D AVOIR MOINS DE PRETRES QU AUJOURD'HUI
prêtre conférencier et répétait à satiété: « Tous les les curés, c'est des voleurs et des àffameurs du peuple... — Je suis un Curé, moi aussi, dit l'abbé qui était à la tribune. — Oui. — Qu'est-ce que je vous ai volé? » — Silence. — « Maintenant nommez-moi personnellement un Curé qui vous ait volé?» — Silence encore. — Et le prêlre de reprendre : « Tenez, mon cher ami, vous me faites pitié. On s'est moqué de vous. On vous a dit : Le travail ne va pas... c'est le Curé. — Le pain devient cher... c'est le Curé. — 11 pleut... c'est le curé. — Il ne pleut pas... c'est le curé... Encore le Curé el toujours le Curé. — On vous a dit cela, et vous avez fini par le croire. Mais réfléchissez un peu, écoutez votre bon sens, et après examen vous arriverez vite à crier tout haut : « Mon Dieu, ai-je été assez bete ! » Hélas! beaucoup ne réfléchissent pas, ne veulent pas réfléchir et leurs soupçons, leurs exigences à l'endroit du clergé sont d'une malice ou d'une insanité invraisemblable. Quand jadis le sacerdoce apparaissait dans un rayonnement de beauté divine et de gloire humaine, nombreuses étaient les à nies qui le voulaient embrasser. Mais, aux yeux de l'opinion publique moderne, qu'esl devenu le sacerdoce, sinon une profession peu séduisante ? Dans la couronne du clergé, il y a plus d'épines <|ii.' de roses... l'épine de la pauvreté, l'épine de
la solitude, l'épine de la défiance et du soupçon, l'épine de l'ingratitude, et souvent l'épine de la persécution. Aucun sacerdoce n'a été persécuté. L'Indien, l'Egyptien, le Grec, le Romain n\a pas méprisé ses prêtres. Le protestant respecte ses ministres. Il n'y a que le clergé catholique qui ameute contre lui les cris sauvages des passions perverses. Et que n'a-t-on pas fait depuis cent ans pour le chasser des camps, des hôpitaux, de l'école, du berceau des enfants, de la chaumière des pauvres et de la couche des malades, pour le reléguer dans son église vidée et dans son presbytère isolé? Contemplez en particulier le Curé de campagne. Quel homme utile et bienfaisant ! Il n'a l'air de rien et il sauve tout. Voyez-le aux pieds de son crucifix où il fait oraison, à l'autel où il célèbre, dans les sentiers de la paroisse où il récite son bréviaire. Il sauve la gloire de Dieu, qui est souvent blasphémé, presque toujours oublié dans ce pauvre village. Voyez-le visitant son troupeau avec un mot de consolation pour les affligés, de tendre reproche pour les pécheurs, de paix et de concorde pour ceux que divisent le ressentiment et la haine, relevant le courage des uns et guérissant les blessures des autres, bénissant le berceau de l'enfanl qui vient de naître, le foyer de la famille qui se prépare, la tombe du vieillard arrivé au terme de ses
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jours. Il sauve les âmes qui sans lui resteraient ensevelies dans le matérialisme le plus profond. Voyez-le debout au milieu de son peuple. 11 représente Dieu, Jésus-Christ et l'Église. Il tient dans ses mains le Symbole, le Décalogue, la Croix, l'Eucharistie, les clefs du ciel. Il sauve l'Evangile et il empêche l'oubli et les passions de prescrire contre la vérité etla loi divine. Toutes les charges, toutes les dignités, toules les renommées, si hautes soientelles, palissent à coté de la simplicité et de la grandeur «Tune telle fonction. 11 y a des ministères plus brillants, il n'y en a pas de plus féconds. Les vrais lutteurs, les vrais héros, ils sont là dans nos en m pagnes, dans ces postes ignorés et sans gloire, seuls vis-à-vis d'un monde matérialiste et indifférent, seuls à croire, à espérer et à aimer, semblables au témoin crucifié de la vérité méconnue, qui vit Lui aussi son ministère méprisé, qui étendit ses bras vers un peuple rebelle, qui pleura sur Jérusalem, et dont les yeux mourants ne contemplèrent qu'une foule qui le maudissait. Contemplez le Curé de campagne. Quel homme utile et bienfaisant... et en même temps quel homme crucifié et abandonné! 11 est pauvre. Tel journaliste en vogue gagne cent mille francs par an en faisanl manger du piètre à ses nombreux lecteurs, et vil au milieu de tous les raffinements du luxe en dé-
blatérant contre les prétendus envahissements du clergé. Ce n'est pas une des moindres étrangetés de notre temps que de voir des publicistes grassement payés défendre en phrases ronflantes et indignées la cause du peuple contre de pauvres prêtres qui ne joignent pas les deux bouts. Car il en est ainsi. Le clergé des campagnes est pauvre, très pauvre. S'il y a quelques prêtres qui s'enrichissent dans l'exercice du ministère pastoral, ce sont des tours de force si prodigieux et des monstruosités si rares qu'il n'y a pas à en tenir compte. Le Curé de campagne n'a pas le prestige de la richesse, ni le prestige des honneurs. Il est isolé. Il poursuit péniblement son ministère au milieu d'une population indifférente ou hostile, priant sans réponse et prêchant sans succès, rassemblant autour de lui quelques enfants de paysans qui le comprennent à peine, et sentant que tous les élans de son cœur vont se briser contre une glaciale insouciance, contre une stupide et morne opposition. Muré en quelque sorte dans son presbytère dont la misérable jouissance ne lui est pas même assurée, il entend monter jusqu'à lui les cris de ceux qu'il appelle ses entants el qui se déclarent ses ennemis : filios enutrivi, ipsi autrui sprevenint me! Notre monde contemporain fait au clergé une situation amoindrie, ingrate et difli-