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LES CONDITIONS DU SUCCÈS DANS LES ŒUVRES DE ZÈLE

Nous sommes loin d'avoir énuméré toutes les œuvres de zèle. Dans le champ de l'apostolat chacun peut choisir et tracer son sillon et la carrière à parcourir est illimitée. Mais s'il est toujours possible d'agir, est-on toujours sûr de réussir? Oui. Le succès dans les œuvres de zèle est certain moyennant certaines conditions que nous allons indiquer et préciser. Ces conditions sont faciles à réaliser; elles sont à la portée de toutes les bonnes volontés ; elles nous sont dictées par le bon sens, par la foi et par l'expérience ; personne n'aie droit de dire : Je ne puis pas, c'est au-dessus de mes forces.

1. Pour réussir dans les œuvres de zèle, il faut d'abord y mettre son tœur. Dans la Hevue qui a pour litre la lié /Or/ne sociale (Ie1' et 16 août 1907) M. Gheysson, de l'Institut, homme de la plus haute valeur, a écrit un article sur les institutions patronales de France, leur nécessité et leur évo-

lution, et dans cet article il parle de rattachement et de la sollicitude que le patron doit témoigner à l'ouvrier. « On ne le dira jamais assez haut, écritil, ni avec assez d'insistance : tant vaut l'homme, tant vaut la formule. Erreur et chimère que de croire à la vertu intrinsèque d'une organisation même ingénieuse ! Tout dépend des mains qui la dirigent et surtout du cœur qui l'inspire. Ces institutions ne valent, en somme, que ce que valent les hommes chargés de les appliquer. Elles n'engendrent pas automatiquement la paix et l'harmonie, comme la machine Gramme engendre l'électricité; elles sont un levier, un point d'appui, un moteur. Elles utilisent mieux la force; elles ne la créent pas. Au fond, le grand secret, la condition essentielle du succès en cette matière, comme en beaucoup d'autres, c'est d'aimer. Vainement vous auriez à grands frais installé un fastueux outil I d'institutions patronales. Si vous n'aimez pas, ces mécanismes resteront inanimés comme une montre dont le grand ressort serai! brisé. « Oue puis-je lui (( apprendre? Il ne m'aime pas, disait mélancolique- « ment Socrate d'un de ses disciples qui ne profitait « pas de ses leçons. » De même, en face d'un patron au cœur sec, qui croil se tirer d'affaire vis-à-vis de ses ouvriers avec quelques sacrifices en argent et qui s'étonne de leur ingratitude, on pourrait

bien souvent répondre : Il n'existe pas d'institution ayant sa vie propre et dispensant le cœur d'agir. L" horlogerie constitutionnelle, si chère aux Sieyès et autres forts penseurs politiques, est aujourd'hui fortdémodée : la foi dans l'horlogerie sociale n'est pas moins menacée. A la rigueur, on pourrait se passer de mécanismes et de règlements; mais ce qui est indispensable, c'est l'amour du patron pour ses ouvriers. Le patron qui aime et qui se sent aimé est largement payé de ses sacrifices par des compensations, non seulement financières, mais encore morales. » Il est facile d'appliquer cette maîtresse page au sujet qui nous occupe. Que vaudront nos œuvres de zèle? Elles vaudront ce que valent les chrétiens et les prêtres qui les entreprennent et les conduisent. Leur efficacité dépendra des mains qui les dirigent et surtout du cœur qui les inspire. Il y a longtemps que saint Augustin a dil : A m a, et fac quod vis, aimez et faites ce que vous voudrez, c'est-à-dire donnez votre cœur et le reste viendra tout seul. Sans amour, d'ailleurs pas de persévérance. Celui qui n'aime passe décourage tout de suite, et l'avenir n'appartient qu'aux persévérants. La condition essentielle du succès dans l'apostolat, c'est d'aimer, c'est d'y mettre son cœur.

IL Ce n'est pas assez cependant. Il faut y mettre Je cœur de Dieu. Dans le domaine des choses naturelles, l'égoïsme le plus ardent, l'orgueil le plus déclaré, l'affection sincère peuvent obtenir des effets merveilleux. Dans le domaine religieux et surnaturel, le cœur humain tout seul n'est pas une garantie suffisante de succès. L'intervention divine doit valider et compléter l'action de l'homme. L'esprit de foi est absolument nécessaire à la fécondité du zèle. Et que faut-il entendre par esprit de foi? Il faut entendre surtout l'intention droite de plaire à Dieu. Ce que Dieu estime et apprécie de nos œuvres de zèle, ce n'est point le fait extérieur, c'est le fait intérieur de vouloir faire ce que Dieu veut, ce qui lui est agréable. Saint Bernard a dit ce mot, aussi spirituel qu'il est profond : « Dieu ne fait point cas des verbes, mais seulement des adjectifs et des adverbes», c'est-à-dire que c'est peu de travailler, de souffrir, si on ne le fait droitement, en homme dévoué à Dieu. On peut donc faire de l'apostolat par intérêt, par amour-propre? Certainement. Beaucoup de politiciens, de journalistes, d'industriels, de commerçants peuvent faire de l'apostolat, par intérêt personnel, par intérêt matériel. Un bon nombre d'âmes pieuses peuvent faire de l'apostolat par amour-propre, pour faire parler d'elles, pour

