I. L'Œuvre des Vocations ecclésiastiques est
pour un diocèse une œuvre vitale. Si nous n'avons pas de vocations ecclésiastiques, si nous n'avons pas de piètre-, que voulez-vous que deviennent les âmes et les paroisses? « Laissez une paroisse
vingt ans sans prêtres, on y adorera les bêtes », a dit le saint Curé d'Àrs. C'est vrai. Nous vivons du Christianisme, et en nous séparant du Christianisme, nous nous en allons à la barbarie. Or l'absence du prêtre amène la disparition graduelle de l'Evangile; la lumière baisse, la civilisation se retire, les mœurs païennes triomphent, les âmes meurent, la société glisse vers la sauvagerie et le règne des apaches commence. C'est à choisir. Ou Jésus-Christ ou la mort. Ou nous resterons des civilisés avec Jésus-Christ et ses ministres, ou nous deviendrons des barbares loin de Jésus-Christ et de ses prêtres. Ce n'est pas en vain que le Christ a dit aux apôtres et à leurs successeurs : « Vous êtes la lumière du monde; vous êtes le sel de la terre ! » Quand il n'y a plus de sel, il n'y a plus de saveur, et à la lumière éteinte succède la nuit.
Prenons garde. Déjà en l'année 1878, M. l'abbé Bougaud signalait le grand péril de ÏEglise de France, et d'après ses calculs il manquait chez nous deux mille quatre cent soixante-seize prêtres. Or, d'après les statistiques les plus récentes, il manque actuellement trois mille cent neuf prêtres, et ce chiffre est plutôt optimiste. D'ailleurs, il ne marque pas le dernier terme de l'amoindrissement numérique de la tribu sacerdotale. Les causes puissantes qui raréfient les vocations ecclé-
siastiques n'ont pas encore donné tout leur effet. Elles agissent de jour en jour avec une intensité grandissante. L'école neutre, l'école sans Dieu et contre Dieu, en battant en brèche nos croyances, <H mi (Te dans l'enfant les germes de la vocation. Par suite des spoliations dont l'Eglise de France a été la victime, la carrière sacerdotale manque de sécurité matérielle, et par suite «les mauvaises dispositions de l'opinion publique, elle va manquer de prestige. Gomme dit M*r l'Evêque de Dijon, « nous sommes en voie de devenir aussi impopulaires que mal payés». Tout cela n'est pas fait pour pousser les âmes vers le sacerdoce. Que si elles ont quand même la pensée et le désir de s'y porter, la famille se présente aussitôt pour les arrêter et les détourner. On cite le triste mot d'une mère à son fils : « Je pense que tu ne me feras pas la peine de te faire prêtre. » 11 est difficile de comprendre l'inintelligence, parfois même L'hostilité des familles chrétiennes pour la vocation sacerdotale. Autrefois, dans celle question d'importance majeure, nous avions la famille pour auxiliaire; aujourd'hui, nous l'avons souvent pour adversaire.
Ces tristes constatations nous imposent i\o> devoirs nouveaux difficiles, mais certains, inéluctables. S'adressant à son clergé, Ms' Dadolle,
évêque de Dijon, lui disait dernièrement : « Aujourd'hui pas un prêtre n'est assez à son devoir s'il ne met en bon rang, dans ses préoccupations, celle de susciter des clercs du milieu des familles chrétiennes près desquelles il exerce la paternité de son sacerdoce. A cet effet, rassurez les familles, dont toutes les craintes sont pusillanimes... Ajoutez à ces instructions la grâce adjuvante du spectacle de vos propres vies, faisant voir que le vrai prêtre est surnaturellement heureux, toujours, et en dépit des tribulations du dehors. Quant aux petits êtres que je recommande à votre zèle, le tout avec eux est de les pénétrer de bonne heure, avant même le premier catéchisme, de la connaissance et de l'amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui les destine à devenir d'autres Luimême. » Voilà pour le clergé. Il cherche, il découvre, il cultive les vocations ecclésiastique-, et dans cette œuvre compliquée il appelle à son secours la coopération des fidèles, leurs aumônes, leurs prières, leur esprit de propagande.
