine Comédie son besoin de réalisme et de positivisme pratique. Cette fois, je suis grave et pédant.

À poursuivre de telles réflexions nous aurions l'air de négliger cette Mignonne, jeune fille si bien. Je parie que vous êtes inquiets de son équilibre. Eh bien, soyez à jamais édifiés.

“Sur l'équilibre de Mignonne:

“L'auteur de Mignonne n'est pas morphinomane, ni nymphomane, éthéromane, ni érotomane, succèssomane, ni quoi que ce soit— mane, à moins qu'être soi-même ( — self-mademan) (ipsomane, non dipsomane) — soit être un mane quelconque; car il peut bien rester quelque chose d’avoir produit un livre bizarre comme un début d’aliénation meniale,”” disait M. Lozeau, au sujet des Phases.

Nous ne parlerons pas de la Vote sérieuse, qui possède la valeur d’un manifeste et demanderait à être citée toute entière. La bibliographie est également très intéressante. Nous retenons au passage un des principaux auteurs recommandés: Sur le principe d’autorité:

Oeuvres complètes. Edmond Léo (pas in odio auctoris).”

Mais c’ess un plaidoyer personnel de M. Delahaye, auteur savant et obscur, cher à la légende.

Cessera-t-il de nous être impitoyable? Pitié! Qui ne voit qu'il dépasse les bornes de toute vengeance littéraire permise? Une barbarie inconsciente le poussera-t-elle jusqu'aux confins du supplice? De grâce qu'il ne continue :1: «ur ce ton: car il nous mène au point final, ee Muaï de point qui est bien le triomphe châtié 4 in.

Adieu, Mignonne, je renonce à +01. conniiti davantage. Mon sacrifice est “rond nie UT j'avais pour vous je ne sais quelle tendresse aires le et vous n'êtes qu'esprit: Mignonne, 0: êtes tabou!

Partir d’un point connu pour arriver à des buts différents, c'était tout le sport de Mignonne. Mais Les Phases recelait bien une autre vertu. Nous y demeurons attachés, puisque cela nous donne l’occasion d’insister sur l’un des aspects de ce poète. Après avoir relu ces petites pièces volontairement déconcertantes, quelqu'un me disait avoir l'impression de tomber dans une pharmacie de curieuses bouteilles minuscules, le musC compris. Il prisait une telle volonté de se traduire, et sous des tournures désinvoltes, une discipline retorse.

Ce qui mérite, à nos yeux, d’être retenu, c’est

le caractère de sensualité cérébrale qui s'avère dans la plupart de ces poésies. L'amour, le sanglot, les larmes, le doute, l'espoir y sont, pour ainsi dire, amenuisés. C’est de l’alchimie poétique, un résidu des sentiments les plus vifs qui peuvent troubler, égarer l’homme, — l’œuvre de chair sur laquelle l’esprit a soufflé. Le Moi psychique sort du creuset singulièrement épuré. De l'argile où s’enlisait l’homme de volupté ne monte plus maintenant que la figure sublimée de la passion, l'ombre des trop humaines tendresses; dans la bête, un ange s’est éveillé pour prendre son essor vers les régions de la pensée, maîtresse des défaillances et de la vie. Ce que j’aperçois encore au fond de cette poésie, c’est la beauté de l'orgueil, l’organisation des mots dans des moules étroits, l'esprit qui surveille le cœur, un troupeau de phrases qui gémissent sous le kn:ut impitoyable de la raison. (1) Ce que j’aperçois, c’est le jeu avoué et constant de la volonté qui s'exerce à la création. Je

(1) Ce poète se meurt, en effet, de géométrie, de raison, de diathèse et de médecine, Et il y a, heureusement, À côté de ses systèmes

dont il est un orgueilleux accablé, la vie avec ses anarchies inéluctables, et parfois délicieuses.

loue une si rare vertu. Si, comme je le crois, le bonheur est un mythe qui n’a d’existence réelle que dans l'imagination leurrée ou le sanglotant désir vers des formes fallacieuses, ou l’espérance d'échapper à l’uniformité triviale des jours, quelle sagesse il y a d’ordonner ses sensations, de les dresser en mosaïques, et pour tout dire de composer, vivant, sa propre statue. J’admire, mais je n'approuve pas; je comprends sans applaudir.

Je suis choqué de ce soin de transfigurer la bête, la très certaine bête. Si le chef-d'œuvre, comme je le crois, consiste aussi à demeurer debout, agonisant sous les flèches du désir, de l’amour et de la mort après avoir étreint sur une poitrine déchirée le brillant mirage des formes vaines, pourquoi cette coquetterie spirituelle d’une cariatide de l’homme sur le fronton des Empires de la mort ?

