LES MISSIONNAIRES ET LES MISSIONS CATHOLIQUES
d'oublier les missionnaires et les religieuses qui vont porter à l'étranger la civilisation chrétienne et le prestige du nom français, nous aurions tort de nous oublier nous-mêmes et de négliger les faveurs spirituelles, les nombreuses indulgences promises aux associés de la Propagation de la Foi, de la Sainte Enfance et des Écoles d'Orient. Il est vrai que l'Eglise de France a payé de la perte de tous ses biens son obéissance héroïque aux décisions de l'Eglise romaine et que désormais elle ne vit plus que de l'aumône quotidienne et précaire de ses enfants. Qu'importe? Elle saura trouver dans son dénûment l'obole qui, en soutenant la foi à l'étranger, nous la rendra à l'intérieur. En travaillant pour Dieu, nous mériterons que Dieu travaille pour nous. Notre restauration religieuse sera la récompense de notre inlassable et héroïque charité.
Le zèle va jusqu'au bout du monde et voudrait partout glorifier Dieu et sauver les âmes. Il est universel comme l'Eglise catholique. Mais, en se portant au loin, il n'oublie pas les besoins qui crient misère dans son voisinage. Parce que nous sommes catholiques, nous devons nous préoccuper des intérêts du catholicisme dans le monde. Mais, parce que nous sommes Français, nous devons nous préoccuper des intérêts religieux de notre pays. Il nous serait impossible de donner la nomenclature exacte de toutes les œuvres de zèle qui ont pour but de sauvegarder et de développer la foi chrétienne dans notre patrie ; nous nous proposons seulement de signaler les plus importantes à l'attention du clergé et des catholiques.
1. Nous plaçons au premier plan les Instituts catholiques qui sont en France au nombre de cinq : l'institul catholique de Paris, 1rs Facultés catholiques de Lille, les Facultés libres de Lyon, les
Facultés catholiques de l'Ouest et l'Institut catholique de Toulouse. Toutes ces institutions reposent sur la loi du 12 juillet 1875, par laquelle l'Assemblée nationale a accordé la liberté de l'Enseignement supérieur. Etablies à Paris, à Lille, à Lyon, à Angers et à Toulouse, elles sont destinées à desservir toutes les provinces de l'Église de France. L'importance majeure de nos Instituts catholiques se révèle dans la lettre que Sa Sainteté Pie X écrivait, le 6 mai 1907 aux évêques protecteurs de l'Institut catholique de Paris : « Nous comprenons bien, leur dit-il, en quelle situation difficile vous a jetés la Séparation entre l'Etat et l'Eglise, si injustement accomplie chez vous... Mais nous ne voudrions pas que la recherche d'économies pour l'entretien du culte se fit en quoi que ce soit au détriment de l'Institut catholique. Car il ne faut pas le mettre au rang des choses que Fou peut sacrifier, mais de celles, au contraire, que l'on doit conserver à tout prix. Il est facile de voir qu'en ces circonstances si malheureuses pour la France, ce qui, par-dessus tout, est en grand péril, c'est la jeunesse. Soustraite en grande partie à la sollicitude et à la tutelle de l'Eglise, elle est poussée en masse dans ces collèges publics et grands lycées, que l'on dirait faits tout exprès pour déraciner dans les Ames les sentiments religieux. Eh
bien! si nous ne pouvons remédier complètement à un pareil mal, du moins tout ce qui nous reste, à l'usage de nos jeunes gens, d'établissements d'instruction catholiques, nous devons faire tous nos efforts pour le conserver dans son intégrité... Vous veillerez donc à ce que l'Institut, pourvu de tous les enseignements nécessaires, soit encore florissant par le nombre de ses élèves... » Et joignant l'acte à la parole, soulignant sa pensée d'un geste magnifique, quelques jours après cet le lettre, Pie X faisait un don de cent mille francs à l'Institut catholique de Paris. Après cela nous serions inexcusables de ne pas comprendre la part prépondérante qui revient à nos Instituts catholiques dans la réorganisation de l'Eglise de France. En face de l'athéisme grandissant et devenu ofiiciel, ils sont le refuge des doctrines spiritualistes et chrétiennes. Ils nous préparent des théologiens éminents, des professeurs pour nos écoles secondaires libres, des savants qui honorent la religion et qui vengent nos croyances des attaques violentes de l'impiété, des médecins qui soignent les corps sans tuer les âmes, des jurisconsultes capables de soutenir le bon droit opprimé par l'injustice. Ils sont aussi essentiels, si ce n'esl plus, .1 l'avenir de la religion parmi nous que L'entretien du culte, des œuvres de charité et des écoles pri-
maires. Sacrifier le haut enseignement, destiné à former une élite, aux exigences immédiates et à la pompe du culte, serait s'exposer à perdre bientôt le culte lui-même avec l'enseignement de la doctrine. Que servirait, en effet, un culte extérieur dans une société où seraient éteintes les doctrines spiritualistes, qui sont les assises nécessaires des croyances surnaturelles?