L'organisation de l'aumône, au profit des candidats au sacerdoce sortis de familles pauvres, varie suivant les diocèses. Dans le diocèse de Versailles l'œuvre des vocations sacerdotales, qui vient d'être instituée et qui fonctionne dès maintenant sous la direction de M. le Supérieur du Grand
Séminaire, a établi différentes souscriptions qui vont de un franc à cinq cents francs, et nous attendons de la générosité bien connue de nos diocésains des offrandes proportionnées à nos besoins. Mais, ne l'oublions pas, le recrutement du clergé est une affaire d'ordre essentiellement surnaturel, une affaire par conséquent où la prière doit avoir une place prépondérante. C'est Dieu qui donne les prêtres, les bons prêtres, et il faut les lui demander. « Je ne puis guère récolter des aumônes, disait une zélatrice de l'œuvre des vocations, mais je puis souffrir et prier; je vous offre une petite somme de jeunes, de douleurs intimes et de rosaires récités à genoux dans mes cruelles insomnies. » Et puis, reste encore un moyen de promouvoir le recrutement sacerdotal, c'est la propagande par la parole et par la plume. Nos publicistes catboliques feront bien d'introduire très souvent cette question dans la presse comme on y ramène sans cesse la question de la dépopulation de la France et de la désertion des campagnes. Les chrétiens et les chrétiennes zélés trouveront facilement l'occasion dans leurs relations quotidiennes de dire un mot sur l'émiuente grandeur du sacerdoce, de combattre les ignorances et les erreurs que l'esprit du monde a coutume <!<' répandre et d'entretenir sur cet im-
portant sujet, d'orienter de ce côté l'attention des familles et des éducateurs de la jeunesse. Si l'on veut s'en donner la peine, on trouvera des vocations dans les écoles primaires chrétiennes, dans les classes supérieures ou moyennes de la société, dans les collèges ecclésiastiques, dans les œuvres de jeunesse, môme dans les lycéQS et dans les écoles primaires laïques. La campagne d'impiété qui est menée contre l'Eglise peut éclaircir momentanément les rangs du clergé; mais elle peut aussi grandir la situation du clergé, lui gagner des sympathies et lui amener de nouvelles recrues, des recrues d'élite, des recrues bien outillées et courageuses. Il en sera ainsi. L'Eglise de France a besoin d'apôtres : Dieu, qui nous éprouve, qui veut nous améliorer, nous les donnera.
IL V Œuvre des Ecoles libres est également pour un diocèse une œuvre vitale. Tout le monde suit les batailles qui se livrent depuis un siècle, depuis trente ans surtout, sur le terrain de l'enseignement Ne parlons ici que de renseignement primaire. La loi du 16 juin 1881 a établi la gratuité absolue, puis la loi du 28 mars 1882 a établi l'obligation de renseignemenl primaire. L'instruction pratique et obligatoire, c'était bien, mais ce n'était pas assez, on la voulait la/que. Alors est survenue
la loi organique du 30 octobre 1880 qui a divisé l'enseignement primaire en enseignement primaire public et en enseignement primaire privé, et qui a décidé la laïcisation progressive et définitive de tous les établissements d'enseignement primaire public. Telles furent les lois Ferry, lois malfaisantes, meurtrières, qui ont inauguré l'empoisonnement de toute la jeunesse populaire de France. Ces lois cependant restaient en apparence libérales; elles respectaient l'enseignement primaire privé, le droit des congrégations religieuses à l'enseignement, la liberté des pères de famille, [/article 4 de la loi du 28 mars 1882 disait expressément : « L'instruction primaire peut être donnée : soit dans les établissements d'instruction primaire ou secondaire, soit dans les écoles publiques ou libres, soit dans les familles, par le père de famille ou par toute personne qu'il aura choisie lui-même . » De 1882 à 1901 les catholiques français ont vécu de ce lambeau de liberté. Ils ont fondé un peu partout des écoles libres, et par des prodiges de générosité, ils ont sauvé une grande portion de la jeunesse française.