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se distinguer, pour éclipser un rival, pour conquérir l.i joie purement humaine du succès. Quel plaisir que celui de primer dans les bonnes œuvres ! Quelles délices pour un homme de se sentir le premier des hommes de bien ! Quelle délectation pour la nature de l'emporter en influence et en dignité, en choses légitimes et honorables! Vous voilà chargé d'une bonne œuvre et vous y mêliez tout votre cœur. C'est bien. Mais vous ne voulez pas qu'un autre en partage la gloire ou le profit. Ce n'est pas bien. — Si quelqu'un, travaillant sur le même terrain que vous, fait mieux que vous, votre cœur se trouble et s'envenime. Ce n'est pas bien. — Si l'on vous loue, vous vous enflez; si l'on vous blâme, vous vous fâchez ; si l'on vous contrecarre, vous vous emportez jusqu'à la colère; la contradiction vous est insupportable; les obstacles vous exaspèrent; vous êtes si pieu*cément homme de bien que vous en devenez furieusement ombrageux et irritable. Ce n'est pas bien. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y ;i là-dedans peu d'esprit surnaturel, peu d'esprit de foi.

Et, ;i cause de cela, nos bonnes œuvres perdent leur mérite ou une partie de leur mérite, et n'obtiennent que des succès médiocres. Il est vrai que Dieu, qui est très bon, pourra, par pitié,

malgré nos dispositions imparfaites, donner sa grâce à ceux dont nous nous occupons. Mais à nous que nous laissera-t-il ? La gloire humaine que nous avons cherchée, et non la récompense de l'éternité à laquelle nous n'avons pas pensé. Si donc nous voulons que nos œuvres de zèle soient méritoires et tout à fait fécondes, mettons-y sans doute notre cœur, mais n'oublions pas d'y mettre surtout le cœur de Dieu. Ayons l'intention droite de travailler pour lui, et par une humble prière demandons-lui de donner la fécondité à nos efforts, de nous accorder le succès qui soutient et réconforte les bons ouvriers de l'Evangile.

III. Il est bien entendu , d'ailleurs , que nos bonnes intentions ne peuvent pas nous dispenser des moyens humains qui préparent le succès. Une troisième condition pour réussir dans les œuvres de zèle, c'est ce que l'on pourrait appeler l'opportunité, c'est-à-dire l'adaptation de notre action aux circonstances de temps et de lieu. Le 21 septembre 1907, MKr Turinaz, évêque de Nancy, prononçait le discours du Sacre de M*r Marty, évêque de Montauban, et, après avoir parlé des conquêtes qui sollicitent l'activité du clergé et des fidèles, il ajoutait : « Les moyens et les méthodes de ces conquêtes, en restant traditionnels et apos-

toliques par leur inspiration surnaturelle, doivent varier avec les tendances des esprits et les aspirations des temps. Dans ce siècle des associations, il faut multiplier les associations chrétiennes de mères et de jeunes filles, d'hommes et de jeunes gens, les associations d'intérêt matériel, les syndicats et les mutualités. Depuis des siècles et partout, les jeunes gens et les hommes ont été négligés, abandonnés par les pasteurs de nos paroisses. Les deux curés que l'Eglise a élevés sur les autels, saint Pierre Fourier et le bienheureux Curé d'Ars, ont employé les moyens que nous recommandons au clergé de nos temps : la visite des paroisses, les cérémonies et les fêtes, les associations de tout genre. Le Curé d'Ars disait : « Les hommes sont les premiers partout, pourquoi ne seraient-ils pas les premiers dans le service de Dieu? » Les patronages sont plus nécessaires et plus puissants que les écoles chrétiennes et ils coûtent beaucoup moins, .rentre dans les détails, car je veux être pratique et utile. Il faut animer les patronages de jeunes gens par di^s représentations, par des projections lumineuses, des promenades, des exercices de gymnastique. L'évêque doit être l'inspirateur, l'organisateur, le directeur de toutes ces œuvres. Il doit mettre dans ces œuvres sod autorité et sa parole, les efforts de