La mort vaste et sourde ne mérite pas qu’on lui dédie de si magnifiques présents.

Mais que de commérages, ma chère, quel pessimisme!

Aimer avec sa volonté et son intelligence, à la façon d’un légiste secouant des formules frigides entre deux baisers, de l’entomologiste qui guette

des petites bêtes, d’un chimiste qui adore ses cornues, ou aimer avec des yeux qu'aveugle le mirage sensuel, prisonnier du délire, courbé sous l'esclavage des possessions, peut-être que c’est, enfin de compte, avant le saut final, la même chose, en tout cas aboutir.

Aboutir, tout est là.

M. ROBERT LA ROQUE DE ROQUEBRUNE

M. ROBERT LA ROQUE DE ROQUEBRUNE

A propos de l’Invitation à la vie.

Il naît, au monde des lettres, en un tourbillon de mots qui veulent célébrer la vie. Et il se chante à travers elle, en de beaux accents lyriques que presse une âme débordante de sève, de fraîcheur et d'avenir. Rien, dans son ensemble, qui décèle l'inquiétude, les angoisses, la sombre face de la mort: ce sont des rythmes précipités qui battent en une poitrine ravie d’absorber le jour; c’est un chant continu où éclatent le désir et le bonheur; c’est un cri aigu de cerf en liberté.

La joie de vivre, de se mouvoir sous la caresse des rayons, les herbes frissonnantes, le ciel épanoui comme une immense supplieation à la félicité. le fleuve berceur, oiseaux, fleurs, caprices de la nature et de la femme, composent pour sa vision d'artiste des thèmes chovés, joyeux, précis et enflammés.

La possession de la joie déchaîne en lui un beau lyrisme: et c’est un homme ivre: et son ivresse lui fait nier la mort. Si elle se présente, il voile, avec ses deux mains, des yeux offensés * il lui crie qu’elle n’est pas, qu'elle ne doit pas être.

Il est ivre, ce Roquebrune!

Mais son ivresse n’est qu'un défi suranné à la puissance mortelle, © mort irréductible, violente et féroce, je te sens rire avec toute ta cruauté de happeuse immonde.

Il est ivre, ce Roquebrune!

Mais avec quelles délices! Dans le filet diapré des choses, la bouche en feu, si semblable à l’impudente grenade, il s’excite à chanter les éléments qui meurent, et pendant qu’il ouvre les bras sur cette trompeuse nature et la veut étreindre amoureusement, elle se dérobe, toujours narquoise, à son effusion.

Et il est toujours ivre!

Avec quel acharnement lyrique! Il la découvre partout, — la belle vivante, — il] l’invente, il la décrète. Il dit: Elle est.

Il s’abuse avec patience et ténuité. Insolent de négation, fermé aux évidences mortelles, ;]

vous la montrera parmi les arbres, vêtue de feuilles et de jeunesse: ou couchée, répandue sur des pétales de roses; ou féroce, subtile, le long des tiges d’assassines jacinthes; il vous l’imaginera enveloppée, fondue en un décor mouvant de symboles, d’enivrantes contradictions, dressée sur des jambes qui titubent, cependant qu’elle jette à cet animal absurde qu'est l’homme des baisers infinis.

Hélas! ce n’est qu’une image, un symbole

dévoyé, une parure de néant menacée par l'usure

d’un matin rapide, d’un soir furtif et carnassier.

Comme il est ivre, ce Roquebrune!

Le poison est là pourtant: et le rire, la flétrissure, les rides, les déchirements. Les serpents dorment au fond des bosquets en fête: ils vont se réveiller; l’épine va déchirer la fleur, les corolles commencent déjà à s’effeuiller une à une; la jacinthe, flétrie, détruite, ne sera bientôt plus qu’une essence vaniteuse rappelant un souvenir. Moins dominé par le néant que les autres témoins de la nature puisque de lui, à chaque printemps, s’élancent les résurrections, l’arbre n'offrira qu’un corps profané où la vie remettra bourgeons et feuilles éphémères. Et dans

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1 iomme, roi dérisoire de la création, plus mort que tout, Lui, saluez un spectre désolé qui a perdu son âme. .

Ce Roquebrune inconscient se révèle, à nos YEUX, comme le laquais ébloui de la mort.

Comment se peut-il refuser à la sentir qui berce la terre dans un sommeil qui s'éternise, et prend, chaque jour, de nouvelles victimes ? Aveugle magicien, certains soirs que l’ardeur de vivre nous fait plus pâles et plus fièvreux, ne l’avezvous pas aperçue dans un miroir, pressante de signes qui caressent ?