Mais la Franc-Maçonnerie veillait. Dès le mois de novembre 1877, elle avait fixé les étapes à parcourir : 1° Tne fois le système de l'instruction gratuite obligatoire établi, on laïcisera les écoles
communales, au besoin graduellement; 2° une fois les écoles communales laïcisées, on supprimera, par mesures successives, les écoles congréganistes libres; 3° une fois la dernière école libre fermée, on matérialisera l'enseignement dans les écoles de l'État restées seules. Jules Ferry fut le premier exécuteur de ce plan maçonnique. Après Jules Ferry vint Waldeck-Rousseau qui, par la loi du 1er juillet 1901 sur les Associations, proscrivit les Congrégations non autorisées. Il serait difficile de dire tous les crimes qui pèsent sur la mémoire de Waldeck-Rousseau. C'est lui qui a inventé le milliard des congrégations, c'est lui qui a déchaîné sur la France le ravage de toutes nos libertés et la guerre religieuse, c'est lui qui est l'auteur responsable des maux qui nous accablent. En 1904, le 7 juillet, une nouvelle loi interdit l'enseignement à toute Congrégation même autorisée. Et depuis 1904, en quatre ans, les successeurs de Waldeck-Rousseau, Combes, Rouvier et Clemenceau, ont fermé près de seize mille écoles libres, sur dix-sept mille existantes. La postérité aura de la peine à croire à de pareilles énormités, et nos arrière-neveux se demanderont avec stupeur comment elles furent possibles sur la terre de France.
Les catholiques cependant ne se sont pas aban-
donnés. A F héroïsme de la vie religieuse beaucoup de congréganistes ont ajouté l'héroïsme de la sécularisation, et soit avec des sécularisés, soit avec un personnel purement laïque, les catholiques français ont maintenu ou rouvert à peu près partout leurs établissements scolaires. Dans le diocèse de Versailles nous avons pu conserver deux cents écoles libres, et nous espérons bien en augmenter le nombre et la vitalité. A l'heure présente, dans tous les diocèses de France, de grands efforts sont faits pour réorganiser l'enseignement libre, bouleversé par les récents événements. On se préoccupe du recrutement et de la formation du nouveau personnel enseignant; en attendant la création d'Ecoles normales libres, on établit des cours normaux ; on institue des caisses de mutualité et de vieillesse pour les instituteurs et institutrices libres; on met sur pied des inspections diocésaines pour visiter, contrôler et encourager les écoles libres ; on surveille les livres de classe et les livres de prix; on élève le niveau de l'instruction religieuse et le niveau pédagogique dans nos établissements scolaires, afin de leur donner aux yeux des familles une supériorité indiscutée; on pousse les maîtres et maîtresses à L'obtention du brevet supérieur et du certifical d'aptitude pédagogique et on invite même les jeunes clercs à
prendre leur brevet d'instituteurs, etc... Et puis, éclairés et assagis par la persécution, nous comprenons enfin l'importance et la nécessité d'associer les parents à la vie de l'école libre et de leur demander la rétribution scolaire pour l'éducation de leurs enfants, de manière à attirer chez nous la portion saine de la population. Ceux qui nous voient travailler de la sorte à la restauration de renseignement primaire chrétien, nous prophétisent souvent l'insuccès et nous annoncent le monopole prochain et inévitable de l'Etat, c'est-àdire la disparition complète de toute liberté (renseignement. Ces prophéties ne doivent pas nous arrêter. Aucune bonne œuvre ne pourrait être entreprise, si l'on considérait d'avance les difficultés à vaincre et les échecs possibles. Ce n'est pas d'aujourd'hui que le devoir est difficile, la bataille pleine de périls et la victoire toujours indécise. Il faut garder son poste et faire son devoir malgré tout et malgré tous. La liberté n'est pas un point de dépari, mais un résultat. On ne la demande pas avant d'agir, on la conquiert en agissant. Nous serons libres, si nous le voulons et si nous le méritons. Gardons nos Ecoles libres déjà existantes el assurons-leur une bonne clientèle scolaire, une valeur éducative supérieure. Fondons de nouvelles écoles libres
surtout des écoles de garçons. L'heure va venir, l'heure vient où toutes les familles honnêtes nous demanderont pour leurs enfants un refuge contre renseignement athée et démoralisateur.