Qu'il nous suffise de citer ici quelques chiffres qui en diront plus que toutes les paroles. Aux examens de juillet 1907 devant la Faculté de Paris, un seul diocèse a fait recevoir onze candidats à la licence et a obtenu dix-sept diplômes ou certificats et quatorze mentions, et trois de ces onze candidats se sont classés premiers de leur série. Depuis sa fondation en 1875, l'Institut catholique de Paris a fait recevoir en droit onze cent quatrevingt-douze licenciés et cent quatre-vingt-douze docteurs, dans les lettres neuf cent trois licenciés, trente-six agrégés et trente-deux docteurs, dans les sciences cent soixante dix-sept licenciés et dix docteurs.
Que l'on veuille bien mesurer l'étendue des services que nos Universités libres rendent à la société et à l'Eglise, et l'on comprendra qu'elles sont au premier chef des œuvres de zèle et que les plus grands sacrifices s'imposent pour maintenir
(huis leur intégralité des institutions aussi essentielles et pour leur assurer une prospérité grandissante.
II. L'évangélisation de la France doit commencer par les sommets. Elle doit se poursuivre dans les détails et atteindre jusqu'aux plus humbles vallées. Nous allons énumérer un certain nombre d'œuvres de zèle qui ont ou qui doivent avoir leurs ramifications dans toutes les paroisses.
1° Vœuvre de Saint François de Sales pour la défense et la conservation de la Foi dans notre pays. File est née en 1857 d'un vœu exprimé par Pie IX. Elle a pour but d'aider le clergé à conserver la Foi, à la défendre et à ranimer la vie chrétienne dans les âmes et dans les paroisses. Elle est à l'intérieur ce qu'est pour l'étranger L'œuvre de la Propagation de la Foi. Ses moyens d'action sont compris sous les deux chefs suivants : 1° fondation et entretien des écoles libres et des œuvres de persévérance de la jeunesse ; 2fl bibliothèques paroissiales, dilfusion des bons livres et des objets de piété à l'usage des fidèles. L'œuvre, placée sous le haut patronage d'un cardinal protecteur, est administrée à Paris par un Conseil central composé d'ecclé>iasliques et de laïques. Dons chaque paroisse, le représentant
de l'œuvre est le curé ou un autre ecclésiastique. Il cherche des associés et les groupe en une ou plusieurs dizaines, et dans chaque dizaine il désigne un chef qui prend le titre de zélateur ou de zélatrice. Les zélateurs, réunis par le curé, constituent le Comité paroissial. Dans chaque diocèse, un correspondant ou directeur diocésain, désigné par rÉvêque, relie les Comités paroissiaux au Conseil central. L'œuvre de Saint François de Sales a été enrichie des plus précieuses indulgences par les Souverains Pontifes Pie IX, Léon XIII el Pie X. Elle alloue chaque année au clergé paroissial des secours dépassant un million de francs. C'est assez dire qu'elle fait en France un bien considérable et qu'elle peut et doit compter sur la bienveillance et le concours du clergé et des catholiques. Elle n'accorde d'ailleurs ses faveurs qu'aux paroisses où elle est établie, où elle compte au moins une dizaine ou deux dizaines d'associés, de sorte que son établissement est pour toutes les paroisses une question de zèle, et en môme temps une question d'intérêt paroissial bien entendu.
2° L'œuvre des Campagnes a été fondée en 1854, approuvée par le Saint-Siège apostolique, érigée en Archiconfrérie par Bref pontifical en avril L892.
Elle a son siège central à Paris, 2, rue de la Planche. Elle a pour objet de venir en aide, par tous les moyens possibles, à MM. les Curés des provinces rurales françaises, soit pour leurs études, soit pour l'accomplissement de leur ministère et de leur apostolat. Gomme l'œuvre de Saint François de Sales, elle a un Conseil central à Paris et des Conseils diocésains. Les zélateurs et zélatrices de l'œuvre versent une cotisation annuelle de douze francs. Les associés versent annuellement une somme qui peut être inférieure à douze francs. L'œuvre des Campagnes donne seulement et exclusivement des secours pour tout ce qui regarde et intéresse directement l'apostolat de MM. les Curés, comme les missions, les écoles, les patronages, les bibliothèques, les associations de piété et de charité. — Elle a créé une bibliothèque paroissiale circulante et elle prête jusqu'à vingt-cinq ou cinquante volumes par an. — Elle a créé de même, pour les prêtres des paroisses rurales, une bibliothèque sacerdotale circulante qui est gratuite. Elle favorise les retraites mensuelles du clergé. Elle est enrichie de nombreuses indulgences. Pendant Tannée 1907, l'œuvre des Campagnes a donné au diocèse de Versailles une dizaine de mille francs. Elle est dès maintenant très accréditée dans nos paroisses, et nous faisons
des vœux pour qu'elle s'y implante de plus en plus.