son zèle, les dons de sa pauvreté, et, s'il le fallait, le dernier souffle de sa poitrine et le dernier élan de son cœur. 0 prêtres de France, je me tourne vers vous ; personne ne vous estime et ne vous aime plus que moi. Je vous en supplie, refaisons un peuple chrétien, faisons des enfants purs, des jeunes gens vaillants, des catholiques sans reproche et sans peur. 0 prêtres de France, ne me parlez pas d'impossibilité; je vous accablerais sous la démonstration éclatante des faits : ne dites pas qu'il n'y a rien à faire; non, non; presque tout est à faire. Ne dites pas que la France est perdue; demain, si vous le voulez, nous sauverons la France. » Nous supplions le clergé et les fidèles d'accepter cette vibrante leçon et de se livrer aux œuvres de zèle qui sont aujourd'hui nécessaires et possibles. Nous ne disons pas qu'il faut implanter toutes les œuvres modernes dans toutes les paroisses ; mais nous disons qu'il faut choisir, parmi ces œuvres, celles qui nous semblent réalisables aujourd'hui ou demain, ici ou là, à la ville ou à la campagne, dans les populations agricoles ou dans les cités ouvrières; nous disons qu'il faut étudier son terrain, y faire germer les semences les mieux appropriées et leur donner la culture qui leur convient. L'action apostolique doit se diversifier avec les temps et avec les lieux,

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cl son efficacité dépend souvent de son opportunité,

IV. In dernier mot. Pour assurer le succès des oeuvres de zèle, il est nécessaire que tout le monde s'y emploie. Le clergé ne peut pas seul suffire à la tâche; le clergé a besoin de la collaboration des laïques.

Chrétiens, aide/ votre clergé. Aidez-le de vos sympathies et de vos encouragements. Quand nous sentons derrière nous tout un peuple qui nous suit, qui nous soutient, qui nous dit : courage! quand nous discernons des mains amies tendues vers les nôtres et des cœurs qui battent à l'unisson de notre cœur; quand nous recueillons, au lendemain de nos grands jours de labeur, l'expression de votre joie, le témoignage sincère de votre reconnaissance et vos approbations cordiales, nous sommes réconfortés, nous oublions nos Lassitudes, nous relevons fièrement le drapeau de notre apostolat, et nous courons sans peur à de nouveaux travaux. Saint Paul disait bien haut qu'en fait de gloire il se contentait du témoign de sa conscience : Gloria nostra hœc est testimo~ ni mu conscienciœ nostrœ; mais il ne dédaignait pas l'affection de ses chers chrétiens et il les en remerciait avec effusion.

Fidèles, aidez votre clergé. Aidez-le de vos prières ferventes et quotidiennes. Aidez-le de votre parole vengeresse et courageuse. Défendez-le devant Dieu par vos prières. Défendez-le aussi devant les hommes par vos déclarations et protestations. La haine du prêtre germe naturellement dans le cœur de l'impie et éclate souvent sur ses lèvres. Obligés que nous sommes par notre vocation de condamner le péché, les pécheurs ne peuvent guère nous aimer, et, pour discréditer nos enseignements, ils ne seraient pas fâchés de vilipender nos personnes. Oui nous défendra, sinon notre peuple?

Chrétiens, aidez votre clergé. Aidez-le de vos conseils et de vos indications. Oh ! que de services ici vous pourriez rendre si vous y pensiez et si vous le vouliez ! De grâce, ne vous désintéressez pas de la chose religieuse. La religion vous importe autant qu'à nous et, si la barque allait aux écueils ou tournait à la dérive, votre salut serait compromis en même temps que le notre. Aidez donc votre clergé en l'éclairant et en le renseignant. Aidez-le de votre docilité filiale. Ne soyez pas de ces chrétiens jamais contents qui disent du mal du Pape, des évêques, de leur curé, et qui blâment à tort et à travers le Pasteur universel et les pasteurs particuliers. Soyez des catholiques

sincèrement dociles à la voix Je vos chefs et de vos pères, et votre noble obéissance garantira l'efficacité de vos bonnes œuvres.

Chrétiens, aidez votre clergé. Aidez-le de votre collaboration personnelle. Non contents de nous regarder, de nous encourager et de nous suivre, travaillez avec nous. Aujourd'hui plus que jamais, l'Eglise allie le laïque au prêtre et elle leur dit : (( Apôtres, tenez-vous par la main et convertissez une seconde fois le monde. » Oh! la belle armée que Tannée catholique ainsi organisée et mise en ordre de bataille! En tête marche l'ordre sacerdotal, avec le pape infaillible, les évoques et les prêtres; puis vient le corps d'élite des instituts religieux qui se livrent aux œuvres d'enseignement et de charité; enfin arrive la multitude des lidèles, d'où sortent les vaillants apôtres dont les efforts soutiennent et continuent les entreprises du prêtre. Telle est l'Eglise catholique moderne, qui ouvrira à la société des voies nouvelle-, [es voies «le la régénération. Entre/, fidèles, dan- ce concert. Travaillez avec nous.

Aidez votre clergé. Aidez-le de vos libéralités. Faisons ensemble une sainte conspiration pour chasser de la terre, autant que cela esl possible, la misère et tous les maux qu'elle entraîne. Terreur et le péché qui tuent les Ames. Et ici ce a'est

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