Tout catholique appartient à une Église qui est universelle, à une nationalité qui est particulière, à un diocèse qui a en général l'étendue d'un département, enfin à une paroisse qui a une surface restreinte, et c'est là, dans sa paroisse, que le vrai catholique se livre tout entier aux œuvres de zèle. Pour être bon catholique, il s'applique à être bon paroissien. La paroisse est sa petite patrie spirituelle. Voyons sur ce théâtre les multiples opérations de son apostolat.
1. Le bon paroissien ne se désintéresse pas des œuvres générales que nous avons énumérées. S'il ne pensait qu'à lui et à sa paroisse, il serait un égoïste, et il ne mériterait plus son titre de catholique.
Il s'intéresse donc aux missionnaires et aux missions catholiques. Il se fait inscrire, lui, sa famille et ses voisins, dans l'œuvre admirable de la Propagation de la Foi. Il accepte même, si c'est possible, le titre et la fonction de chef de dizaine,
ei il s'entend avec son curé pour augmenter sans cesse le nombre des associés. Il habitue ses enfants à l'apostolat, en les intéressant au sort des petits infidèles et en les agrégeant à l'œuvre de la Sainte- Enfance. Enfin, quand l'œuvre des Écoles d'Orient est connue et établie dans sa paroisse, il lui apporte son suffrage et sa part de collaboration.
Il s'intéresse à l'Institut catholique de sa région. Il en comprend l'importance. Il en dit du bien et il en exalte les services et les succès. Il suit de très près les recommandations de son évêque sur ce sujet capital et il soutient le haut enseignement catholique par des aumônes proportionnées à sa fortune. Son apostolat n'est pas purement platonique et verbal. S'il est riche, il donne un peu de son argent à l'Institut, et, s'il est père de famille, il lui confie l'éducation supérieure de ses enfanls. Il ne dédaigne pas non plus les œuvres plus modestes, et non moins nécessaires de Saint François de Sales et des Campagnes, qui ont pour but de venir au secours des paroisses. Il offre son obole à l'église de Montmartre, à l'œuvre du Vœu national. Il favorise la Ligue patriotique des Françaises. Il est un des plus ardents propagateurs de la bonne presse. Il écrit dans le bon journal. Il abonne. Il le répand partout autour de lui. 11 lui procure des lecteurs, des correspondants, des an-
nonces. Il est attentif sur ce point aux ordres les plus récents, les plus formels de ses chefs spirituels, le Pape Léon XIII et le Pape Pie X. 11 médite ce que S. S. Pie X écrivait le 27 mai 1907 à l'archevêque de Québec, qui venait d'établir au Canada l'œuvre de la Presse catholique : « L'œuvre que vous entreprenez est bien propre à procurer à votre peuple les plus précieux avantages. En effet, le trait caractéristique de notre époque, c'est que, pour tout ce qui regarde la façon de vivre et de penser, on s'inspire d'ordinaire des feuilles quotidiennes répandues partout. Il faut donc, pour guérir les maux de notre temps, employer des moyens qui soient appropriés à ses habitudes. C'est pourquoi, aux écrits opposons les écrits; aux erreurs propagées çà et là, la vérité ; aux poisons des mauvaises lectures, le remède des lectures salutaires ; aux journaux dont l'influence pernicieuse se fait sentir tous les jours, au moins le bon journal. Mettre de côté de semblables moyens, cest se condamner à n'avoir aucune action sur le peuple et ne rien comprendre au caractère de son temps; au contraire, celui-là se montrera juge excellent de son époque, qui, pour semer la vérité dans les âmes et la propager parmi le peuple, saura se servir avec adresse, zèle et constance, de la presse quotidienne. »
Le bon paroissien s'intéresse également aux vocations ecclésiastiques et aux écoles libres qui sont tout l'avenir du diocèse. Ces œuvres de première nécessité ne le laissent pas insensible et inerte; il leur accorde avec empressement sa sympathie, ses générosités, ses démarches, et de concert avec le clergé il s'ingénie à les fonder et à les faire prospérer.