3° Le Vœu national, l'église du Sacré-Cœur de Montmartre est encore une œuvre de zèle qui est due à la collaboration de tous les catholiques français. La Basilique de Montmartre a été décidée après nos malheurs patriotiques de 1870 ; on y travaille depuis trente-cinq ans , on y a mis déjà une quarantaine de millions ; on y sent battre le cœur dévot et pénitent de la France chrétienne. Dans quelques années la Tour Eiffel décrépite, usée, vieillie, disparaîtra sans soulever un regret, sans laisser un vide. La Basilique de Montmartre continuera de dominer Paris et de faire resplendir la croix dans l'azur au-dessus de l'immense cité. Coopérons, dans la mesure du possible, à l'achèvement de ce monument grandiose de la dévotion nationale envers le divin Cœur de Jésus.
4° La Ligue patriotique des Femmes françaises mérite aussi d'être comptée parmi nos œuvres de zèle. A l'occasion du Congrès de Pau en octobre 1907, Son Eminence le Cardinal Secrétaire d'Etat, parlant au nom de Sa Sainteté le pape Pie X, écrivait à Mrac la baronne Reille, présidente de la Ligue, et constatait « le caractère éminem-
ment apostolique et social de l'Association, en dehors de toute action politique » et il ajoutait : <( Le Saint-Père vous approuve et vous engage à poursuivre avec confiance la tâche entreprise pour le bien de l'Eglise et de la France. » Ce témoignage constitue la meilleure apologie du travail auquel se consacre la Ligue patriotique. Elle a à Paris, 308, rue Saint-Honoré, un Secrétariat central avec un service de renseignements et des Délégués de Sections. Elle donne et fait donner des conférences. Elle répand la bonne presse. Elle s'occupe de syndicats et de mutualités. Elle fonde et dirige des patronages, des sociétés de persévérance et de protection pour les jeunes filles. Elle compte à travers la France 582 Comités et 350. 000 adhérentes. 11 y a là une force, et, comme dit Son Eminence le cardinal Merry del Val, « une heureuse application de l'esprit d'apostolat ».
5° La bonne Presse est à l'heure présente une œuvre de zèle de première nécessité. Soutenir, diriger le haut enseignement, celui qui ne se laissera pas séduire par les erreurs contemporaines, mais les tiendra en échec, et organiser la bonne presse : telles sont les deux œuvres qui nous pamissent les plus nécessaires dans l'ordre intellec-
APOSTOLAT OPPORTUN. — 1j.
tuel. Or, cet ordre finit toujours par décider de Tordre moral et social. Ce sont les idées, qui, en dernière analyse, mènent le monde. Grâce à Dieu nous ne manquons pas de savants catholiques, et il en sort tous les ans un bon nombre de nos Instituts. Ce qui nous manque surtout, c'est d'utiliser leur talent, leur parole, leur plume et de faire descendre leur enseignement dans les masses. Ce qui nous manque surtout, c'est la presse populaire, quotidienne, assez intéressante pour se faire lire, assez puissante pour arrêter les torrents des mauvais écrits, assez répandue pour universaliser les idées chrétiennes. Les catholiques l'ont compris trop tard ; mais aujourd'hui, ils sont décidés à regagner le temps perdu et à faire tout leur devoir ; partout le clergé donne à la bonne presse une place d'honneur dans la série des œuvres de zèle, et partout les fidèles s'ébranlent pour faire circuler le journal honnête el lui susciter des lecteurs. Nous approuvons ce mode nouveau d'évangélisation, et nous désirons qu'il entre de plus en plus dans les habitudes du clergé et du peuple chrétien.
Nous appartenons à l'Eglise catholique et notre zèle doit se porter jusqu'au bout du monde. Nous sommes Français, et comme tels nous nous intéressons à la conservation et au progrès de la foi dans notre pays. Nous faisons partie d'un diocèse, e1 un certain nombre d'œuvres diocésaines sollicitent notre attention et notre concours. Il en est deux particulièrement qui méritent d'être signalées : l'œuvre des vocations ecclésiastiques et l'œuvre des écoles libres. Il est évident que l'avenir d'un diocèse dépend surtout du nombre et de la qualité des prêtres, de l'éducation donnée h l'enfance et à la jeunesse. Bien des fois déjà nous avons traité ce double sujet. Il est toujours util»' d'y revenir.