A elle, l’omnipotence, l’'ubiquité.

Et les plus chères morsures imprimées aux êtres et aux choses n’ont-elles pas un goût de mort triomphante ? Abaissez donc votre orgueil devant cette vraie vivante.

Ce n’est pas seulement le crépuscule, mais la mort des dieux, de tous les dieux. Ils ne boivent plus, désormais, de leurs regards jadis altérés les divines lumières des heures. La Mort, glorifiée par la loi et des religions faussées, guette et dévore ces escouades viriles d'hommes neufs qui marchaient hier à la conquête de la vie.

Et la terre, éprise de meurtres, roule toute une mer de têtes condamnées.

Les Dieux sont morts, et avec eux, toute la jeunesse qui dansait sur les rives de ythère. Mais un soupir s’est exhalé de cette nuit qui règne sur l'univers: c’est l’âme du dernier des dieux qui revient gémir: Frédéric Nietzsche se plaint, car la vie se meurt, la vie est morte.

M. RENÉ CHOPIN

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M. RENÉ CHOPIN

Le Cœur en Exil veut être un hommage à la France. M. René Chopin se reconnaît de la :

patrie de l'intelligence en vertu de cet impérialisme spirituel qui crée toute une famille française sur les points extrêmes de l’univers civilisé. Hommage filial où il entre de la pudeur et de l'admiration! Il n’ignore pas que la lumière viendra de Paris, de cette capitale de la beauté qui recèle la féconde expérience des plus beaux siècles poétiques. Si, en effet, on doit se défier des jugements qui nous en arrivent et qui sont commandés souvent par des intérêts de parti, l’opportunisme ou une conception étroite de l’art, quelle qu’elle soit, il n’est que de s’ouvrir les yeux pour reconnaître la variété des formes qui traduisent le beau. Le grand art demeure étranger à des classements arbitraires, aux normes inventées par des sophistes. Il ne doit pas, non

plus, se convertir en instrument quelconque de règne politique sur les masses moutonnières.

En dehors, disons mieux, au-dessus des écoles, règne l'indépendance de l'esprit créateur qui fait butin de tout ce qui est grand, noble et vrai. Il présente autre chose qu’une bouche affamée, des instincts de domination éphémère et qui se croit éternelle parce qu’elle s’efforce, au nom usurpé de la beauté pure, de se mirer au divin miroir et ne réussit, grâce à son ctroitesse, qu’à produire des unités ressemblantes, sans physionomie et sans vigueur propre.

M. René Chopin échappe au reproche possible d'imitation lourde, épaisse, sans élan. Il a ses maîtres, ses poètes préférés, qui l’initièrent aux procédés poétiques. Mais les signes, visibles chez lui, par quoi se reconnaissent les poètes originaux s'imposent à notre louange. Ce poète actuel, teinté de modernisme littéraire, apparaît à son heure, au moment où des espérances se lèvent après les tentatives laborieuses de nos romantiques et de ceux qui les suivirent immédiatement. Il les continue dans l'harmonie et ses mouvements lyriques donnent à son visage une vie qui nous est nouvelle. Ce n’est pas ainsi que

l’on avait entendu le lyrisme chez nous; il était aussi débordant, mais de qualité moins savoureuse.

Le Cœur en Éril! Qui le voudrait croire, tant ce cœur riche de vie, de pensées et de sentiments à transformé en matière précieuse ce qui tombait sous lui. Et parce qu'il s’est élevé audessus de la foule et qu’il s’est refugié dans une Béthanie de rêves, il a mérité de voir éclore en floraisons abondantes les dons qu'il portait en germe.

Dans un liminaire éloquent, le poète Chopin nous apitoie sur la fortune physique et morale de l'artiste canadien, qu’il compare à un arbuste battu par les vents contraires, et 1il lui trace, dans le quatrain qui termine le préambule, comme une ligne de conduite:

Ignore cette mer démente qui s’effare, Ruée à ses labeurs…

Précieuse parole! Un poète, s’il veut être complet, doit se créer une forte vie intérieure;