II. Le bon paroissien s'occupe tout particulièrement des œuvres locales, qui sollicitent son activité et son dévouement. Il entre dans le Comité d'action qui est le noyau principal du groupement paroissial et le foyer de la vie chrétienne de la paroisse. Il s'occupe de l'observation du repos dominical et de la splendeur du culte. Il va à la messe des hommes, s'il y aune messe d'hommes dans la paroisse. Il fait partie de la Confrérie du Très Saint-Sacrement, de la Ligue de l'Evangile, de La chorale qui chante à l'église. En temps de mission, il paraît au premier rang et il est assidu à tous les exercices. En tout temps, il donne son nom el >on concours aux organisations, aux associations qui ont pour but de lutter soit contre le l'ra nemaçonnerie, soit contre l'alcoolisme, soit contre la licence des rues, soit contre la mauvaise presse. 11 travaille à la diffusion delà Semaine religieuse
APOSTOLAT OPPOHTUN. — 16.
et du bon journal local, à la fondation d'une bibliothèque paroissiale, à l'établissement d'un cercle d'études, à la création d'une école libre, à l'ouverture d'un nouveau lieu de culte ou d'une salle paroissiale, en un mot à toutes les œuvres qui sont nécessaires et possibles dans la localité. Un bulletin paroissial vient-il de paraître? Le bon paroissien le reçoit, le lit, le fait lire, le répand dans son voisinage. Une conférence est-elle donnée par un prêtre ou par un orateur catholique? Le bon paroissien y vient, porte les invitations, recrute des auditeurs, aménage la salle. La religion est-elle attaquée par l'instituteur à l'école laïque? Le bon paroissien suscite une association de pères de famille pour protéger l'âme des enfants et pour maintenir, selon la loi, la neutralité scolaire.
Sans doute le bon paroissien ne peut pas participer à toutes les œuvres établies dans la paroisse. Mais il en est au moins quelques-unes auxquelles il s'intéresse particulièrement, par exemple les œuvres de presse et les œuvres de persévérance. Louis Veuillot a écrit : « Le poignard le plus aigu, le poison le plus actif el le plus durable, c'est la plume dans des mains sales. Avec cela, on gâte un peuple, on gâte un siècle. Il s'écrit aujourd'hui des choses qui lèveront en semences de crimes. » 11 est difficile
d'imaginer un bon paroissien qui resterait insensible aux ravages de la mauvaise presse et qui répondrait par l'abstention et l'inertie aux appels des propagateurs de la bonne presse. Nous disons la même chose à propos des œuvres de persévérance. Avec la propagande qui se fait partout des idées irréligieuses et immorales, toute la jeunesse est atteinte dans sa foi et dans sa vertu et on ne peut la sauver que par des œuvres post-scolaires, el ces œuvres doivent nécessairement éveiller le zèle et se concilier la collaboration des vrais catholiques. Souvent le prêtre tout seul n'y pourra suffire ; il n'a pas le temps; il n'a pas de local ; il n'a pas d'argent; il a de la peine à ramasser les enfants. Le bon paroissien vient au secours de son curé et de son vicaire; il trouve un hangar, un jardin, une salle; il trouve quelques petites ressources pour Tachât des jeux et des récompenses; il trouve le soir, en semaine et le dimanche, dans l'après-midi, une heure on une demi-heure pour réunir les enfants... et peu à peu le patronage s'élève, se développe, œuvre établie sur les bases solides d'un recrutement sérieux, œuvre conjointe du clergé et des meilleurs paroissiens; il a chance de réussir parce qu'il s'est constitué lentement <il sûrement, parce que tout le monde y a mis son ingéniosité et son dévouement. Ce n'est pas tout.
III. En dehors des œuvres générales et des œuvres locales, il y a les œuvres personnelles qui se diversifient à l'infini et qu'il est impossible de cataloguer, puisqu'elles émanent de l'initiative individuelle, à chaque instant et sous les formes les plus imprévues. En effet, le bon paroissien ne saurait contenir son zèle dans des limites tracées d'avance et infranchissables. Il obéit spontanément à sa foi et à son cœur, et il invente sans cesse des moyens inédits, des méthodes opportunes d'apostolat. Donnons quelques exemples :
Il y a un malade dans la paroisse, un malade difficile qui n'a pas recula visite du prêtre et qui est menacé de mourir sans sacrements. Le bon paroissien avertit M. le Curé, dit un mot à la famille, la conjure doucement de ne pas assumer le remords et la responsabilité d'un retard irréparable; et s'il peut arriver auprès du malade, il le prépare à la visite du prêtre, il dissipe les préjugés, il apaise les craintes, il écarte les obstacles, il assure le salut éternel du pauvre moribond.
