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CHAPITRE VII

Parmi les œuvres de zèle nous n'hésitons pas à mentionner celle qui consiste à surveiller l'école laïque. En même temps que nous maintenons l'école chrétienne, il faut que nous exercions une surveillance attentive sur l'école laïque.

I. L'école laïque devait être neutre. C'était une absurdité et une impossibilité. C'était une absurdité. Le pouvoir moralisateur ne réside pas dans la lecture, le calcul et l'orthographe, mais bien dans l'enseignement religieux, et l'école séparée de Dieu ne peut par elle-même ni imposer à la pensée la nécessité du bien ni en communiquer la force à la volonté. D'ailleurs, les résultats de la neutralité ne se sont pas l'ait attendre. A mesure que fon bâtit des écoles, il faut bâtir des asiles de tous et des prisons. La criminalité croit toujours, el l'on a beau créer de nouveaux impots, pour augmenter le nombre des agents de la sûreté, de> policiers et des gendarmes, dans une seule année,

en L905, il y a eu cent sept mille sept cent dix crimes ou délits dont les auteurs sont restés inconnus. La seule ville de Paris compte une armée de soixante mille souteneurs, qui sont en même temps soixante mille apaches. Avec l'école neutre on est en train de nous façonner un peuple déchrist ionisé et démoralisé. C'est qu'en effet l'école neutre, vraiment neutre, est à peu près impossible; l'école sans Dieu devient presque toujours et presque partout l'école contre Dieu. A grand renfort de promesses et de discours éloquents, les Paul Bert et les Jules Ferry, promoteurs de renseignement laïque, avaient endormi les craintes naissantes des familles françaises : « Amour de la patrie, respect de la liberté à tous les degrés, neutralité de l'école », voilà les paroles sur lesquelles, trop confiants, nous nous sommes reposés. Nous savons tous qu'aucun de ces engagements n'a été tenu. Un grand nombre d'instituteurs français, nous voulons croire que c'est une minorité, ont violé la neutralité scolaire et se sont déclarés ouvertement pour l'athéisme et pour l'antipatriotismc ; ils ont renié la patrie en même temps que la religion, et ils prétendent façonner à leur image l'âme de nos petits enfants. « Pauvres instituteurs, écrit M. d'Hausson ville. Je ne leur en veux pas. J'en veux surtout à ceux qui, depuis quarante ans, leur

ont tourné la tête, aux rhéteurs qui leur ont raconté que c'étaient les instituteurs allemands qui avaient gagné la bataille de Sadowa,aux politiciens qui leur ont persuadé que leur principale tache était d'élever les générations nouvelles dans l'amour de la République et que les autres ne venaient qu'après, aux députés qui les ont transformés en courtiers électoraux, et surtout aux sectaires qui ont voulu faire d'eux les apôtres d'une religion laïque, dont ils seraient, suivant une spirituelle expression de Maurice Barrés, « les prêtres en veston ». On les a ilattés, grisés, on a fait d'eux, dans un intérêt politique et sectaire, une puissance redoutable, et l'on s'étonne aujourd'hui que cette puissance brave ceux qui lui ont mis les armes à la main. Je suis persuadé, au reste, que ceux qui font tant de bruit ne constituent qu'une minorité et que les autres, ceux qui ne tiennent pas à se constituer en syndicats, peut-être même en Amicales et qui se contentent d'accomplir consciencieusement leur modeste besogne, sont les plus nombreux. Ce que je reproche à ces autres, c'est seulement de n'avoir pas le courage de se séparer publiquement de cette minorité turbulente, et par leur silence, d'accepter avec elle une sorte de solidarité. Ils ne se rendent pas compte, en effet, à quel degré leur silence les compromet et quel tort leur fait ce silence en présence

des manifestations antipatriotiques de quelquesuns d'entre eux. » Ces paroles très graves et très modérées de M. d'Haussonville nous révèlent l'intensité du mal qui sévit dans le monde des instituteurs. On a sur le même sujet le très éloquent discours de l'académicien Maurice Barres. A chaque instant la presse nous raconte les phénomènes d'irréligion qui éclatent ici ou là dans l'école laïque.