c'est l'unique moyen d'échapper à la banalité que les plus grands poètes populaires n’évitent Pas toujours. Quelque chose de la grossièreté des foules est passé en eux et il l’expriment dans leurs vers. On comprendra que nous exceptons ces demi-dieux barbares dont la puissance créatrice est une des faces du génie. M. Chopin ne sera jamais le poète des foules. I] ne le veut pas, ii a d’autres ambitions, des mobiles plus raffinés. Il désire penser lui-même au lieu de refléter la pensée de son temps et des hommes qui vivent autour de lui. Il s ‘perçoit qu'une civilisation plongée comme la nôtre dans la matière, où les travailleurs intellectuels font figures d’ilotes, n’a rien d’inspirateur: c’est là matière à histoir:s, à romans réalistes ou sensationnels feuilletons. Ii a fui ce marécage pour escalader les cimes reconnues. Il v respire une atmosphère d'élection et , avec le tonnerre, la lumière et les astres, les voleurs de rêve ne le viendront pas chercher. Au besoin, il les pourra narguer et, à coup sûr, les vouer au mépris. Qu'il soit isolé! Peu importe : il prendra ‘racine au rocher orgueilleux et robuste de l’idéalité.”” Il ne travaille pas pour les richesses d'un jour, celles qu! pourrissent: il a placé

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son rêve dans l’éteruité, au-dessus des intérêts politiques et de tous les intérêts. C’est un pur artiste ayant la religion de la beauté. Sous le filigrane du liminaire, il nous a dévoilé son évangile, livré les tables de sa Loi, de sa régie intérieure, de son individualisme. Qu'ii en soit loué!

Jamais, nous n'avons eu davantage besoin d’hommes et de poètes qui sachent s’extraire de la vie journalière, descendre en eux-mêmes, che;cher au milieu de la contemplation de l’histoire, de la poésie et des mots, à découvrir la fuyante chimère... Îl y aura toujours assez de ces politiciens et de ces hommes d’action dont nous sommes affolés et abêtis. Et n'est-ce pas une espèce de miracle que, dans une société comme la nôtre, où dominent les ventres dorés, les sonneurs d’écus, les adorateurs servils et odieux de toute bêtise régnante, il se soit rencontré des hommes assez fiers et assez libres pour vivre de pensées et de sentiments, s'ériger une règle d’existence idéale? Attitude farouche, certes, mais qui, en raison de son âpreté, dégage de la noblesse.

Si le poète du Cœur en Exil ne se jette pas dans le flot ordinaire des jours, s’il ne se laisse pas capter par les vicissitudes de l'heure, il cher-

chera, néanmoins, à atteindre l'expression d'art par les spectacles qu’il a sous les yeux. Il détachera des horizons canadiens quelques tableaux, des peintures. Mais il n’appuiera pas. Au contraire, il se gardera de discrétion comme lorsqu’un être digne parle des choses qu’il aime, Ah! il n’enfle pas la voix; nous le voyons soumis à une esthétique sévère et rien ne l’apparente à un

Fréchette ou à un Chapman; une crainte salutaire le préserve des rhétoriques fanées: bref, il n'a rien d’un pompier qui s’époumonne en s’efforçant à donner l'illusion d’être un poète épique. Des notations discrètes, des touches lumineuses certes, un amour des spectacles, des images, de la lune, de la grouillante fête terrestre, garrotée dans la fuite des passions et des jours.

M. René Chopin se place au cœur des choses et il en devient leur ami, leur interprète passionné quand il ne va pas jusqu’à leur demander de le deviner et de l’envelopper d’oubli. Il leur donne une physionomie, une voix parlante. Il prête une signification à la lune en la personnalisant pour ainsi dire:

Dans l’espace où tu vois, ample et tuméfiée, Yeux caverneux, fixant l'ombre pacifiée,

La bouche sans haleine, étrange en sa frayeur, La lune au masque clair qui pousse sa clameur.

Il s'amuse avec l’écho comme un enfant sur la colline. La lune l’inspire décidément. Iei, c’est un être étrange qui promène sa course sur l’horizon, ailleurs, c’est une amante qui refait son chemin avec des voiles en deuil. Et comme la nuit il est frappé de lui-même, du mystère effrayant des ombres, et quel Oreste victime des Furies innombrables! Le vide lui apparaît, le vide de nos hivers qui a quelque chose de splendide et qui fait naître la peur. Il frissonne dans sa chambre déserte: la terre lui semble dépouillée de symbolisme vivant: c’est le froid, la mort, la bise glacée. La nuit lui semble être un sépulcre ouvert où l’on irait, dormant le sommeil définitif, oublier l’horreur de vivre. La nuit lui tend des breuvages amers ou malsains et, comme il est tourmenté, fiévreux, il s’y abreuve. L’angoisse le désarme de sa sérénité et des visions étranges se déroulent

devant ses yeux:

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O mutisme effrayant d'un monde sans pensée, Traversé de tueurs au dur éclat d'acier!

L’astre mort des minuits reflète renversée,

La terre chaotique où brillent les glaciers.