Il y a dans la paroisse un enfant qui n'a pas été baptisé, qui ne va pas au catéchisme, qui n'a pas fait sa première communion. Le bon paroissien voit les parents, fait appel à leur raison, à leur foi et à leur cœur, obtient d'eux une promesse, et le clergé averti n'a plus qu'à se présenter pour in-
troduire l'enfant clans le giron de l'Eglise et pour le façonner àla vie chrétienne.
Il y a dans la paroisse des ouvriers et ouvrières qui n'ont pas la possibilité d'aller àla messe. Que fait le bon paroissien ou labonne paroissienne ? Un dimanche, dans un quartier à Londres, le policeman de service, qui faisait sa tournée, remarqua que La balayeuse ordinaire d'une rue était changée. La remplaçante lui parut vêtue d'une façon peu appropriée à sa modeste fonction. S'il avait interrogé cette balayeuse, il aurait appris qu'il avait affaire à une des plus grandes dames des trois Royaumes- Unis, à la fille de l'ambassadeur d'Angleterre en France, à la sœur d'un ministre de Sa Majesté la Reine, et par surcroit à un des maîtres de la littérature anglaise. C'était lady G. Fullerton. En revenant de l'église, elle avait avisé une balayeuse qu'elle connaissait et demandé : « Avez-vous entendu la messe aujourd'hui? » La balayeuse lui avait répondu : « Je ne peux pas, je n'ai pas le le temps ; il faut quejc balaye. » Et la noble femme avait pris le balai et nettoyé la rue pendant que sa protégée entendait la messe à son tour. Encore un exemple.
Il y a dans telles et telles paroisses des petits domestiques de ferme qui gagnent peu de chose, et qui cependant se lèvent dès la pointe du, jour,
portent d'énormes fardeaux, travaillent du matin au soir et ne connaissent ni fête ni dimanche. Ils couchent dans les étables, exposés à tous les périls de la promiscuité. Au lendemain de leur première communion, ils vont en condition et n'assistent plus à la messe. Ils sont perdus pour la religion et pour la moralité. II est évident que les parents de ces enfants devraient s'occuper davantage de leur bien-être matériel et moral et stipuler pour eux le repos du dimanche et la facilité de remplir leurs devoirs de chrétiens. Les parents n'en font rien généralement. Mais, grâce à Dieu, ils sont encore assez nombreux les maîtres et maîtresses de ferme, qui ont une conscience bien formée et une religion bien entendue. C'est à eux d'agir et de protéger, de surveiller leurs jeunes serviteurs. La maîtresse veille sur eux comme sur ses propres enfants, elle leur fait réciter leur prière le matin et le soir, elle les envoie, à leur tour, à la messe le dimanche, elle les empêche de se démoraliser. Le maître les traite avec douceur, les encourage par de bonnes paroles, par de petites gratifications et les défend contre la brutalité des serviteurs plus âgés. Souvent on entend les fermiers se plaindre de leurs domestiques, quelquefois ils ont raison. mais la plupart du temps ils récoltent ce qu'ilsont semé. Si les maîtres et maîtresses ont une vraie
piété, ils auront un vrai zèle, et ils pourront empêcher beaucoup de mal et faire beaucoup de bien. Il sérail facile de multiplier les exemples «les œuvres personnelles d'apostolat. Le bon paroissien rencontre ou fait naître mille occasions de travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Ed somme, on ne serait pas loin de la vérité en affirmant que notre relèvement religieux, moral et social, dépend beaucoup moins de l'habileté des stratégies ou de la puissance apparente des vastes organisations que de la valeur morale et chrétienne de nos paroissiens. Le salut général serait certain et presque immédiat, si nous avions seulement quelques dizaines de bons paroissiens dans chacune de nos paroisses.