Dans un article intitulé : V affaire '1rs croix d'enfants dans les écoles communales, le Journal des DéSats du 1" juin dernier écrivait: « Voici une affaire vraiment caractéristique de l'anarchie où nous glissons. Elle devait aller à la tribune, et il est fâcheux qu'elle n'y ait pas été portée, pour la beauté du fait. Il s'agit de fillettes qui ont été renvoyées de l'école pour port d'insignes prohibés, prohibés non pas par la loi, mais par le zèle sectaire d'un inspecteur primaire et d'un instituteur de village. Ces insignes subversifs étaient de petites croix portées autour du cou par des fillettes, suivant un usage qui n'est pas nouveau, et qui vraiment ne met en péril ni la République ni l'école laïque. Il a fallu six mois de démarches, la menace d'une interpellation el l'intervention personnelle et directe du Ministre pour faire plier l'intransigeance d'un magister rural. C'est dire où

en est le respect de l'autorité hiérarchique... » Et le Journal des Débats, à travers trois colonnes, raconte par le détail toutes les négociations qu'il a fallu poursuivre pour faire capituler un simple instituteur du Calvados. Il conclut en ces termes : <( Voilà donc où nous en sommes en l'an de liberté 1907 : des enfants chassés des écoles parce qu'ils ont comme parures de petites croix ! Le ridicule et l'odieux de tels agissements n'ont point besoin d'être soulignés. » Et ce n'est là encore qu'un tout petit incident de la guerre faite à la religion dans l'école laïque. L'enseignement oral des maîtres et maîtresses, les livres qui sont mis entre les mains des élèves et les cahiers écrits sous la dictée des pédagogues sont trop souvent une profession d'irréligion. Le mal est tel, que le prêtre voit venir au catéchisme des bambins de onze à douze ans qui ont déjà perdu la foi et que l'on se demande, si l'on ne devra pas bientôt écarter de la Table Sainte la plupart de ces enfants pour éviter des sacrilèges certains. Un pareil état de chose ne saurait subsister plus longtemps. En présence de ce dévergondage1 d'irréligion qui nous entraine à la ruine, il faut résister.

II. S'il y a quelque part dans nos communes des instituteurs publics qui travaillent à arracher

la foi de l'àme de nos enfants, qui se font vraiment les agents de la déchristianisation do la France, qui sont des pervertisseurs d'âmes et de consciences, nous avons le droit et le devoir de nous lever et de nous dresser pour les obliger, par tous les moyens en notre pouvoir, à respecter nos croyances. Que d'énergiques protestations se fassent entendre. Ce n'est pas assez. Que les actes suivent les paroles. Que les enfants résistent. Si l'instituteur insulte leur croyance, hardiment <|u'ils se lèvent, au nom de la loi, et lui crient : « Vous n'avez pas le droit de parler religion ici, la loi de neutralité s'y oppose ! » Que les parents résistent et, au besoin, fassent la grève des écoles, qu'ils retirent leurs enfants jusqu'au déplacement de l'instituteur sectaire. En Pologne tout dernièrement on a vu, à la fois, cent vingt mille enfants résister à l'instituteur prussien qui voulait les forcer de prier Dieu en allemand : les uns désertant l'école par une grève obstinée, les autres supportant bravement les cachots, les coups jusqu'à la mort. Par leur obstination les enfnnts polonais ont eu raison de l'instituteur prussien. Contre l'instituteur sans Dieu, les parents et les enfants seraient en droit de déployer la même obstination et la même résistance. Mais, la plupart du temps un pareil héroïsme ne sera ni nécessaire ni p<>^-

sible, etil suffira de former l Association catholique et patriotique des pères de famille, qui a pour but unique et exclusif de faire respecter à l'école la neutralité religieuse et le culte de la patrie.

Le 30 mai dernier, dans leur septième réunion annuelle, les délégués de renseignement libre émettaient le vœu suivant dont nous reproduisons le texte intégral : « Que là où il n'existe pas d'école primaire clirétienne, les parents forment, avec leur curé et avec les amis de la liberté de l'enseignement, une association pour faire respecter, dans l'école publique la neutralité religieuse, l'amour de la patrie et du drapeau et les bonnes mœurs, et pour signaler et au besoin poursuivie les instituteurs qui auraient manqué à ce devoir. Si ces réclamations sont inutiles, que les parents associés n'hésitent pas à retirer leurs enfants de l'école et à organiser pour eux des leçons particulières. » Ce vœu est dès maintenant une réalité.