Et quel artiste en frayeur que le vent, et auss quel ravageur! Et cela est vu; tous les dégâts sont racontés, et les émotions diverses qu'ils sus citent dans l’âme du poète. Ce peintre de |:

nature, capable de variété et d’ampleur, introdui au milieu de ses contemplations une sensibilité éveillée, curieuse, qui dévore tout. Qu'il chants la nuit, ce n’est pas pour elle-même seulement Il l’aperçoit, ‘‘vaste, lactée, aux changeante magies.” Mais il la ramène toujours à un per sonuage qui est lui ou un frère des mêmes chimè res ou de douleurs pareilles, — une amante selor son âme. Elle ne s’oubliera pas de sa pensée. Su: son décor reste fixée l’ombre, le masque de se tendresses. L'apaisement n’est pas descendi jusqu'à lui: il s’y montre frémissant ainsi qu’au premiers jours. ‘La chimère n’a pas vu soi âme assagie.” Il se pâme de jeunesse et d’amou et nous l’aimons ainsi, car il est vrai, sincère, n consentant pas à dérober, sous des voiles illu

aussi légâts S susde la roduit ibilité hante ment.

»>antes 1 perhimèselon ». Sur le ses cendu u’aux u son amour re, ne s illu-

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soires, les violentes passions dont il est ébranlé. Le poète sanglote de désir, la nature se compose une âme semblable à la sienne,

Les feuilles une à une, à peine remuées Frissonnent d’un long rire innombrabte et furtif, Et disent leur extase à l'été sensitif,

Où lourdes de sommeil, se taisent revirées.

Dans le soir montent des appels ardents. Il supplie l’amour de venir, il interpelle sa jeunesse il la veut conduire vers des fontaines de vie.

Ah viens, mon Intrépide! O mon Inassouvie!

Nous tuerons dans mon cœur le désir douloureux.

Il est plein de frissons et de cris; il est d’une humanité de toujours. Son mal lui arrive du passé, des extrémités de son être, de sa condition d'homme. Il pousse le cri de l'âme. On ne le voit pas se balancer aux pôles de l’univers dans un jeu puéril; la nature constitue un aliment à sa rêverie, elle monte dans son rêve pour l'agrandir, elle accompagne le gémissement d’un cœur altéré de lumière et d'ivresse. Et il boit la chaleur

éparse du soleil, le suc des fleurs, la rosée c aubes. Cet homme sent, éprouve; il n’est F seulement le dieu superbe qui sacrifie à son « price les couleurs, les soleils, les espaces, tout spectacle terrestre. Non, il fait crier la terre semblable à un cerf qui porte au flanc la javeli mortelle, il s’y précipite dans un nuage de pot pre, de sang, de volupté et de mort. Et qu beaux spasmes dont est secoué ce corps liv aux flammes! Cris simples aussi, vrais, jaillis ce cœur en exil, de tous les exils, de ceux qui no sont faits dans une nation, une époque, une x d'homme, — de tous ces exils que les autr hommes nous composent avec leur égoisme, le méchanceté profonde et leur bassesse innée, a quise, entretenue.

Le poète de la nature et de l’amour se comp tent. À vrai dire ils se mêlent. Ils ne seraient p l’un sans l’autre. Un troisième les suit, celui la satiété.

J'ai visité tous les refuges de l’idée, Où ma fièvre s'était tour à tour hasardée.

Ah! que je vous envie ces deux beaux vers dés busés, Chopin. Mais puisque vous me les av

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dédiés, je les considère comme un peu miens: ils sont lourds de sens, de mélancolie douloureuse et de satiété certaine. Et puis ce vagabond qui marche sans cesse, qui regarde et interroge le sphynx éternel, c’est l’homme, je l’ai reconnu, nous l’avons tous reconnu. C'est lui! Il écoute sur les froids plateaux les rumeurs qui montent de la terre; il cherche un espoir, une ambition terrestre ou divine; il recherche, peut-être, ses croyances perdues. Et il est angoissé, meurtri, d’être passé dans tous les sanctuaires où il appelait des dieux, des âmes sœurs de la sienne, où il s’efforçait à retenir les fantômes de sa jeunesse, le visage vide d’amitiés qu’il avait cru invincibles. Laissez ce vagabond pitoyable tendre l'oreille aux musiques qui s’exhalent de lui-même et de l’humus où git, dans un linceuil de feuilles mortes, le spectre de ses juvéniles espérances.

… De voir un poète à l’affût du drame de son moi, avide d’analyse psychologique, pourrait consoler des protestations qui s'élèvent, inspirées qu'elles sont par un chauvinisme condamnable. En certains milieux, on reproche à M. Chopin de ne pas se commettre à des inspirations vieillies.

