EST MENACÉE D'AVOIR ENCORE MOINS
DE PRETRES QU'AUJOURDHUf
L'Eglise de France a trouvé hier des prêtres. Elle n'en a pas assez aujourd'hui. En aura-t-elle demain? On peut craindre qu'elle en ait demain encore moins qu'aujourd'hui. Envisageons virilement cette éventualité inquiétante. Il importe de voir le mal tel qu'il est, avant d'en chercher le remède.
Nous disons que l'Eglise de France est menacée d'avoir de moins en moins de prêtres à mettre au service des populations; pourquoi? Est-ce que Dieu peut refuser des prêtres à son Eglise? Non. 11 lui en donne toujours dans une proportion suffisante. Disons mieux. Dieu est magnifique dans ses dons. 11 a semé à profusion les astres dans le ciel et les Heurs sur la terre; donc aussi, dans l'ordre surnaturel, il multiplie ses dons, et particulièrement celui qui est le plus auguste et le plus nécessaire : les vocations sacerdotales. 11 les fait germer dans t<>u^ les siècles, chez toutes les races, au soin de toutes les
L EGLISE EST MENACEE 1) AVOIR MOINS DE PRÊTRES 1 t7
conditions sociales. Il ne dit point aux riches el aux nobles : « Je ne veux que des pauvres »; — aux pauvres : « Je ne veux que des riches » ; — aux lettrés : « Vous êtes pleins d'orgueil » ; — aux ignorants : « Vous êtes sans lettres, je vous exclus à jamais. » Non. Pour faire des prêtres, il s'adresse à tous et dit : « Qui sent en soi le dévouement? Qui veut aimer et servir les âmes? Qui veut combattre les ennemis visibles et invisibles des âmes? Qui veut vivre et mourir pour Dieu et pour les âmes? » La France, plus quêtons les autres peuples, a entendu cet appel. Elle esl par excellence une terre sacerdotale et une terre militaire. Elle a toujours été féconde en soldats et en prêtres. Et pas plus aujourd'hui que dans le passé, les germes divins du sacerdoce ne peuvent lui manquer. Les vocations sacerdotales abondent sur notre sol. Ils sont là cachés dans la foule, les enfants de bénédiction, les élus de Dieu, les prédestinés au sacerdoce, qui seront un jour l'ornement de la maison du Seigneur et l'instrument du salut pour un grand nombre d'âmes, si toutefois la vocation divine n'est pas étouffée dans ces futurs lévites, dans ces rédempteurs de l'avenir. Hélas! par la faute di^ hommes cl des circonstances, que de vocations en germe vont être malheureusement combattues,- compromises, condamne.-
à ne pas aboutir. Nous entrons dans une période très peu favorable au recrutement du clergé, et Ton peut dès aujourd'hui se demander si l'Eglise de France trouvera demain les prêtres dont elle aura besoin.
Le premier obstacle à l'éclosion et au succès des vocations ecclésiastiques se trouvera dans le pouvoir civil, dans les lois nouvelles qui vont soumettre les élèves du sanctuaire à des conditions très dures et très dangereuses. Déjà l'ancienne législation militaire imposait aux futurs prêtres un séjour d'une année entière à la caserne. Ne pouvant tarir la source des vocations ecclésiastiques, la franc-maçonnerie essayait d'en corrompre les eaux. On se disait tout bas qu'en imposant aux jeunes clercs le service militaire obligatoire, on finirait par décourager l'Eglise de France et par lui enlever une bonne partie de ses recrues. Mais les plans de l'ennemi furent a peu près déjoués. Malgré une année de séjour à la caserne, les vocations sacerdotales n'ont pas été altérée-. elles ont été aussi nombreuses et aussi franches que par le passé, et nos séminaristes sont généralement revenus du service militaire avec une vertu inentamée, avec une âme solidement trempée, avec des résolutions affermies. Un tel résultat n'était pas fait pour contenter la franc-
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maçonnerie. <m s'est remis à l'œuvre, et, comme la première loi militaire n'avait infligé à l'Église
que des blessures insignifiantes et vite guéries, on en forgea une seconde beaucoup plus dangereuse. Désormais les futurs prêtres devront séjourner pendant deux années à la caserne, et, au lieu d'être spécialisés dans le service des infirmeries militaires, ils seront assimilés à tous les autres soldais et versés dans les différents services de l'armée combattante. Il est évident qu'un bon nombre de vocations ecclésiastiques ne pourront pas résister aux inconvénients d'un tel régime, qu'elles en seront mortellement atteintes.
Et cependant les lois qui en veulent au sacerdoce, si mauvaises et perfides qu'elles soient, no sont pas encore ce qu'il y a pour lui le plus à redouter. Un autre obstacle va se dresser et se dresse des maintenant devant les vocations, c'est l'esprit public hostile au clergé, c'est la situation précaire faite au prêtre dans notre société déchristianisée. Comment les vocations sacerdotales pourront-elles germer au milieu d'un monde qui, en déconsidérant le sacerdoce, en le suspectant, en le persécutant, s'efforce de l'anéantir et d'en tarir le recrutement? Pour être prêtre, aditM8' Dupanloup, il faut êtrené grand ou le devenir. Le mot a toujours élé vrai, mais il va l'être davantage, puisque désormais le
prêtre devra être assez grand pour dominer le soupçon, la persécution et l'abandon que le monde réserve à sa personne et à son ministère. Les exigences de beaucoup d'hommes à l'égard du clergé sont véritablement extraordinaires. Qu'il nous suffise d'en donner quelques exemples. Un prêtre est en gare et un portefaix s'offre pour lui porter sa valise. Refus du prêtre. « Ça ne peut pas même faire gagner dix sous au pauvre peuple», dit le portefaix. A cette réflexion, le prêtre cède, donne sa valise et naturellement reste les mains vides. « Fainéant, dit un ouvrier en le voyant passer, il ne pourrait donc pas porter son sac lui-même. » Si nous ne sortons pas de nos églises, de nos presbytères et de nos sacristies, on nous accuse de paresse, de fierté, d'esprit bourgeois, de dédain pour ceux qui peinent... et si nous allons vers tous, si nous nous exténuons à chercher les misères et à les soulager, si nous nous mêlons à nos concitoyens pour leur faire du bien, à la jeunesse pour la préserver du vice, a la classe ouvrière pour y faire régner les œuvres de la justice et de la charité, on crie à l'envahissement, à l'ambition, à l'ingérence cléricale. Ou est exigeant pour le clergé jusqu'à la sottise, jusqu'à la malveillance, jusqu'à l'injustice la plus criante. Un jour, dans une réunion publique, un libre-penseur interrompait à chaque instant un