L'association pour la surveillance de l'Ecole laïque existe, l'Association des pères de famille, avec toute son autorité et toute sa force Légale. L'exemple en a été donné le 1er octobre 1905 par les père» de famille de Saint-l\ambert-en-Buge\ (Ain), qui, les premiers de tous les pères de famille de France, ont eu le courage d'opposer à l'enseignement orgueilleux et sectaire de Tins-

tituteur le rempart sacré de leurs convictions et de leur patriotisme. Au Congrès Jeanne d'Arc, tenu à Paris en mai dernier, M"° Bois nous raconte comment son père devint le fondateur de cette association : « Depuis longtemps, écrit-elle, les pères et mères de famille se plaignaient, sans oser le faire ouvertement, des propos tenus à l'école par les instituteurs et de leur attitude tout à fait hostile aux pratiques religieuses et en particulier au catéchisme. C'était au point que M. le Curé de Saint-Rambert ne pouvait obtenir que les enfants de la première communion assistassent au catéchisme. L'Association fondée, mon père qui en est le président et deux des membres du bureau firent auprès du directeur de T école une démarche courtoise et même tics amicale, pour l'assurer, ce qui était vrai, qu'on ne lui voulait aucun mal, qu'on désirait la concorde la plus parfaite, mais que l'association existait et qu'elle ferait son devoir. Depuis deux ans bientôt que cette démarche fut faite, jamais une seule plainte n'a pu être formulée contre l'enseignement des instituteurs de Saint-Rambert, et, quand vient l'heure du catéchisme, l'instituteur ferme son livre ou pose son bâton de craie, et il y envoie les enfants, en leur signifiant qu'ils n'aient pas à y manquer. La plupart du temps,

dans les petites commîmes, où tout le monde se connaît, où l'instituteur ne veut pas avoir d'affaires, parce qu'il sait que le Gouvernement n'en veut pas, la visite des membres du bureau, faite à l'instituteur dès la création de l'Association, suffira, et le but de celle-ci sera rempli conformément à ce dernier et court passage de son programme : « Elle souhaite, au surplus, n'avoir jamais à agir. » Mais, si une telle démarche était insuffisante, si l'instituteur s'obstinait à un enseignement ou à des pratiques répréhensibles, il ne faudrait pas hésiter à saisir de ses écarts de langage ou de conduite l'inspecteur d'Académie, puis, s'il le fallait, le Conseil académique, et enfin, au cas où cette campagne serait sans effet, l'Association en saisirait en dernier ressort la presse, organiserait des conférences, bref, ferait du bruit autour du scandale et forcerait l'opinion publique et le Gouvernement à s'émouvoir. » Telle est l'origine et tels sont les résultats des Associations des pères de famille pour la surveillance des écoles publiques. Déjà ces Associations fonctionnent dans l'Ain, dans l'Isère et dans plusieurs autres départements. Elles ne sont pas d'ailleurs de- Associations politiques. S'en servir dans un but électoral, ce serait les faire dévier de leur but et en compromettre le succès. Elles n'ont pas même

un caractère confessionnel ; elles se proposent purement el simplement de maintenir le culte du patriotisme à l'école et d'y faire respecter la neutralité religieuse; elles sont exclusivement familiales et ne s'occupent que de surveiller l'éducation donnée aux enfants. Bemarquons enfin qu'elles n'ont rien d'agressif contre les instituteurs, en tant qu'instituteurs ; elles sont un avertissement aux instituteurs francs-maçons, infidèles à leur mission et violateurs de la loi, qui déforment l'âme des petits enfants par des théories antichrétiennes et antipatriotiques, et elles protègent les instituteurs honnêtes, respectueux de nos saintes croyances, contre le système de surenchère anticléricale dont ils sont trop souvent les victimes. En résumé, elles veulent assurer le respect de la neutralité dans les écoles officielles ; donc elles s'appuient sur la loi française, qui est la charte de l'enseignement public, et elles méritent l'approbation de tous les bons citoyens.

Ces Associations de pères de famille devraient être créées au moins dans tous les chefs-lieux de canton pour le strict maintien du caractère neutre de toutes les écoles laïques du canton . L'Association des pères de famille du canton de Saint-Rambert-en-Bugey (Ain) a ouvert un secrétariat géné-

rai à Paris, rue de Lévis, 51 ; ce secrétariat se tient à l'entière disposition des intéressés, et répondra à toute demande de renseignements, de statuts, d'organisation, de conférence, etc.. On peut aussi s'adresser à la Société générale d'Education, rue de Grenelle, 35, ou à la Ligue de la Liberté d'enseignement, rue de Babylone, 53, ou au Bureau diocésain à l'Evêché de Versailles, ou à M. Mainfroy, président de l'Union familiale de Corbeil, à Saint-Jeau, par Essonnes. Disons enfin que, dans les paroisses où existe un Comité paroissial ou une Association paroissiale, ce Comité ou cette Association peuvent se charger de surveiller la neutralité de l'école publique ; nous reviendrons sur ce sujet lorsque, prochainement, nous inviterons le clergé et les catholiques à installer dans toutes les communes des comités paroissiaux, devenus absolument nécessaires au bon fonctionnement de notre vie religieuse.

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