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Sur des troncs bien morts, quelqu'un le voudrait voir s'amuser à des décorations de verdure neuve. On lui fait crime de désirer étreindre la beauté universelle, de rechercher les grands thèmes généraux, bref de tendre vers une expression plus large des sentiments qui constituent le fonds de la nature de l’homme. Grief puéril, mesquin, oiseux! En vérité, il n’y a pas de thème essentiellement bête: tout dépend de la manière de le traiter. Mais le Saint-lau-ent est détestable quand on y voit certaines gens réfléchir leur visage satisfait dans l’éclatant miroir.

Ces gens-là vident le mot patrie de toute essence noble: ils l’ont tellement fait servir à leurs intérêts ou à leur stupidité latente que la curiosité nous est venue de courir à d’autres mots, qui ne fussent pas l’apanage des faiseurs et des sots. Nous sommes fatigués de ces mots justes et aristidiens puisque ceux qui en usent cachent leur vanité sous le retentissement d’une rhétorique plate et surannée, du bruit stérile que produisent leur voix et leur cœur. Ces hommes ne vivent pas; ils végètent hébétés, hagards, sans originalité, sur le terreau du passé qu’ils déshonorent en le rendant ennuyeux. Ce sont des morts vivants

qui s’imaginent écouter la grande voix des défunts et qui serrent sur leurs poitrines creuses une gerbe de vanités méprisables. Nous qui voulons vivre, nous demandons que l'imagination ait ses droits, le sentiment, de la grandeur, la vie, ses moyens d’expression variés et humains. Nous bâtissons notre citadelle sur les rives du temps: que le ciel la vienne illuminer! Nous avons des fenêtres qui ne se font pas avares d’en recevoir les rayons et une âme vibrante au vieux chant de la douleur humaine. Ce n’est pas assez, nous admettons toutes les manières à condition qu’elles ne demeurent plus un repaire de vieilleries.

Jamais nous n’en resterons à Racine et nous ne craignons pas d'affirmer qu’un Verlaine est aussi nécessaire à la littérature française que l’auteur de Phèdre. Cependant, refaire Racine ou Verlaine serait de la démence. Ils nous ont laissé un exemple qu'il faut utiliser en nous cherchant un esprit qui soit nôtre. ‘Servez’, disent les bateleurs trop connus; ‘servez où vous allez périr”. Nous connaissons des recettes de morts infaillibles: la calomnie, l’indigence, la pauvreté, le silence, la folie. Nous sommes riches en ressour-

| ces et nous sommes sans aveux comme sans sCru-

pules. Le talent nous fatigue, nous répugne; il entrave nos heureuses digestions. Sans parler de ceux que nous avons empoisonnés à doses lentes et rendus stériles et parfaitement idiots comme nous-mêmes, voyez, à l’Asile Saint-Jean-de-Dieu, cette tête rasée de jeune homme où des yeux hagards cherchent une intelligence morte à jamais. Ce fou, c’est un peu notre œuvre. Craignez ce fou: nous vous menaçons d’un destin pareil.”

Oh! vous voulez que l’on serve, vous nous renvoyez à une tâche poétique de votre choix, où la liberté et l’élan nous seraient forcément mesurés. Vous voulez que l’on serve le présent! Mais il y a, d’après nous, trop de profiteurs dans le paysage: nous les voyons, nous les entendons, leur faisons grief de ne nous avoir pas préparé une atmosphère de littérature et d’art. Au lieu

du règne artistique qui eût aidé au triomphe de l'harmonie dans la plénitude des dons, que voyonsnous ? une véritable foire à charlatans de toute espèce et, entre grands seigneurs, les fourberies de Scapin renouvelées. Ils insultent à la beauté de vivre, ils se livrent à mille singeries, ils sont dévorés au flanc par l’égoïsme, cependant que sou: le pavillon de l'idéal ruisselle le sang des jeu: nesses immolées.

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Vous voulez que nous servions des intérêts actuels — et nous ne savons pas, par la faute d’un militarisme mondial où s’abîiment les patries, si nous sommes anglais ou français, ou d’une espèce plus particulière, — quand il y a, audessus d’une unité flottante et dérisoire comme celle de la nation canadienne, une vérité d'art universelle, des chants que toutes les races ont entendus non sans frémir et qui jaillissaient des tourments de l'esprit, de l'amour et la mort. Matière inépuisable et susceptible de revêtir autant de formes qu’il existe d’âmes, ct de sortir d'elles, pétrie de manière différente, (C'e disant, nous offrons une réponse à ceux qui nous reprochent le souci de la forme. Que le dilettantisme nous soit permis puisqu'il constitue, à nos yeux, l'éducation artistique. Mais nous croyons aussi à l'imagination créatrice qui peut se passer d’hier et, comme au matin du monde, ainsi qu’il arriva aux artistes primitifs, vivifier la montagne, jeter la flamme à travers les matières inertes, faire courir dans les veines de la terre un frisson neuf. Voilà pour les élus qui ne sont pas encore nés d’ailleurs. Qu'il se dresse sur les Laurentides, cet Homère attendu de tous! Nous le voulons.

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Mais que la sensibilité de notre époque surexcitée et qui s'ouvre aux choses de l'esprit fasse effort pour apercevoir la grande vérité éternelle et humaine, voilà de quoi regarder nos espoirs avec quelque confiance: comprendre le monde pour ensuite revenir aux vérités qui nous sont coutumières. Ce voyage littéraire au milieu des expériences terrestres permettra à l’œuvre canadienne de s’épargner la banalité ou le néant.

M. René Chopin s’élance sur les routes de la erre. Le permanent sous tous les cieux, il nous le cherche et, ce beau captif palpitant, il nous l’apporte dans <es bras fraternels. Sa valeur, c’est de s’arrache. de son temps et de voir, audessus des limites d’une nation, le tableau universel. Il y a des vérités morales, intellectuelles, qui sont d’hier et d’aujourd’hui: elles ne connaissent pas de climat, de milieu, de pays. L'âme et ses passions reste la même partout: ce qui la nourrit, l'élève ou l’abaisse, ce qui la rend identique à ce qu’elle était jadis, ses capacités d’adorer ou de haïr, sa volonté de puissance et ses fléchissements en présence du désir et des sortilèges voilà un domaine que veut connaître le poète de Montréal. Il tente de faire saillir les côtés subli-

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mes et bas qui en composent l'unité essentielle. Il palpe le cœur de l’homme: il voudra à un moment, mettre son oreille sur ses battements tandis que, plus loin, il écoutera les voix de l'amour, des tristesses automnales, la bataille inassouvie des instincts aveugles. Il voit en grand, il voit dans l’universel, dans l'infini. Les Paysages Polaires, Le Poème du Soleil, Les Arbres, autant de rencontres de l’homme avec les mystères hallucinants de la vie; autant d’échappées vers cette terre promise où s’abolissent les barrières, les géoles où gémit et angoisse la pensée esclave. Vivre un peu pour ce qui n'a pas d'intérêt immédiat, ne pas croire que toute la poésie est réduite dans un morceau de pain, façonné par des mains connues, mais se nourrir de toute nourriture terrestre! M. Chopin s’exalte à vivre: il nous découvre un esprit avide que ne peut rassassier le port de Montréal ou une terrasse de Québec. Louons-le de soupçonner, de savoir que là ne finit pas l’empire de la terre, et de cette diversité d’aspirations qui le range parmi les poètes compréhensifs et humains.

Je voudrais dire combien La Vitre en Flamme me paraît d’une distinction souveraine. Et j'ai

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la hantise des Petites Promeneuses, de ces gestes souples, menus et caressants, et, Ces CŒUTS d’argile, je les vois battre, se soulever de désir. La science du beau s’y retrouve avec un déroulement léger de choses frêles, aimables et graciles. Les images sereines, douces, se déploient avec une grâce exquise. Un artiste nous est né qui fait sourdre dans une pièce toutes les sources de la poésie à la fois! Une ombre à peine. J’ai bien envie d'écrire que ce morceau plein de délices, fleuri d'émotions naïves, de volupté mystique est un petit chef-d'œuvre. Je me penche et je bois à cette onde fraîche et je me dis que c’est, chez nous, une des choses les plus belles, les plus neuves dans sa simplicité ardente et mesurée.

Des vers admirables me demeurent attachés à la mémoire; je ne peux tous les choisir: ils sont trop. Que je m'arrête au Poème du Soleil.

Il y a dans ce thème une ampleur qui touche à la grande éloquence, une rickesse de mots, de rimes sans recherche minutieuse ou pédante, un souci d’englober la nature dans des strophes et de la fixer par ce qu’elle a de plus poétique et de plus brillant. Puis, une réhabilitation de l’adverbe, qui, bien placé, produit un effet curieux, quelques

tours archaïques délectables. Dans Dementia

r- Solis, abandonnant un rythme qui deviendrait A trop uniforme, des vers brisés qui se cassent avec e- la plus dextre des fantaisies, une construction de 28, phrases qui relève de l’art le plus certain, un ec amusement d'artiste qui, possédant la faculté de qui sentir, épouse le rêve terrestre, jouit des arabesde ques du soleil et des fêtes de la vie. (1) | F . Q A en 1 Ici, une notation neuve, qu’il faut arrêter dans es, nos souvenirs:

est É ois | L'air tremble, tourmenté de fines étincelles 1ez | Qui font un rideau bleu de petits ronds dansants. ves :

À ù è , : Ê | Bref, un morceau lyrique qui, lorsqu'on le lit à hés { haute voix, semble une pièce musicale dont ont — — (1) On a écrit | pi M. Chopin adorait le soleil. C'est une plai- : | santerie comique. poète du Coeur en Eril fait de la littérature, de e à la poésie, Il n’exprime pas d'idée religieuse quand il célèbre le soleil, | il s’abandonne à un lvrisme permis qui nous vaut de ma ifiques accents. de | Ses mouvements d'enthousiasme montent vers la umière. Et ici le mot “divin” constitue un terme poétique, dépouillé de toute signiun | fication théologique. M. Chopin emploie donc le mot “divin” À bon . escient. Véritable poète, il sait se faire l’âme à la poésie, préparer ; de | son atmosphère et user d'expressions formelles qui recouvrent une plus grande intensité. Les poètes du XIXe siècle et les modernes plus | ont fait usage de cette épithète dans le sens que lui donne M. Chopin, | et il n’est pas bien sûr que ceux du dix-septième ne l’aient pas emrbe, { ployée tout de même. C’est un mot consacré en poésie et qui neuf : fois sur dix ne revêt pas le sens qu’on a voulu lui trouver dans les ques ! poèmes de M. Chopin. O querelle béotienne!

chaque mot aurait, en même temps qu’un sens précis, une valeur harmonique. Il y a là comme un résidu des quatre grandes traditions poétiques, toutes quatre distinctes, quoique fondues, et dont les somptuosités se déroulent en un bel équilibre. Un racinien ne s’exprimerait pas tout à fait de cette façon-là. Il aurait peur de ses mots, de son geste et de la phrase qui l'accompagne. Il s’envelopperait de rigide pudeur et d’abstraction. Le romantique exhalerait son cri avec exubérance; il s’éparpillerait dans la diffusion et dans un beau désordre que nous sommes loin de mépriser. Un parnassien n’apparaîtrait qu’exclusivement occupé de la rime pour la rime avec affectation d’impersonnalité. Il lancerait ses verbes dans un miroir et les contemplerait de loin avec des airs qu’ sait distingués. Et ces mots, comme il les choquerait ensemble, grisé de luimême et souvent du vide de son âme qu'il fait passer au travers! Sur l'écran des choses, le symboliste, lui, fixerait ses symboles, les nuances passionnées de sa religion du mystère, des obscurités savantes au sein d’une nature choisie et sublimée. Or, M. René Chopin, qui est de son

temps, utilise les richesses léguées par ces quatre gra: des traditions poétiques.

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Les termes abstraits se rencontrent, des constructions archaïsantes et des vocables qui recouvrent de la ‘‘substantificque moelle”: des adverbes au sein d’une inspiration moderne, Et du lyrisme, quelquefois exalté; des notations de couleurs, de décor; les mille et une vies devinées, pressenties par un cerveau que n’ont pas embrumé les systèmes, un cerveau qui n’est pas stylisé de même qu’une feuille d’acanthe, et qui accueille le flot multiforme des sensations.

…lJ’ai terminé mon voyage à travers mes souvenirs de jeunesse. Arrêtant au passage des figures qui me furent chères, j'ai tenté d’en fixer ici quelques traits, de modeler leur effigie dans une argile imparfaite. Je sais ma besogne mal accomplie. Mais, peut-être, que mes amis et moi nous n’avons pas travaillé en vain, et que certains soirs de communion avec l’âme des rêveurs et des poètes ont préludé à un labeur fervent où nous essayions, avec des chants et des rires, l’ébauche de nos rêves et l’aveu de quelques regrets. Le goût des mots, la passion des formes harmonieuses, la libre course des idées, voilà notre aventure. Elle peut souffrir la critique, elle la souhaite même parce que chaque chose

pour renaître, durer ou s'épanouir, doit êtr remise en question. L'avenir est dans la recher che, l'examen, les tentatives audacicuses, la néga tion d’hier. Et puis les fleurs ne s’élancent qu des terreaux remués; de chaque effort consenti € vécu on peut prévoir d’autres initiatives, d pleines moissons.

Sur le rivage déjà se presse une autre généra tion, neuve devant la vie, l'espoir, le rêve. Qu'’ell y tressaille de toute sa chair et de tout son espri afin de nous apporter dans ses bras quelque div nité inconnue.

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